
"Si on continue à pousser les choses comme ça, je vous garantis qu’on va aller droit dans le mur", alerte Christian Tein, le président du FLNKS, en conférence de presse, ce mercredi 26 août, dans les locaux de l’Avenir, à Magenta, afin d’expliquer pourquoi le Front n’ira pas à Paris début septembre, avec la délégation transpartisane chargée de négocier une aide financière avec l’État afin de finir l’année et de tenir 2027.
Les motifs de mécontentement sont nombreux. Le Front dénonce d’abord son ostracisation, par son éviction de postes traditionnellement octroyés à l’opposition, à l’image des vice-présidences du gouvernement et du Congrès, mais aussi de par la répartition des secteurs au sein de l’exécutif et dans différents organismes, ainsi que l’élaboration de la déclaration de politique générale, prononcée le 24 août par Milakulo Tukumuli [1], à laquelle le groupe Kanaky NC annonce ne pas avoir "été associé, ni même avoir été destinataire avant sa présentation, déplore Marie-Pierre Goyetche, élue au Congrès. On est tenus à l’écart du fonctionnement des institutions et des décisions prises." "Ils font les choses de manière unilatérale, renchérit Aloisio Sako (RDO), alors que nous sommes arrivés en tête avec vingt-six élus."
Autre reproche formulé : l'absence de mandat politique partagé, assure Laurie Humuni, représentante de Kanaky NC au Congrès. "Le déplacement est sans objectif démontré, ni résultat attendu." Et ce, pour une mission à Paris qui n’aurait pas été préparée. "Aucune concertation politique n’a permis de définir collectivement les réformes à défendre, les financements à solliciter, ni le mandat précis de la délégation." Cette dernière ne dit pas vraiment "ce qu’elle va chercher", et surtout, "quelles contreparties elle accepte". Un voyage à plusieurs millions de francs se doit d’être justifié, estime l’élue.
Et plutôt que de risquer un possible accroissement de l’endettement de la Nouvelle-Calédonie, Laurie Humuni rappelle que des réformes sont en attente, comme celle du Ruamm, "parce qu’une certaine majorité a choisi de ne pas les mettre en œuvre et de nous obliger aujourd’hui à subir les impacts de ce renvoi. C’est important que les Calédoniens sachent qui est responsable de la situation dans laquelle on est." Marie-Pierre Goyetche qualifie les prêts "d’insoutenables", et incite à "sortir de notre dépendance financière". "L’État doit privilégier des réponses adaptées plutôt qu’un nouvel endettement."

Le rôle de ce dernier est clairement dénoncé. "L’esprit de collégialité de l’accord de Nouméa, on n’y est plus du tout", affirme Christian Tein, sans détour. Et "l’impartialité de l’État, condition d’une paix civile", n’est plus respectée, insiste Roch Wamytan, qui "lance un appel au gouvernement français de respecter les fondamentaux des différents accords", mentionnant les notions de rééquilibrage, de dialogue entre indépendantistes et non-indépendantistes, de partage du pouvoir, dans "un processus de décolonisation et d’émancipation du pays", exhortant Paris à changer de méthode.
Le Front perçoit ainsi une autre crainte dans cette mission transpartisane : "L’urgence financière ne doit pas servir de prétexte pour engager directement ou indirectement des discussions sur l’avenir politique du pays, surtout en l’absence du partenaire incontournable, appuie Marie-Pierre Goyetche. L’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie n’appartient pas au gouvernement et ne peut être tranché par lui." "On estime que c’est un risque que ce soit un deal", ajoute Gilbert Tyuienon, membre de l’exécutif.
Le message est répété : "Attention, casse-cou", déclare Roch Wamytan, citant Jean-Marie Tjibaou. "Il ne faut pas encore qu’on arrive à des moments dramatiques qui ont marqué notre histoire." La conséquence possible, pour Christian Tein, est limpide. "On glisse vers quelque chose qui n’est pas bon", indique le leader du FLNKS. "Il y a danger dans la demeure, alerte à nouveau Aloisio Sako. Là, c’est trop, ça suffit. On tire la sonnette d’alarme."
Pour éviter cela, une seule solution, martèle Christian Tein. "Se retrouver dans l’esprit de l’accord, prendre en compte les populations qui sont en face, faire en sorte que le FLNKS soit autour de la table." Le chef du mouvement de libération aurait d’ailleurs interpellé Milakulo Tukumuli lors d’un entretien, sur le rôle qu’il pourrait jouer. "Peut-être que c’est l’histoire qui fait que tu es là au milieu, pour changer les règles, pour créer les conditions de passerelle", a-t-il formulé au leader de l’Éveil océanien.