
La question nourrie depuis des années le débat public calédonien : les protections de marché sont-elles responsables de la cherté de la vie en Nouvelle-Calédonie ? Parce qu’elle en est convaincue, Que-Choisir Ensemble a décidé de porter l’affaire en justice.
Dans un communiqué, le président de l’association de défense des consommateurs, Gilles Vernier, annonce avoir déposé un recours au tribunal administratif de Nouméa concernant l’arrêté du gouvernement, daté du 1er juillet, accordant une mesure de régulation pour les crèmes glacées, dans le cadre d’une demande formulée par l’industriel Switi.
La démarche ne vise pas spécifiquement l’entreprise concernée, Que-Choisir ensemble assurant n’avoir "rien contre la société Switi". "C’était la décision que nous pouvions attaquer devant le tribunal administratif dans les délais réglementaires." Pour l’association, ces mesures de régulation, imaginées dans les années 1980 pour contribuer au développement de l’industrie calédonienne, représenteraient une "politique préjudiciable aux consommateurs", fustige-t-elle dans son communiqué.
Que-Choisir Ensemble considère que les Calédoniens sont les premières victimes de cette stratégie, basée sur la taxation ou l’interdiction d’importation d’un certain nombre de marchandises extérieures au bénéfice de produits fabriqués localement. Selon un audit, commandé en 2025 par le gouvernement et dont les résultats ont été rendus en avril, les produits de grande consommation sous régulation représentent 35 à 45 % du budget consacré à ces achats, soit 10 à 14 % du budget total des ménages. "Cette situation dure depuis des décennies malgré l’insatisfaction qu’elle provoque chez les consommateurs et bien qu’il existe d’autres moyens de développer l’offre locale pour par exemple aider l’innovation, soutenir une nouvelle filière, promouvoir l’exportation, etc.", reproche l’association.
Elle estime, d’autre part, que "la politique de régulation de marché protège les entreprises concernées et n’incite pas nécessairement à faire des efforts pour développer leur offre et diminuer leur coût de production", citant l’exemple du secteur du chocolat, concerné par une mesure de protection, alors que l’entreprise locale qui en bénéficie, à savoir Les Cacaos du Pacifique, "est parfaitement saine et qu’elle a développé son offre à l’export". "Pourquoi le Calédonien doit-il être moins bien traité que les consommateurs étrangers ?", s’interroge ainsi Gilles Vernier. Le président de Que-Choisir Ensemble espère qu’à travers ce recours, "la voix des consommateurs sera entendue par le juge administratif et qu’une décision favorable soit prise afin de modifier les habitudes protectionnistes de la Nouvelle Calédonie".
Dans un précédent bras de fer avec l’association, la Fédération des entreprises et des industries de Nouvelle-Calédonie (Feinc) qualifiait de son côté ces mesures de "socle d’une politique publique de développement industriel […] plus que jamais nécessaire dans le contexte économique et social que traverse le territoire", regrettant la "lecture partielle, démagogique et réductrice" de l’association.
Contacté, le gouvernement, seul habilité à délivrer des mesures de régulation de marché, n’a pas répondu à nos sollicitations.