
Dans la grotte de Fetra Hé, des appareils ultramodernes ont côtoyé notre lointain passé, en scrutant au plus près ses parois. Une mission consacrée au relevé et à l’acquisition en trois dimensions de ce patrimoine exceptionnel s’est rendue à Lifou le jeudi 20 août, indique le haut-commissariat dans un communiqué publié ce lundi.
Coordonnée par la Mission aux affaires culturelles (Mac), elle a réuni des spécialistes du ministère de la Culture, du CNRS, du Musée d’Archéologie nationale et des chercheurs de l’Institut sociétés, langues, éducation (ISLE) de l’Université de la Nouvelle-Calédonie. La tribu de Fetra Hé, la grande chefferie du Wetr, la province des Îles Loyauté et la subdivision administrative ont été associées à l’opération.
La cavité n’est pas une découverte. Explorée par des spéléologues il y a une trentaine d’années, elle a déjà fait l’objet de travaux archéologiques. Une étude publiée en 2006 dans la revue scientifique Antiquity [1] a recensé, dans sa salle principale, plus de 170 empreintes de mains rouges ou noires, réalisées pour la plupart au pochoir. L’analyse au carbone 14 de cinq d’entre elles les a datées d’une période comprise, selon les marges retenues, entre environ 800 et 200 avant notre ère. Des gravures et des peintures représentant notamment des oiseaux et des poissons ont également été décrites.
Cette nouvelle mission répondait surtout à un enjeu de conservation. L’accès à la grotte est particulièrement difficile et chaque passage peut contribuer à fragiliser un site déjà exposé aux piétinements et aux graffitis. La photogrammétrie – une technique permettant de reconstituer un volume à partir d’un grand nombre de photographies – doit aboutir à la création d’un "jumeau numérique" précis de la cavité. Les chercheurs pourront ainsi l’étudier sans multiplier les visites et comparer, au fil du temps, l’évolution de son état.
Ces relevés n’ont pas encore livré de nouvelles conclusions archéologiques. Ils doivent en revanche fournir à la tribu, aux autorités coutumières et à la province des Îles des données utiles pour définir les mesures de conservation, de gestion ou de valorisation du site.
La mission ne s’est pas limitée à Lifou. Un relevé photogrammétrique de la Maison Lacroix, bâtisse coloniale de Dumbéa datant de 1883 [2], a également été réalisé. À l’île des Pins, plusieurs vestiges du bagne récemment nettoyés ont eux aussi été numérisés afin d’en conserver une documentation durable.
Dans le prolongement des relevés menés à Lifou, à Dumbéa et à l’île des Pins, les spécialistes ont participé à une journée d’études organisée à l’UNC [3]. Chercheurs et professionnels de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Nouvelle-Zélande y ont comparé leurs méthodes et leurs expériences, avec l’objectif de renforcer les compétences locales en matière de numérisation et de conservation du patrimoine.
Links
[1] https://www.cambridge.org/core/journals/antiquity/article/abs/oceanic-rock-art-first-direct-dating-of-prehistoric-stencils-and-paintings-from-new-caledonia-southern-melanesia/7DAF0D0E4141CC5A7A233C0B0491AA94
[2] https://www.lnc.nc/article/dumbea/la-maison-lacroix-ouvre-ses-portes
[3] https://www.unc.nc/patrimoine-et-imagerie-3d-la-recherche-ouvre-de-nouvelles-perspectives-pour-documenter-et-preserver-les-patrimoines/
[4] https://www.lnc.nc/user/password
[5] https://www.lnc.nc/user/register
[6] https://www.lnc.nc/formulaire/contact?destinataire=abonnements