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Milakulo Tukumuli : "On fera les réformes pour ne plus avoir besoin du soutien de l’État"
Propos recueillis par Jean-Tenahe Faatau / Outremers360 | Crée le 01.09.2026 à 08h02 | Mis à jour le 01.09.2026 à 08h02

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Le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, participe à la mission transpartisane venue négocier à Paris le soutien financier de l’État et les conditions du redressement de la Nouvelle-Calédonie. Photo Outremers360
Le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, prend part cette semaine à la mission transpartisane à Paris, avec huit autres élus et membres de l’exécutif. En amont de ces entretiens à la fois avec le gouvernement français et le Parlement, il a répondu aux questions de notre partenaire Outremers360. Son objectif : "engager une trajectoire vers la confiance et la prospérité pour la Nouvelle-Calédonie".

Vous entamez ce mardi 1er septembre une mission transpartisane et une série d’entretiens avec l’exécutif Lecornu et le Parlement. Dans quel état d’esprit êtes-vous ? Êtes-vous confiant ?

Confiant, je ne sais pas, mais on n’a pas d’autre choix. Les élections provinciales ont eu lieu de manière attendue, mais aussi précipitée. On savait qu’il fallait des élections : on sort d’un mandat de sept ans, c’est atypique. On a convoqué les provinciales très peu de temps après les municipales.

Les résultats ont permis l’installation des nouvelles institutions, à la suite de laquelle j’ai pris la tête du gouvernement. La situation budgétaire et financière dans laquelle le pays se trouve, traversé par plusieurs crises – celle de la Covid et les émeutes de mai 2024 –, est catastrophique.

C’est la raison pour laquelle, avant même la prise de fonction, on avait déjà commencé à monter une délégation dite transpartisane pour venir à la rencontre des institutions de la République, gouvernement essentiellement pour montrer les nouveaux visages de la représentation du pays et regarder dans quel cadre on arrive à engager une trajectoire vers la confiance et vers la prospérité pour la Nouvelle-Calédonie. C’est ce que j’ai dit dans ma déclaration de politique générale.

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Les élections provinciales ont-elles permis de clarifier politiquement les choses ou reste-t-on, selon vous, sur un rapport de force très clivé ?

Je ne sais pas si ça a clarifié. Ce qui est sûr, c’est que ça a donné la légitimité aux uns et aux autres après un septennat. Quant à la clarification, c’est celle du paysage politique qui est quasiment le même qu’avant les élections. On a deux gros blocs, indépendantistes et non-indépendantistes, et l’Éveil océanien qui est le seul parti au centre de l’échiquier politique, et sans qui il n’existe aucune majorité dans les institutions calédoniennes.

Espérez-vous que l’alliance conclue avec Les Loyalistes dure pour les cinq prochaines années ?

Je n’ai pas de boule de cristal, mais la volonté politique, c’était d’abord de stabiliser les institutions. On a vu, pendant les sept dernières années, trois exécutifs : le 16e gouvernement de Thierry Santa, le 17e avec Louis Mapou et le 18ᵉ avec Alcide Ponga. Le pays a besoin de stabilité pour faire les réformes qu’il n’a pas pu entreprendre depuis longtemps.

Le fait que le FLNKS ne participe pas à cette mission transpartisane pose-t-il un souci de légitimité ?

C’est surprenant parce que c’est une délégation transpartisane, qui a été évoquée au gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Il n’y a pas eu de contre-indication ni d’opposition quant à la volonté de créer cette délégation. Même l’Union calédonienne était plutôt favorable.

Après, il y a l’Union calédonienne, et il y a le FLNKS. Je crois que les difficultés sont apparues au niveau du Front pour participer à la délégation. Je n’ai pas très bien compris. Ils parlent d’un accord politique avec l’État français, absolument pas. Le gouvernement ne fait pas de politique sur l’avenir institutionnel. Son seul sujet, c’est le redressement de la Nouvelle-Calédonie. C’est dans ce cadre que nous allons opérer cette semaine. C’est le sens du calendrier qui a été engagé.

Donc avec ou sans eux, les choses doivent avancer…

J’aurais préféré que ce soit avec eux, mais chacun a sa souveraineté. Je respecte ça.

Aujourd’hui, on emprunte pour rembourser les prêts déjà engagés. Cette trajectoire financière n’est pas tenable.

Parmi les sujets qui seront évoqués cette semaine, avec le Parlement, Bercy, le Premier ministre et la ministre des Outre-mer, il y a ce contrat de désendettement et de développement prévu par l’accord Bougival-Élysée-Oudinot que vous souhaitez mettre en œuvre. C’est un des objectifs de cette visite ?

C’est un des objectifs. La Nouvelle-Calédonie est dans une impasse financière, mais pas depuis hier. Il y a les effets des émeutes de mai 2024, mais on était déjà sur une pente glissante bien avant les émeutes pour plein de raisons.

Ce que nous venons chercher, c’est un contrat de responsabilité à la fois des élus de la Nouvelle-Calédonie, mais aussi du gouvernement de la République.

Il s’agira de permettre à la Nouvelle-Calédonie, sur un calendrier qui reste à déterminer et des moyens mis par la Nouvelle-Calédonie et par le gouvernement de la République française, de retrouver une trajectoire vertueuse.

Concrètement, ce contrat contiendrait les 12 à 13 milliards de francs pour boucler 2026 et 60 milliards pour sécuriser 2027 ?

Je ne vais pas avancer avant l’heure ce qu’il y aura dans le contrat. Les besoins de la Nouvelle-Calédonie sont exprimés, et ils sont simples. On a un prêt garanti par l’État qui court en 2026, dans lequel il reste un tirage intermédiaire de 115 millions d’euros (13,7 milliards de francs), auquel on ajoute une subvention de 60 millions d’euros (7,16 milliards de francs) qui a été discutée et négociée dans le cadre de l’accord Élysée-Oudinot en janvier. Ce quatrième tirage est un des éléments que l’on vient chercher pour finir 2026. Deuxième élément, c’est qu’on a besoin d’une petite rallonge à la fois pour finir 2026 et débuter 2027. Troisièmement, on a besoin de l’aide de l’État pour le budget de la Nouvelle-Calédonie 2027.

Le quatrième élément, c’est la dette. Aujourd’hui, on emprunte pour rembourser les prêts déjà engagés. Cette trajectoire financière n’est pas tenable et ce sera le quatrième point de discussion avec le gouvernement, dont un contrat de responsabilité qui reste à bâtir : quels sont les efforts apportés par la Nouvelle-Calédonie ? Quels sont les efforts consentis par le gouvernement national ? On souhaite un contrat intelligent, donnant-donnant, qui permette au pays de retrouver une trajectoire vertueuse, c’est tout.

Il y a le sujet nickel aussi, forcément, parce que les usines n’ont pas de repreneur à l’heure où on se parle, que ce soit Prony Resources ou la SLN. Les deux sont en recherche de repreneurs. Quant à l’usine KNS qui a fermé, il y a des offres qui arrivent sur la table pour sa reprise. Si l’usine rouvre, ce sont de nouveaux salariés, c’est bien pour les régimes, pour les cotisations. Donc ça aussi, ça va être un enjeu. Si le nickel reprend, la Nouvelle-Calédonie ne va pas du jour au lendemain voler, mais ça l’empêchera certainement de couler. Ça, ce sera un sujet parce que c’est l’État qui pourvoit en attendant.

Dans votre discours de politique générale, vous avez annoncé votre volonté d’avancer sur les réformes des retraites et du Ruamm. Est-ce que vous avez des pistes sur ces réformes ?

Ce sont deux réformes essentielles, majeures, mais elles ne sont pas les seules. On va faire aussi réformer la fiscalité. Pour l’enveloppe 2027, par exemple, on a besoin de 60 milliards. La moitié servira à couvrir le déficit structurel sur les retraites. On est à hauteur de 15 milliards et on est à peu près à 20 milliards sur le Ruamm.

On voit bien que c’est là que se trouvent les deux hémorragies financières calédoniennes. C’est là où il faut juguler rapidement. C’est la raison pour laquelle j’ai dit dans ma déclaration qu’il faudra réformer ces régimes avant le 31 décembre 2026.

Mais d’autres réformes viendront. Plusieurs textes sont d’ailleurs sur le bureau du Congrès, à la fois sur les retraites et sur l’assurance maladie. À notre retour de Paris, nous allons mettre les partenaires sociaux autour de la table. Ce sera ensuite proposé au Congrès, pour être adopté au plus tard le 31 décembre.

Avant de demander des efforts aux Calédoniens, il faut que l’administration fasse des économies et soit transparente.

Ces réformes sont attendues aussi par Paris, elles conditionnent l’aide de l’État…

Oui, mais il faut bien entendre qu’on ne fait pas les réformes pour avoir le soutien de l’État. On fait les réformes pour ne plus avoir besoin du soutien de l’État. C’est ça l’objectif. Ce qu’on vient de demander à l’État, c’est de nous aider en attendant que ces réformes produisent leurs effets.

Vous avez également évoqué dans votre déclaration de politique générale des économies à faire au sein du gouvernement…

Oui, des économies de la collectivité, mais aussi dans tous les satellites, c’est-à-dire les établissements publics. Il y en a une flopée où on peut, très rapidement, engager des réformes qui nous permettent de dégager des marges de manœuvre et des économies.

Ça permet de donner de l’exemplarité parce que je crois que le pouvoir politique commence à avoir de moins en moins de crédit auprès de la population. Il y a un fossé entre la population et ses représentants. C’est un gage d’exemplarité de dire : avant de demander des efforts aux Calédoniens, il faut que l’administration fasse des économies et soit transparente. Comment sont dépensés les fonds publics ? Ça permet d’engager le reste des réformes.

Sur les entreprises, il va falloir qu’on arrive à sauver ce qu’on peut sauver, parce que la crise a tué 900 entreprises. Et certaines, malgré les épisodes Covid et les émeutes, sont toujours en vie, mais sont entre la vie et la mort. Il faut leur apporter un soutien parce que si les entreprises continuent de mourir, ce sont des salariés qui perdent leur emploi et donc des cotisations de moins, donc des régimes qui vont être sous tension. Le pacte de refondation arrêté par le Premier ministre doit permettre de les soulager.

Et puis, il y a la réforme sur la fiscalité. C’est un gros volet. Une mission sera dépêchée en Calédonie à partir de la semaine prochaine pour rendre les conclusions de son rapport, qui permettront de donner une vision plus claire de la fiscalité et de regarder quelles sont nos marges de manœuvre en termes du traitement des niches, mais aussi en termes de recettes supplémentaires. Le gouvernement va s’appuyer sur ce rapport pour engager une réforme de la fiscalité.

Dans votre déclaration, vous avez aussi évoqué la diversification de l’économie, et notamment le développement du tourisme.

On parle du tourisme, mais on voit bien que le sujet fondamental, c’est le transport. Parce que s’il n’y a pas de transport, il ne peut pas y avoir de développement touristique. Vous avez bien vu qu’on a un problème avec Aircal depuis six mois maintenant.

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Dès ma prise de fonction, je me suis rendu à Lifou pour dire que c’était une priorité du gouvernement, mais surtout proposer une porte de sortie à la crise [3]. Il faut que la Nouvelle-Calédonie puisse d’abord bâtir son propre schéma de mobilité et de continuité territoriale pour construire un schéma de transport et de tourisme.

C’est à cette condition-là qu’on arrivera à relancer le tourisme, mais aussi les économies bleue et verte. On ne peut pas parler de développement si on n’arrive pas à atteindre les populations.

Après, il y a un sujet qu’on a évoqué, c’est la base navale, même si on ne le dit pas comme ça dans la déclaration de la politique générale, mais qui pourrait permettre de catalyser le développement économique dans la région, en permettant de prendre en charge des bateaux de taille moyenne au port autonome.

Des discussions existent avec l’Union européenne pour regarder comment développer une base navale en Nouvelle-Calédonie. C’est un vrai sujet, qui permettra de donner des perspectives à notre jeunesse en termes de formation, de débouchés sur l’emploi.

Il faut bâtir un schéma de mobilité pour l’ensemble du pays, pas que pour les îles. Ce serait incohérent.

Y a-t-il des pistes de sortie de crise concernant Air Calédonie ?

Je suis parti à Lifou avec deux propositions. La première, c’est qu’il fallait impérativement renouer le dialogue parce que depuis le transfert de Magenta à La Tontouta, il n’y a plus eu de véritable contact entre le gouvernement et les trois collectifs des îles. Je les ai rencontrés pour dire qu’il fallait renouer le dialogue parce que le blocage menait forcément à des actions violentes, et la violence menait forcément vers quelque chose qu’on ne veut plus dans notre pays. C’est le dialogue qui nous permettra de sortir de cette crise.

La deuxième proposition, c’est de dire sur quoi est-ce qu’on reprend le dialogue ? Parce que les exigences du collectif sont simples : c’est l’aérodrome de Magenta ou il n’y a pas de réouverture des aérodromes. Mais la question, ce n’est pas juste Magenta ou La Tontouta. La question, c’est un schéma de mobilité. Le problème de la mobilité n’est pas inhérent aux ressortissants des îles Loyauté. Ça concerne toute la Calédonie : de l’Île des Pins à Bélep, du Grand Nord aux agglomérations.

On voit bien qu’il y a un problème de mobilité. Et pas juste d’aérien, c’est un problème de transport de manière globale. Pour y répondre, il faut bâtir un schéma de mobilité pour l’ensemble du pays, pas que pour les îles. Ce serait incohérent.

La réponse à leur question se retrouvera dans le schéma de mobilité qui doit être adopté par le Congrès. C’est lui qui doit décider in fine comment les populations doivent circuler au sein de notre territoire. Et si le Congrès dit : c’est un retour à Magenta, ce sera un retour à Magenta. Et pas autrement, ce n’est pas une décision unilatérale du gouvernement, c’est une décision du pays et la décision appartient au Congrès.

Puisque l’on parle de mobilité, Aircalin a décidé de lier Nouméa à Paris par un vol direct via Bangkok. Une ouverture qui dépasse les attentes de sa direction. Deux nouveaux avions vont arriver pour soutenir ce développement. Le pays doit-il soutenir ces initiatives ?

Sur Aircalin, ce n’est pas un problème de fond, c’est un problème de forme. Cette compagnie aérienne est un outil, c’est une entreprise privée, mais l’actionnaire majoritaire, c’est l’Adanc (Agence pour la desserte aérienne), un établissement de la Nouvelle-Calédonie. Donc, la Nouvelle-Calédonie est actionnaire à 99,8 %. Il est par conséquent utile et nécessaire que, si la compagnie décide d’opérer des choix stratégiques, il y ait une validation, du pays, c’est-à-dire du Congrès. Et c’est ça qui n’a pas été fait.

Mais sur le fond, économiquement, la question d’ouvrir la ligne sur Paris ne se pose pas. C’est une bonne stratégie. D’ailleurs, on le voit dans les résultats. Ils sont exceptionnels pour la compagnie. La difficulté maintenant c’est la prise en charge des réparations parce qu’il n’y a que deux avions long-courriers. Ça ne se verrait pas si la compagnie en avait cinq.

À la fin de cette année, la compagnie va recevoir un A350 qui est un long-courrier et qui permettra de faire ces destinations sans grande difficulté. Un deuxième arrivera en 2028. Donc, la stratégie est bonne sur le fond. Sur la forme, on a eu un loupé parce que le gouvernement n’est pas venu chercher l’aval du Congrès pour aller dans ce sens. C’est ce qui, je crois, pose problème et qui fait l’objet d’attaques politiciennes.

Vous êtes neuf pendant cette mission transpartisane, de différentes sensibilités, serez-vous tous sur la même ligne ?

Pour dire qu’il faut sauver le pays ? Je ne sais pas comment faire autrement. Tout le monde sait qu’on a besoin du soutien d’État pour nous sortir de là. Il y en a qui disent qu’on peut avoir le soutien d’autres, je n’ai pas de difficulté particulière avec ça.

Après, sur la forme, chacun peut dire ce qu’il a envie de dire. J’ai parlé de la délégation transpartisane au gouvernement collégial. Tout le monde est d’accord sur le processus. Après, ce qui se passe dans les appareils politiques, c’est au-delà de ma compétence. Mais je regrette qu’on n’ait pas l’ensemble de la représentativité du pays qui soit venu à Paris.

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