
Coincées dans la ville, incapables de s’échapper, souvent malmenées par les constructions humaines qui les privent d’accès à la mer, les mangroves urbaines perdent chaque année en superficie à travers le monde. À Sainte-Marie, l’écosystème, à travers lequel serpentent des passerelles empruntées par des centaines de personnes chaque jour, fait figure d’exception. Et pour cause : "les seules mangroves qui sont préservées sont celles qui sont rendues accessibles et où il n’y a pas de conflit d’espace avec le développement urbain", explique Cyril Marchand, professeur, spécialiste des mangroves et vice-président de l’Université de la Nouvelle-Calédonie (UNC).
Devant le chercheur calédonien, un parterre de scientifiques internationaux, venus en grande partie d’Australie et de Nouvelle-Zélande, ont découvert, ce mercredi 2 septembre, cet écosystème si spécial à l’occasion d’une visite de terrain. Ils participent, jusqu’à vendredi 4 septembre, au forum de l’Association franco-australienne pour la recherche et l’innovation (Afran), organisé pour la première fois en Nouvelle-Calédonie (voir plus loin). Une soixantaine de scientifiques, dont une trentaine venue des îles et pays du Pacifique, vont discuter et partager pendant trois jours leurs solutions pour adapter la région au changement climatique.
La question des mangroves, notamment urbaines, leur résilience et leur rôle dans la fixation des gaz à effet de serre, occupera une place importante dans la réflexion. Car ces zones "représentent un véritable intérêt scientifique à l’échelle internationale", essentiellement parce qu’elles sont "capables de piéger énormément de CO2 par unité de superficie, qu’elles stockent dans le sol pendant des milliers d’années, contrairement aux forêts classiques qui en relâchent une partie dans l’atmosphère", explique Cyril Marchand. Or, "peu de villes dans le monde sont parvenues à les conserver", souligne le scientifique calédonien.

François Thoral peut en témoigner. Arrivé la veille de Nouvelle-Zélande, le chercheur français de l’université de Wakaito, à Wellington, évoque des mangroves néo-zélandaises "en souffrance". "Elles subissent énormément de pression, notamment des activités humaines", affirme le scientifique, spécialisé dans les écosystèmes côtiers. Il prend note, ce mercredi, des solutions mises en place pour la mangrove de Sainte-Marie, "qui vont forcément intéresser pas mal de mes collègues et les communautés locales".
Celles-ci reposent en grande partie sur le "plan mangrove 2030", un programme d’actions lancé il y a deux ans par la province Sud, en partenariat avec les mairies du Grand Nouméa et l’UNC. Les scientifiques ont ainsi pu prendre connaissance des travaux de réhabilitation en cours dans celle de Sainte-Marie, visant à détruire des digues construites dans les années 1970 pour faire passer des câbles de communication. Le chantier doit permettre d’offrir "davantage d’oxygène à la mangrove et des moyens de fonctionner correctement" en améliorant sa connexion avec la mer, présente Caël Normandon, président de la commission de l’environnement de la province Sud.
Les effets de ce renouvellement doivent faire l’objet d’une évaluation par l’Institut de recherche pour le développement (IRD), grâce à des sondes qui seront installées à l’issue des travaux. L’UNC sera quant à elle chargée de suivre l’évolution de la biodiversité contenue dans la mangrove, des crustacés aux poissons, en passant par les bactéries.
De quoi inspirer les chercheurs de la région, espère Cyril Marchand. "On peut servir d’exemple et donner l’envie à des gens, ailleurs dans le monde, d’adopter la même démarche pour préserver ces écosystèmes."
Jusqu’au 4 septembre, le forum de l’Association franco-australienne pour la recherche et l’innovation (Afran) va réunir, dans les locaux de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ainsi qu’à l’Université de la Nouvelle-Calédonie, une soixantaine de scientifiques, mais aussi des représentants des peuples autochtones et des responsables politiques du Pacifique.
L’ambition : mettre en commun les connaissances et les savoirs traditionnels utiles à l’adaptation de la région au changement climatique. "On veut vraiment montrer que le Pacifique est capable de répondre à ses propres problématiques", expose la Calédonienne Kimberley Coulson, responsable de l’Afran, chargée de développer les relations entre la France et l’Australie. "C’est une super opportunité pour rencontrer d’autres scientifiques et créer des synergies", se réjouit François Thoral, chercheur en écologie marine à Wellington, qui constate un développement de la collaboration dans le Pacifique ces dernières années.
Après la visite de la mangrove de Sainte-Marie, l’évènement sera consacré à des tables rondes, abordant des thématiques aussi variées que les liens entre l’Antarctique et le Pacifique, la sécurité alimentaire, les sciences sociales… Au terme des trois jours d’échanges, "on doit sortir une feuille de route qu’on amènera à la pré-Cop prévue à Fidji, et pourquoi pas à la Cop31", qui se tiendra en Turquie du 9 au 20 novembre.