
Louis. Dans sa quête pour découvrir l’identité de son arrière-grand-père maternel, Sylvana dispose de ce seul prénom, légué à son oncle. Pour le reste, c’est le grand flou. Quelques rumeurs circulent dans la famille : c’était probablement "un militaire américain" qui aurait "atterri à Gomen".
Depuis quelques semaines, cet ancêtre, chaînon manquant d’une vaste histoire familiale, d’Ouvéa à Gomen en passant par Lyon, comme la Nouvelle-Calédonie en a tant fabriqué, obsède Sylvana. "J’ai vraiment envie de savoir", lâche la jeune femme. Mais où chercher ? Et par où commencer ? "Il me fallait des éléments pour guider mes recherches." C’est ce qui l’a incité à pousser les portes, ce samedi 5 septembre, du service des archives de la ville de Nouméa, aux côtés de ses deux sœurs.
Dans un bâtiment flambant neuf du centre-ville, ouvert en septembre 2025, une initiation à la généalogie a réuni une vingtaine de personnes dans la salle de consultation, toutes venues en quête d’astuces et de méthodes pour retracer leurs origines. Les généalogistes en herbe ont pu compter sur l’expérience d’une pointure en la matière : Jean-Pierre Paladini, dont la première recherche date du début des années 2000. "Ma femme voulait en savoir davantage concernant ses origines. Je suis parti de l’acte de décès de son grand-père pour remonter, de fil en aiguille, son histoire." Un "doigt dans l’engrenage" qui s’est transformé "en addiction". Autodidacte, Jean-Pierre Paladini a progressivement appris toutes les ficelles nécessaires à l’élaboration d’un arbre généalogique, ainsi que les règles qui entourent les archives et leur accès, souvent limité.

Logiciels utiles, précautions à prendre, validation des informations glanées… En deux heures de causerie, il a pu enseigner aux participants toutes les clés pour bien chercher. "Ça me permet d’avoir des premières pistes, des sites à consulter et une méthodologie, car j’ai tendance à m’éparpiller", témoigne Anne-Claude Miloud, lancée sur les traces de ses ancêtres du côté de sa mère, un arbre généalogique aux nombreuses ramifications qui devraient la ramener jusqu’au bagne.
Ils seraient de plus en plus nombreux à s’adonner à la quête des origines, un loisir boosté par la multiplication des bases de données en accès libre. "Il n’y a qu’à voir le nombre de personnes présentes ce matin. Il y a un vrai engouement", observe Jean-Pierre Paladini. Céline Favre, archiviste pour la ville de Nouméa et à l’origine de l’initiation de ce samedi, tente d’expliquer le phénomène, qu’elle constate également. "Quand on arrive à un certain âge, pas forcément très vieux, on a besoin de savoir d’où l’on vient. Il y a beaucoup de gens qui se lancent dans la recherche généalogique parce que c’est une nécessité de connaître ses origines sachant qu’ici, un certain nombre d’entre eux sont déracinés."
Mais les pièges sont nombreux et les déceptions fréquentes. "L’essentiel est de bien vérifier les informations obtenues, prévient Jean-Pierre Paladini. Les gens parlent, il y a beaucoup de transmission orale, mais il faut aller chercher ce qu’il y a derrière et surtout que ce qu’on a voulu cacher". Alors, au-delà de la méthode, le plus important, selon le généalogiste chevronné, "c’est d’y croire, de ne jamais baisser les bras". Une patience essentielle tant la recherche des origines peut s’avérer une pratique ingrate. "J’ai mis parfois plus de dix ans à trouver certaines informations."
C’est d’autant plus difficile en Nouvelle-Calédonie, où le métissage et la succession des vagues de peuplement ont complexifié les histoires familiales. "C’est très compliqué sur tout ce qui n’est pas européen, confirme Jean-Pierre Paladini. Pour les Indonésiens et les Japonais par exemple, c’est quasiment mission impossible."
Il se veut toutefois rassurant, à l’endroit des passionnés engagés dans la reconstitution de leur arbre généalogique : "Quand on cherche bien, on finit par trouver."