
Lorsque Jean-Luc Elice choisit l’Éducation nationale, il y a bien sûr la volonté de transmettre des savoirs. Mais un article du Code de l’éducation va progressivement devenir la véritable clé de voûte de son parcours. Le L111-1, qui rappelle que l’école a aussi pour mission première "de faire partager aux élèves les valeurs de la République". Une conviction qui guidera ses choix professionnels, de l’enseignement aux fonctions de chef d’établissement, et qui prend aujourd’hui une résonance particulière.
Originaire de Guadeloupe, passé par l’académie de Versailles, Jean-Luc Elice connaissait déjà le Pacifique avant de rejoindre la Nouvelle-Calédonie. "Entre 2018 et 2020, j’ai suivi mon épouse, nommée en Polynésie française. J’ai eu un véritable coup de cœur pour ce territoire." Son arrivée sur le Caillou relève ainsi autant du projet professionnel que familial, avec une volonté affichée "d’aller à la rencontre d’une autre culture avec humilité et respect".
Le collège Gabriel-Païta compte environ 600 élèves et une équipe "particulièrement engagée dans la réussite des jeunes", à travers notamment la lutte contre l’illettrisme et l’accès à la culture.
Mais son nouveau principal veut aller plus loin et permettre aux jeunes de dépasser les barrières géographiques pour s’orienter vers des formations qui correspondent véritablement à leurs aspirations. Pour Jean-Luc Elice, l’enjeu est donc aussi de travailler sur l’ambition et d’aider les élèves à envisager des possibilités qu’ils ne pensent pas toujours accessibles et, surtout, de comprendre que leur parcours peut aussi s’inscrire à l’échelle régionale et internationale.
Cette ouverture passera notamment par les partenariats. Jean-Luc Elice souhaite développer les liens avec des établissements étrangers, en particulier en Australie et au Japon, dont la langue du pays est la deuxième enseignée en Nouvelle-Calédonie.

La culture constitue un des piliers du projet. "Une culture qui ne se montre pas, c’est une culture qui n’existe pas", résume Jean-Luc Elice. Il souhaite notamment organiser une semaine consacrée aux arts et à la culture au sein du collège, en associant des acteurs et partenaires extérieurs, ainsi que les autorités coutumières.
Afin de former les jeunes à l’esprit critique et à la compréhension de l’information, Jean-Luc Elice envisage la création d’une classe média. La question porte sur l’éducation aux médias, la manière dont les élèves s’informent et leur capacité à prendre du recul face aux contenus auxquels ils sont exposés.
Pour Jean-Luc Elice, former des citoyens suppose aussi d’associer davantage les familles à la vie de la communauté éducative. Dès le mois d’octobre, le collège proposera ainsi, sur la base du volontariat, une formation de "parents ambassadeurs" contre le harcèlement. Une dizaine de parents se sont déjà inscrits.
Le nouveau principal a déjà expérimenté ce dispositif dans ses précédents établissements, avec l’objectif de faire des parents des relais identifiés et reconnus par les élèves, les familles et les équipes éducatives. Accompagné par le vice-rectorat, le projet sera expérimenté à partir de la rentrée de février 2027. La lutte contre le harcèlement scolaire constitue justement une priorité du vice-rectorat, qui déploie des actions de prévention, de sensibilisation et d’accompagnement.
La communauté scolaire est également marquée par l’absence de transports scolaires sur certains secteurs. Les parents doivent s’organiser pour transporter eux-mêmes leurs enfants.
Dans ce contexte, Jean-Luc Elice veut aussi montrer aux collégiens des parcours de Calédoniens qui ont réussi et leur donner des figures auxquelles s’identifier. Car derrière les apprentissages se dessine l’ambition de donner aux jeunes la confiance nécessaire pour devenir eux-mêmes acteurs de l’avenir du territoire. "Ils ont beaucoup de potentiel, beaucoup de compétences", insiste-t-il. Son objectif est de leur permettre de regarder les exemples qui existent autour d’eux et de comprendre qu’ils sont eux aussi capables, demain, de "prendre en main le pays".