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Olivier Houdan, des sources d’archives aux rivières
Aude-Émilie Dorion | Crée le 08.09.2026 à 05h00 | Mis à jour le 08.09.2026 à 05h00

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Olivier Houdan, historien et enseignant au collège Louis-Léopold-Djiet de Bourail, également planteur d’arbres, participe au projet Perenne, qui vise à restaurer les ripisylves de la Néra. Photo Aude-Émilie Dorion
Inaugurée à l’occasion de la 11e Conférence sur la conservation de la nature et des aires protégées, qui se tient cette semaine à Nouméa, l’exposition "Les solutions fondées sur la nature en action, voix et témoignages du Pacifique avec l’initiative Kiwa" donne à découvrir vingt-deux portraits de personnes issues de treize États et territoires, engagées dans l’adaptation au changement climatique, au centre Tjibaou, du 8 au 27 septembre. Parmi elles, le Calédonien Olivier Houdan, historien qui participe, à Bourail, à la restauration des berges de la Néra.

Né à Nouméa en 1969, c’est au collège Louis-Léopold-Djiet de Bourail qu’Olivier Houdan, formé en histoire dans les universités de Strasbourg et de Lille, enseigne la discipline depuis près de vingt ans. Il a longtemps consacré ses recherches à la mémoire collective calédonienne : contributeur de l’Atlas de la Nouvelle-Calédonie publié en 2013, notamment sur la période dite des Événements, il a passé des années à recueillir la parole des familles et à plaider pour l’ouverture d’archives encore classifiées, convaincu que "l’histoire peut aussi guérir, apaiser les mémoires et réconcilier les êtres entre eux". Cofondateur de l’association Histoire et Patrimoine de Bourail, il est aujourd’hui élu municipal.

C’est ce même homme, habitué à faire parler les archives et les mémoires vives d’un territoire marqué par les violences des années 1980, qui participe à Bourail, avec beaucoup d’autres, à l’un des chantiers de restauration écologique les plus aboutis de Nouvelle-Calédonie. Lauréat de l’Initiative Kiwa 2021 et soutenu par le gouvernement, le projet Perenne, mis en œuvre par le WWF France en Nouvelle-Calédonie, vise à restaurer les ripisylves1 de la rivière Néra et à promouvoir des pratiques agricoles durables.

Neuf agriculteurs de la côte Ouest ont ouvert leurs exploitations à des sites de restauration. Plus de 10 800 plants ont été cultivés en pépinière, 870 arbres replantés sur les berges de la Néra, 1 200 sur celles de la Boghen, 400 palétuviers dans le village de Nessadiou. Mais réduire Perenne à ces chiffres reviendrait à manquer l’essentiel : ce qui s’est construit à Bourail n’est pas seulement un chantier de reboisement. C’est la démonstration qu’un territoire peut se réparer lui-même, à condition de mettre les bonnes personnes autour de la même table.

Le travail sur le terrain

Olivier se remémore cette matinée de 2011, où il se retrouve avec une dizaine de personnes sur un segment des berges de la Boghen, sans engin, sans budget. "Devant le coût que représenterait, pour les finances communales, l’enrochement prévu sur cette portion de rivière, on a prélevé des touffes de vétiver aux alentours, on les a séparées en brins, et on les a plantées en quinconce, à la main, en une matinée." Quinze ans plus tard, les alluvions se sont accumulées, derrière les racines, les graines ont germé, des bois-de-fer de 5 mètres de haut bordent la rivière. "La berge est tenue naturellement, si j’ose dire, avec un petit coup de pouce humain", résume Olivier.

Restaurer une ripisylve à quelques kilomètres à l’intérieur des terres, c’est donc aussi protéger un récif corallien à l’embouchure, dans une logique de continuité écologique.

Le vétiver lui-même porte une histoire : introduit sans doute à la fin du XIXe siècle par les colons sucriers venus de La Réunion avec leurs ouvriers originaires de Malabar, il servait alors à délimiter les concessions données aux libérés du bagne. Un siècle et demi plus tard, la même plante sert à retenir ce que l’élevage extensif et l’agriculture intensive ont fragilisé. Perenne s’inscrit d’ailleurs dans une zone où les enjeux dépassent les limites communales. La côte Ouest borde une barrière récifale inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, directement exposée à l’engravement des rivières et aux apports sédimentaires issus de l’érosion des terres agricoles. Restaurer une ripisylve à quelques kilomètres à l’intérieur des terres, c’est donc aussi protéger un récif corallien à l’embouchure, dans une logique de continuité écologique.


L’exposition "Les solutions fondées sur la nature en action, voix et témoignages du Pacifique avec l’Initiative Kiwa" est visible au centre Tjibaou jusqu’à la fin du mois de septembre. Capture d’écran Initiative Kiwa

Dans le portage de Perenne, le WWF a intégré des écoles, des associations environnementalistes et les autorités coutumières, aux côtés de la Chambre d'agriculture et de la pêche, dont les services techniques forment ensuite les agriculteurs. "C’est l’association de tous ces acteurs qui a permis la réussite de ce programme", explique Olivier Houdan. Une des composantes de la thèse du projet : la restauration écologique n’exige pas nécessairement de gros budgets d’ingénierie, mais une lecture fine du territoire, de la mobilisation humaine, et le temps long.

Une filière économique

Car Olivier Houdan ne défend pas seulement une méthode écologique : il porte un argument économique. Chaque denier non dépensé en enrochement est un denier disponible ailleurs, et chaque sol restauré est une exploitation qui gagne en valeur et en résilience. Il cite volontiers l’exemple de l’agroforesterie développée sur l’exploitation de M. Sansoni, qui a montré qu’enrichir la vie du sol pouvait, à moindre coût, limiter le ruissellement et le lessivage sur les piémonts calédoniens ; une technique qu’il juge parfaitement duplicable ailleurs sur la Grande Terre, pourvu que les décideurs acceptent d’aller la constater sur place en enfilant les bottes.

"Il n’y a pas assez de personnes qui viennent sur le terrain, pas assez de décideurs qui descendent dans les champs."

Cette conviction s’accompagne, chez lui, d’une véritable vision de développement d’une filière agroécologique professionnelle, dont le lycée agricole de Pouembout, qui envoie déjà chaque année des classes observer les pratiques bouraillaises, pourrait porter le projet de création d’une formation qualifiante et diplômante, capable d’amener de jeunes Calédoniens à devenir des acteurs reconnus de la lutte contre le changement climatique. Une manière, dit-il, de redonner à l’agriculture une attractivité qu’elle a perdue auprès des jeunes générations. Les chantiers écoles de Perenne, ouverts sans distinction d’âge ni de parcours scolaire, préfigurent déjà cette filière : la compétence s’y construit collectivement, sur le terrain, avant même de se traduire en diplôme, pas un supplément d’âme ajouté au projet environnemental, mais une condition de sa réussite économique autant que sociale.

L’argument systémique

Mais ce qui intéresse l’élu municipal, c’est la question de l’échelle : à quel niveau administratif une politique de transition écologique doit-elle se piloter pour rester efficace, et comment ce qui a fonctionné à Bourail peut-il devenir une politique territoriale ? "Il n’y a rien de mieux que les leçons issues du terrain et de l’observation de ce terrain pour progresser", affirme-t-il, plaidant pour la commune comme échelon pivot, suffisamment proche des habitants pour mobiliser leur connaissance intime du paysage, suffisamment structurée pour organiser un encadrement technique rigoureux.

Olivier Houdan considère cependant que la gouvernance, le financement et la méthodologie mis au point à Bourail sont transférables à d’autres communes, à condition d’un encadrement technique équivalent, les mêmes questions se posant partout : fait-on les choses au bon endroit, au bon moment, avec les bonnes espèces ? Il voit dans les provinces, compétentes en matière de développement économique, le relais naturel pour inscrire ce modèle dans une politique plus large, plutôt que de le laisser dépendre de la seule bonne volonté d’une commune pionnière.

Bourail, c’est un lieu où des gens ancrés dans un territoire ont décidé collectivement de faire quelque chose avec ce qu’ils avaient sous la main.

Reste, de son propre aveu, la difficulté de convaincre les échelons supérieurs de décision. "Localement, les acteurs sont prêts, disposés, mobilisables", observe-t-il, avant de constater que la conversion des décideurs, plus haut dans la chaîne, tarde souvent à se faire. Pour lui, la solution n’est pas administrative, mais sensorielle : "Il n’y a pas assez de personnes qui viennent sur le terrain, pas assez de décideurs qui descendent dans les champs." L’obstacle, insiste-t-il, est rarement financier – davantage un prétexte qu’une réalité : "un peu de bon sens permet de franchir des difficultés qui, à l’origine, nous paraissaient insurmontables".

Bourail n’est présentée ni comme un modèle à statufier, ni comme une case isolée du Pacifique attendant l’attention des grandes capitales mondiales. "C’est un lieu où des gens ancrés dans un territoire ont décidé collectivement de faire quelque chose avec ce qu’ils avaient sous la main." Enfant, Olivier Houdan se souvient avoir passé sa vie dans les forêts, les rivières, les mangroves, sur la mer, les îlots, un lien à la nature qu’il estime aujourd’hui "orphelin", pour beaucoup de Calédoniens, d’un véritable projet de société capable de le consolider.

C’est peut-être là que réside la portée réelle de Perenne et de l’initiative Kiwa, au-delà des hectares replantés : la preuve qu’un territoire insulaire du Pacifique peut redevenir, pour ses propres habitants, un lieu à réapprendre, plutôt qu’un décor à préserver de loin. Olivier clôt l’entretien sur une phrase qui ne relève ni de la politique publique ni de la science, mais d’une simple invitation, adressée à quiconque dispose d’un bout de terre : "plantez des arbres dès que vous en avez la place. Ils nous le rendront vite et bien."

"Faire entendre les voix d’un Pacifique qui agit"

L’exposition "Les Solutions fondées sur la Nature en action, voix et témoignages du Pacifique avec l’Initiative Kiwa", visible au centre Tjibaou du 8 au 27 septembre, présente vingt-deux portraits et récits issus de treize États et territoires du Pacifique, de personnes impliquées dans la mise en œuvre de solutions fondées sur la nature face au changement climatique. Il s’agit de "faire entendre les voix d’un Pacifique qui agit et construit sa résilience à partir de ses terres, de ses mers et de ses savoirs".

Après un aperçu proposé aux Palaos à l’occasion du Forum des îles du Pacifique, c’est la première fois que cette exposition est présentée en intégralité, à l’occasion de la 11e Conférence des îles du Pacifique pour la conservation de la nature. Le projet, qui a vocation ensuite à voyager dans la région, s’inscrit dans la perspective de la pré-COP à Fidji en octobre, et de la COP31 en Turquie en novembre.

Note

1 Ripisylves : écosystèmes forestiers situés en bordure des cours d’eau, jouant un rôle écologique majeur. Ils protègent les berges contre l’érosion, filtrent les polluants, régulent les crues, abritent une biodiversité spécifique, et contribuent également à la protection des récifs coralliens en limitant les apports sédimentaires.

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