
"À droite après la station, et c’est au troisième cocotier." Et si cette façon d’indiquer un chemin, si propre aux Calédoniens, était sur le point de disparaître ? Désireux d’étendre à tous les territoires la standardisation des adresses, l’État a donné aux communes de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française de plus de 5 000 habitants* jusqu’au 1er janvier 2027 pour se conformer à l’obligation d’adressage des voies (un nom de rue et un numéro), en vigueur depuis 2022 dans l’Hexagone.
À trois mois de l’échéance réglementaire, la commune de Païta annonce le lancement d’une vaste opération de numérotation de ses rues à partir du 1er octobre. Cette mise en conformité, réalisée il y a près de vingt ans dans les trois autres communes de l’agglomération, va concerner "entre 10 000 et 12 000 adresses", selon les estimations des services de la ville, dévoile le maire, Antoine Romain. Outre l’obligation légale, la municipalité vante une meilleure localisation pour les services de secours, une identification plus précise pour l’accès aux réseaux d’eau, d’électricité, de téléphonie, ainsi que pour les livraisons, les organismes sociaux et même les services de justice.
Les plaques d’adresse seront remises gratuitement aux propriétaires. Leur distribution respectera un calendrier (lire ci-dessous) établi jusqu’à la fin de l’année par secteur. Les locataires et les personnes hébergées ne sont pas concernées. Une fois récupérée, la plaque devra être posée "de manière visible depuis l’accès à la construction".
Cette opération d’adressage est le fruit d’un "travail de longue haleine" d’identification et de cartographie réalisé par la municipalité, qui ne sera toutefois pas achevé dans les délais fixés par l’État, "mais plutôt courant 2027", admet le premier édile. Il faut dire que la commune, qui a atteint 27 600 habitants selon le dernier recensement, part de loin. Son tout premier plan d’urbanisme directeur (PUD) a été adopté l’an dernier. Quant aux moyens de localiser un logement, ils reposent aujourd’hui exclusivement sur le numéro de cadastre.
"La commune s’est vraiment attaquée à l’adressage lorsqu’est tombée l’obligation", justifie Antoine Romain. Surtout, Païta était déjà à la traîne concernant la dénomination de ses rues, préalable nécessaire à toute opération de numérotation. "Il fallait qu’on ait suffisamment de noms de rue pour se lancer, ça n’aurait eu aucun sens de commencer à numéroter avec seulement 20 % de voies dénommées." Aujourd’hui, 492 voies sur "un peu plus de 600 identifiées" possèdent un nom, soit environ 75 %.
Les rues de Païta encore anonymes se situent essentiellement sur terres coutumières. La commune compte quatre tribus et plusieurs groupements de droit particulier local (GDPL), pour lesquels "des palabres sont nécessaires pour valider le nom d’une voie", explique Antoine Romain. Le sujet est "régulièrement abordé" lors des réunions entre la municipalité et le Comité partenarial coutumier de Païta (CPCP), "mais ça prend du temps". "On ne veut rien imposer, on attend leurs propositions", affirme le maire.
Les secteurs situés sur terres coutumières feront ainsi l’objet d’un traitement particulier pour la campagne d’adressage. La distribution des plaques numérotées se fera via les maisons communes des quatre tribus, dans le courant du mois de décembre, le temps de procéder à la dénomination des voies.
Une fois l’adressage des rues de la commune achevé, l’ensemble des données rejoindra la "base nationale d’adresses", une référence utilisée par "tous les services de l’État", ainsi que par les plateformes de cartographie en ligne (Google Maps, Open Street Map, etc.), souligne Kevin Revelen, chef du service de l’urbanisme de la mairie. Un certificat d’adressage sera remis à chaque propriétaire. La municipalité prévoit également d’ouvrir un numéro vert et de développer une application pour orienter les habitants durant l’opération.
La distribution des plaques est organisée d’octobre à décembre par secteur géographique, selon la sectorisation des bureaux de vote. Des permanences seront ouvertes à l’Arène du Sud pour les cinq premières phases et à la mairie annexe de Tontouta pour la sixième et dernière phase.
Les permanences seront ouvertes du lundi au vendredi de 11h30 à 18h30 et le samedi de 8 heures à midi.
*Les communes de moins de 5 000 habitants ont jusqu’au 1er janvier 2028 pour procéder à l’adressage.