
Les techniciens de la compagnie Subcom s’affairaient, le mardi 8 septembre, sur la pelouse du stade de Papenoo, pour une opération d’atterrage d’un câble sous-marin. Pas n’importe lequel, le câble Honomoana, qui fait partie du programme "Pacific Connect initiative", lancé par Google en 2023. Le géant du numérique déploie dans toute la région de la fibre optique à haute capacité et a choisi Tahiti comme un des points d’ancrage.
Après l’atterrage de Bulikula, qui court vers Fidji, Honomoana est le deuxième câble Google à être atterré à Tahiti, en attendant Halaihai, vers Guam et l’Asie, puis Humboldt, qui reliera le Chili. Mais celui qui est en cours d’installation est bien une des pièces maîtresses de ce futur réseau, qui reliera Tahiti à San Diego et sera complété, côté Presqu’île, par un tronçon reliant la Nouvelle-Zélande et l’Australie.
À l’inverse de ce qui avait été fait pour le compte de l’OPT et de ses câbles Honotua, Manatua et Natitua, Subcom déploie de la terre vers la mer sur le rivage de Papenoo. Les deux premiers kilomètres doivent être installés ces jours-ci, et un navire câblier, pas encore en vue, passera au large raccrocher ce brin au câble transpacifique. Des opérations qui seront complétées dans les prochains mois, par des chantiers à terre.
Google n’a pas prévu de "data center" à Tahiti, mais des "control centers", dédiés spécifiquement à la gestion des câbles. Le premier doit sortir de terre sur le terrain de Tahiti Nui Telecom, sur les hauteurs du site d’atterrage de Papenoo. Moetai Brotherson, qui était sur place mardi matin, précise qu’un autre centre de contrôle sera installé dans la zone biomarine de Faratea, pour raccorder les tronçons partant de part et d’autre de l’isthme de la Presqu’île.
Les atterrages vont donc s’enchaîner "d’ici la fin 2027". Mais le calendrier précis d’entrée en opération du réseau est tenu discret par Google. Et par le Pays, qui a signé des accords de confidentialité avec la firme de Mountain View. Ce qui n’empêche pas l’exécutif d’attendre beaucoup du futur raccordement.
Les câbles Google vont avant tout permettre la sécurisation de la connexion internationale, sujet des plus importants vu les incidents à répétition à Hawaii ces derniers mois, et la panne de Manatua, hors service depuis le mois d’août après une avarie technique en eau profonde au large de Samoa.
Moetai Brotherson a aussi évoqué une hausse générale du débit pour les usagers, particuliers, professionnels ou administrations. Si la Polynésie ne loue qu’une part "marginale" de Honomoana, cela représenterait "10 à 50 fois" la capacité actuelle offerte par Honotua, même si le câble Tahiti-Hawaii n’est aujourd’hui utilisé qu’à la moitié de sa capacité. Encore faudra-t-il, pour cela, contractualiser. Car là aussi, l’enthousiasme du début a laissé place à la réalité économique : les capacités sur les câbles, Google ne les offrira pas à la Polynésie, mais les facturera, et les tarifs sont en discussion avec l’OPT. L’office n’aura certes pas à amortir le prix des câbles, entièrement payés par la firme américaine, mais devra, pour disposer d’un système cohérent, s’offrir des équipements ou des prestataires sur la côte Ouest des États-Unis, notamment pour relier San Diego et Los Angeles, où Honotua va "chercher" la connexion internationale du pays.
Aussi, l’idée, développée ces dernières années, selon laquelle les câbles Google vont mécaniquement faire baisser le coût de revient de la bande passante et donc, en bout de chaîne, les factures des usagers, reste à étayer. Hina Delva, PDG de l’OPT et directrice générale par intérim d’Onati, joue la prudence sur les questions tarifaires. "Nous sommes en discussion avec Google. J’attends d’avoir le coût global des équipements à mettre en place, et on verra à ce moment-là", note la responsable.
Côte Pays, on regarde tout de même cette arrivée avec optimisme. Moetai Brotherson compte sur "l’opportunité" Google, pour donner de l’élan à l’économie numérique au fenua, parle de développement de nouveaux outils, via l’IA notamment, très gourmande en bande passante. Le chef du gouvernement avertit tout de même qu’un éventuel "boom" de la connectivité du fenua pourrait augmenter la tentation des entreprises et administrations de déporter leurs services et leurs données en dehors du Pays. "Nous, ce qu’on veut, parallèlement à ce projet Google, c’est développer le cloud souverain polynésien, et puis des intelligences artificielles qui soient spécifiques à la Polynésie, dans des domaines bien particuliers."