
Johanito Wamytan ne veut pas laisser la déclaration Môo mâ Awé dériver. "Elle ne doit pas être une noix de coco, elle doit être une pirogue sur laquelle on est tous embarqués pour aller chercher les moyens et porter notre voix." Ce vendredi 11 septembre, au centre culturel Tjibaou, le membre du gouvernement en charge de la mer a appelé les participants à la 11e Conférence du Pacifique sur la conservation de la nature à défendre ce texte après leur départ de Nouméa.
La déclaration Môo mâ Awé est désormais finalisée. Annoncée lundi, [1]elle fixe seize priorités à mettre en œuvre d’ici à 2030. Protection des espèces, restauration des milieux dégradés, lutte contre les espèces envahissantes et la pollution plastique… Les engagements doivent s’appuyer sur les communautés, leurs pratiques coutumières et leurs savoirs ancestraux.
Le dernier rapport du Programme régional océanien de l’environnement (Proe) donne une idée de l’urgence. 40 % des espèces de coraux étudiées dans le Pacifique sont menacées d’extinction. Et la région abrite près d’un quart de la superficie mondiale des récifs coralliens.
Easter Chu Shing, directrice générale adjointe du Proe, a insisté sur la complémentarité des connaissances traditionnelles et scientifiques. Et a insisté pour que les jeunes puissent peser dans les décisions prises aujourd’hui.
La déclaration appelle également à sortir des activités extractives destructrices pour l’environnement et les populations, sans désigner de filière. Mais pour Christopher Gygès, vice-président du gouvernement chargé notamment de l’économie, opposer développement et protection de la nature est un faux débat. "Dégrader nos écosystèmes, ce n’est pas arbitrer en faveur de l’économie, c’est détruire la base sur laquelle notre économie se repose", a-t-il déclaré en clôture de l’événement. Mais, nuance-t-il, une politique environnementale doit aussi tenir compte de l’emploi et du niveau de vie.
Concrètement, sur le Caillou, l’élu entend décliner le cadre régional de conservation 2026-2030 dans les politiques provinciales et communales : gestion des aires protégées, restauration des milieux, suivi des espèces… Il rappelle également le rôle du gouvernement dans le parc naturel de la mer de Corail. "C’est une déclaration qui ne vaut que par les décisions qu’elle inspire", a insisté Christopher Gygès.
La déclaration prévoit des plans nationaux de financement de la biodiversité et la mobilisation de partenaires extérieurs, mais ne chiffre aucune enveloppe et ne détaille pas de calendrier par action.
Un suivi régional est annoncé, qui doit être coordonné par la Table ronde océanienne pour la conservation de la nature, avec l’appui du Proe. La Nouvelle-Calédonie souhaite aussi des rendez-vous ministériels plus réguliers.
Les engagements doivent désormais être défendus dans les prochains rendez-vous internationaux sur la biodiversité et le climat. Christopher Gygès promet également de les porter à l’échelon local. "Les engagements se prennent dans les conférences, mais la nature se protège sur le terrain avec ceux qui y vivent", a-t-il conclu.