
Menottes, casques et équipements de protection jetés à terre. Mardi 15 septembre, une cinquantaine de policiers ont participé pendant environ une heure à une action symbolique au commissariat central de Nouméa. Une manière de relayer, à 16 000 kilomètres de Paris, la colère qui couve dans les rangs de la police nationale.
"Même dans les territoires les plus éloignés, les policiers sont en colère", résume Daniel Tamanogi, secrétaire zonal Pacifique d’Un1té SGP Police. Le mouvement fait suite à une rencontre entre les organisations syndicales et le ministre de l’Intérieur, le 4 septembre.
Au cœur du mécontentement, les revalorisations récemment accordées aux commissaires. Selon Daniel Tamanogi, elles représenteraient de 18 000 à 60 000 francs supplémentaires par mois pour certains et jusqu’à 160 000 francs pour les grades les plus élevés.
Une décision qui passe mal parmi les gardiens de la paix. "Ceux qui font tourner la boutique, ce sont les petites mains", insiste le syndicaliste, citant ceux qui travaillent de jour comme de nuit, interviennent sur Police secours, prennent les plaintes ou conduisent les enquêtes.
Un1té SGP Police réclame notamment une hausse de l’indemnité de sujétion spéciale police (ISSP), dont le taux est, selon le syndicat, gelé à 28,5 % depuis 2020. Son objectif : le porter à 35 %.
En Calédonie, une autre revendication s’ajoute au mouvement national. Le syndicat demande une compensation liée au coût de la vie pour les policiers adjoints. Recrutés sous contrat pour trois ans, renouvelable une fois, ces jeunes perçoivent, selon Daniel Tamanogi, environ 170 000 francs net par mois, sans indexation.
Le syndicat compare leur situation à celle des gendarmes adjoints volontaires, qui bénéficient d’une rémunération indexée. "Ils exercent les mêmes missions, ils ont les mêmes qualifications", estime Daniel Tamanogi.
Un mouvement de grogne qui intervient dans un contexte encore marqué par les violences de 2024. Le syndicaliste raconte avoir lui-même dormi au commissariat sur un tatami. Certains collègues sont restés jusqu’à 48 heures sans savoir dans quelle situation se trouvait leur famille. "Psychologiquement, les émeutes demeurent encore dans l’esprit des collègues." Plusieurs policiers grièvement blessés ont depuis dû changer de service, affirme le responsable syndical.
Pour maintenir la pression, les policiers entendent désormais limiter certaines initiatives pour se concentrer sur les urgences, une forme de "grève du zèle" selon Daniel Tamanogi. Une nouvelle mobilisation est déjà annoncée le 15 octobre, en relais du mouvement national.