
Stéphanie Geneix-Rabault : C’est un programme de recherche né en 2024, qui repose sur le dialogue entre sciences et arts dans le bassin urbain du Grand Nouméa, et qui questionne les différentes formes de nature en ville. C’est sur la base des discours, des représentations, des mots, sur ce rapport aux natures en ville qu’on glane, qu’on construit une histoire qui va alimenter un écochemin scénarisé, reliant la maison de la biodiversité de Sainte-Marie, à Ouémo, à la maison de l’environnement à Boulari, au Mont-Dore.
S.G-R : Entre la maison de la biodiversité à Sainte-Marie et la maison de l’environnement à Boulari, on va mettre en voix, en récit et en geste une histoire. Il y aura six étapes où il y aura un spectacle, qui va raconter les diversités culturelles et naturelles du pays, notamment celles qu’on ressent en ville.
S.G-R : Plusieurs versions et étapes vont alimenter la production finale. Donc sur la base du travail de création mené lors de la résidence cette semaine, on va travailler dans un second temps, l’année prochaine, avec les artistes pour en constituer une version grand public qui sera livrée dans un espace public. Il y aura six tableaux différents qui vont illustrer les six étapes de l’histoire que l’on a construite. Chaque étape porte un message, des lieux et des savoirs qui sont mis en musique, en voix et en mouvement.
Catherine Sabinot : Oui. En 2024, on a profité d’un appel à projets pour imaginer ce qu’on pouvait faire pour le pays avec nos compétences, nos envies et nos émotions. L’un des objectifs de Topos est aussi de créer, de renouveler ou de rappeler les liens qu’on a entre nous et les liens qu’on a avec la nature.
C.S : On a fait un peu d’enquêtes sur le terrain dans les quartiers. Et on montre beaucoup de connexions que les gens ont conservées ou ont renouvelées. Parce que les connexions qu’on a dans un milieu urbain ne sont pas tout à fait les mêmes que si on est dans la forêt, en brousse ou sur l’océan. En ville, des gens ont témoigné de sentir l’air iodé, l’odeur forte des mangroves mêlées aux gaz d’échappement par exemple. Les gens ont cette attention à tout.
Et nous, on a envie, dans cet éco chemin et ces six tableaux de raconter tous ces liens. L’histoire créée lors de cette dernière résidence vise à mettre en récit les diversités culturelles et biologiques, mais aussi des liens qu’on a à la nature, aux uns, aux autres, ainsi qu’aux langues.

S.G-R : Les diversités culturelles incluent les langues aussi. Il y a une grande diversité linguistique dans le bassin de Nouméa, où se rencontrent toutes les langues du pays, ainsi que les langues qui sont apparues au fil des arrivées successives de populations qui venaient d’ailleurs. Il y a aussi les langues qui se sont créées, nées de ces contacts.
Pouvez-vous donner un exemple ?
S.G-R : Le Tayo, qui est un créole de Saint-Louis. On peut évoquer le drehu de Nouméa, qui n’est pas le même que le drehu de Lifou ou de Tiga. Le wallisien de Nouméa, n’est pas le même que le wallisien de Walis. Le bislama de Nouméa, n’est pas celui du Vanuatu ou même de Port-Vila. C’est donc cette diversité-là aussi qu’on veut mettre en avant.
Par ailleurs, de nombreux travaux scientifiques, dans le milieu anglophone en particulier, démontrent que ce qui affecte notre écosystème va aussi affecter les langues et les savoirs qui sont véhiculés en langue. Et à l’inverse, si on perd une langue, on va aussi perdre toutes les connaissances sur cet écosystème. Ce sont donc aussi ces enjeux et ces interrelations qu’on souhaite mettre en avant.

S.G-R : Oui. Toute la ceinture tropicale abrite des hotspots de biodiversité qu’on connaît assez bien, pour lesquels on est sensibilisés à l’impact du changement climatique sur l’érosion de ces espèces qui sont des foyers de forte concentration d’espèces endémiques. Et c’est corrélé à une forte concentration de langues aussi. Autrement dit, quand on superpose des cartes qui représentent la diversité naturelle à celles qui représentent les diversités linguistiques et culturelles, ce sont exactement les mêmes zones.
La Nouvelle-Calédonie est donc l’un de ces foyers. Il y a urgence à conserver tant la diversité naturelle que culturelle et donc linguistique. L’Océanie abrite à elle seule près d’un tiers des langues du monde, alors que la région représente moins de 5 % de la population mondiale. On vit donc dans un laboratoire linguistique absolument extraordinaire ainsi que dans un laboratoire naturel extrêmement riche, avec près de 80 % d’espèces endémiques en Nouvelle-Calédonie. À travers Topos, on œuvre sur ces deux plans.
Après un an de recherches, de rencontres et d’expérimentations, le programme Topos est entré dans sa dernière phase avec une résidence artistique et participative, organisée du 14 au 17 septembre à Nouméa. Un projet porté par l’Université de la Nouvelle-Calédonie (UNC) et l’IRD, financé par le GIP EPAU.