
Pendant trois jours, du 13 au 15 février 1986, plus de 150 jeunes musiciens et artistes du pays se retrouvaient à Nonhoué, à Canala. Parmi eux, Gilbert Tein, Moïse Wadra ou encore Christian Kona, connu sous le nom de Krys. Autour d’une question centrale : comment composer une musique contemporaine à partir des chants et des rythmes kanak traditionnels. C’est au cours de cette rencontre qu’est né le mot "kaneka", pour désigner cette musique.
La démarche ne sortait pas de nulle part. Onze ans plus tôt, en septembre 1975, le festival Melanesia 2000, porté par Jean-Marie Tjibaou, avait placé la culture kanak sur le devant de la scène, en réunissant à Nouméa des délégations de la Grande Terre et des Îles. Le kaneka s’inscrit pleinement dans ce mouvement de réappropriation culturelle, avec cette fois la musique comme terrain d’expérimentation et de revendication.

Quarante ans plus tard, la mairie de Canala, le conseil des anciens, la jeunesse de Nonhoué et plusieurs associations se mobilisent pour l’anniversaire et veulent faire revenir dans la tribu où tout a commencé plusieurs acteurs de cette histoire. Eugène Brukoa, lui-même artiste et membre de l’organisation, a notamment pris contact avec Krys, les groupes Vamaley de Témala, Jemââ de Poindimié, ou encore Waan de Pouébo. Une stèle doit être inaugurée dans la tribu le jeudi 24 septembre, à 9 heures. L’objectif, explique-t-il, est de "redonner vie au lieu" et de permettre à une génération qui n’a pas vécu ces années-là d’en retrouver les traces.
La célébration a déjà commencé. Depuis le 14 et jusqu’au 23 septembre, une résidence culturelle se tient à Nonhoué, tout près du village, avant les deux grandes journées des 24 et 25. Chants polyphoniques, danses, sculptures, vanneries, langues kanak… Les ateliers doivent mettre les jeunes au contact de ceux qui détiennent et pratiquent encore ces savoirs.
Eugène Brukoa compte notamment sur le coutumier Yvon Kona et sur le chercheur Patrice Damas Mosaidi, ancien collecteur du patrimoine oral kanak au centre culturel Tjibaou, pour travailler autour des chants aé-aé et généalogiques. "On était en train de les perdre", explique l’artiste.
Mais il ne s’agit pas seulement de regarder dans le rétroviseur. Des musiciens doivent aussi profiter de la résidence pour composer ensemble. Junior Touyada, artiste de Pouébo et titulaire du diplôme universitaire de musicien intervenant, doit notamment participer à ce travail. Pour Eugène Brukoa, l’enjeu est aussi de continuer à faire évoluer le kaneka. "Ce grand garçon a 40 ans aujourd’hui, il n’a pas fini de grandir, et puis, comment on va l’habiller ?", image-t-il. Les créations issues de ces rencontres seront présentées le jeudi 24 septembre, à 19 heures, au village.
L’anniversaire s’est monté dans des délais assez serrés. "On s’y est pris un peu tard, reconnaît Eugène Brukoa. Et puis, côté budget, on est vraiment restreint." Mais, à Canala, tout le monde y va de sa participation. Mairie, associations, coutumiers et habitants participent aux préparatifs de l’événement.

Au-delà de la fête, l’organisateur souhaite surtout que les jeunes puissent rencontrer des artistes et des visiteurs venus d’ailleurs et mesurer l’intérêt porté à leur patrimoine culturel. Une autre manière de transmettre, estime-t-il, dans une commune où les difficultés rencontrées par une partie de la jeunesse occupent souvent davantage l’espace public.
Le vendredi 25, les concerts commenceront à 8h30 au village et se poursuivront jusqu’à minuit. Alan Lion, Jöpö, Jemââ, Vamaley ou encore Bwanjep Family figurent notamment à l’affiche. Le samedi 26, un pilou, de 9 heures à midi, refermera les célébrations.
Et l’invitation dépasse largement la commune de la côte Est. En 2022, Christophe Ventoume, alors directeur du Mouv' et organisateur du concert Kaneka Legend [1], rappelait que "le kaneka est le patrimoine de tous les Calédoniens". Eugène Brukoa reprend l’idée à son compte et invite toutes les communautés à "venir partager le gâteau des 40 ans".
Des hébergements sont prévus au village et dans les maisons communes des tribus pour les personnes souhaitant rester sur place. Les 24 et 25 septembre, le centre culturel accueillera également expositions, tables rondes, ateliers et animations pour les enfants, de 9 heures à 16 heures. Renseignements et hébergement : mairie de Canala, 42 31 09.
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/grand-noumea/paita/gros-plan/culture/sorties/loisirs/video-christophe-ventoume-le-kaneka-est-le-patrimoine-de-tous-les-caledoniens
[2] https://www.lnc.nc/user/password
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