
C’est une journée dédiée à la cybersécurité et au numérique. Le cœur de cette journée, c’est le challenge CTF, pour "Capture the flag", une sorte d’escape game numérique durant lequel des équipes doivent retrouver un drapeau dans des programmes informatiques ou des sites internet.
Autour de cet évènement, on a créé plusieurs animations, dont un village numérique avec des stands démonstratifs, pas promotionnels. On n’a rien à vendre, on tente simplement de montrer ce qu’il est aujourd’hui possible de faire avec le numérique. Des mini-conférences de 20 minutes s’enchaînent également toute la journée.
Il a été conçu par la commission cybersécurité d’Open NC [lire plus loin NDRL], qui a pour mission de développer cette filière sur le territoire. Pour y parvenir, on cherche à susciter des vocations, détecter des talents et les former. En parallèle, l’idée c’est aussi de stimuler la demande des entreprises.
Comme ailleurs dans le Pacifique, elle est vraiment en manque de ressources humaines. Beaucoup pensent que la Nouvelle-Calédonie n’est pas sujette aux cyberattaques, mais ce n’est pas parce qu’on est une île perdue dans le Pacifique que les hackers ne s’intéressent pas à nous. Depuis les émeutes, nous sommes particulièrement vulnérables et de plus en plus ciblés.
La Nouvelle-Calédonie a été sous le feu des projecteurs il y a deux ans et demi, et certains y ont vu une opportunité. Donc c’est devenu encore plus important que les entreprises s’emparent du sujet de la cybersécurité pour protéger leurs systèmes d’information.
De plus en plus. Elles réagissent notamment aux attaques sur des grandes entités, comme ce fut le cas de Lagoon [en octobre 2024 NDLR] [1]. Les gens ont pris alors conscience que beaucoup de cyberattaques sont dues à des défaillances d’origine humaine, et qu’il suffit par conséquent de former leurs agents à ne pas cliquer sur n’importe quel lien.
Je ne vais pas parler en leurs noms, mais les services de cybersécurité se développent de plus en plus dans les institutions en Nouvelle-Calédonie.
Sur certains sujets, il faut admettre qu’on a parfois un train de retard sur d’autres territoires. Néanmoins, il n’y a pas de quoi avoir honte, le niveau dans le secteur du numérique en Nouvelle-Calédonie reste très correct, on a de nombreux acteurs et entreprises qui se sont développés ces dernières années et qui réussissent.
Une table ronde, qui se tiendra en fin de journée [ce jeudi NDLR], s’intitule justement : "L’IA va-t-elle remplacer nos métiers ?" Clairement, nous ne sommes pas mieux lotis face à l’IA que d’autres filières. Comme dans de nombreux secteurs, beaucoup de choses peuvent être automatisées et menacent des emplois. Pour autant, je pense qu’il ne faut pas en avoir peur, mais plutôt apprendre à travailler avec.

Le but du challenge, au-delà de remporter des défis, c’est surtout de s’entraîner et développer ses compétences en cybersécurité. Donc s’il s’agit de faire uniquement bosser l’IA, il n’y a plus vraiment d’intérêt et je pense que les joueurs en ont conscience. Pour autant, on autorise la pratique de l’IA, elle est partout dans le monde, on ne va pas commencer à l’interdire ici, sur un évènement du numérique. Ça n’aurait pas de sens.
On a 97 équipes inscrites, soit 258 joueurs, c’est la plus importante participation en cinq éditions.
Les jeunes s’intéressent de plus en plus à la cybersécurité et nous sommes très soutenus par les établissements scolaires, qui nous ramènent des classes entières pour participer au challenge.
Oui, les formations se développent de plus en plus localement, il n’est plus nécessaire de partir dans l’Hexagone ou ailleurs pour se former au numérique. Ça reste une bonne chose d’aller engranger de l’expérience ailleurs, mais pour un petit territoire, la Nouvelle-Calédonie est un super terrain de jeu où on peut tout tester avant d’éventuellement aller développer ses idées à l’étranger.

"Il faut en profiter, c’est peut-être la dernière édition", souriait un participant au challenge CTF (Capture the flag), l’animation phare du Hackagou, à quelques heures du début du concours. Une allusion directe à l’intelligence artificielle, dont le recours devenu quasi-systématique va très certainement altérer les résultats d’une compétition où la machine, si elle est bien guidée, peut se révéler particulièrement efficace.
Les organisateurs, comme les concepteurs de la vingtaine de défis du CTF, en sont d’ailleurs parfaitement conscients. "Clairement, c’est devenu beaucoup plus facile de résoudre nos énigmes", confirme Dilhan Bernard, agent de la Direction du numérique (Dinum) pour le gouvernement et auteur de plusieurs challenges proposés cette année.
Face à ce constat et à l’impossibilité d’interdire le recours à l’IA, les développeurs ont dû imaginer des parades pour éviter que l’évènement perde de son intérêt. "J’essaie de faire en sorte que, si quelqu’un utilise bêtement l’IA, ça ne lui fasse pas spécialement gagner de temps en rendant l’intervention humaine nécessaire à un moment donné", explique Laurent Rivaton, directeur d’une société de cybersécurité, co-organisateur du Hackagou et par ailleurs à l’origine de plusieurs défis de hacking depuis la première édition, en 2022.
Au sein des équipes de développeurs, on n’hésite pas, pour contrecarrer l’IA, à faire appel… à l’IA. "Comme dans notre environnement professionnel, c’est un bon outil pour découvrir les failles qui existent et les solutions", indique Dilhan Bernard. Plusieurs pièges ont ainsi été tendus par les concepteurs du challenge. Les "restrictions éthiques", qui interdisent notamment à une IA de pirater un système informatique, en font partie, mais s’avèrent rapidement inefficaces lorsqu’elle prend conscience de l’environnement fictif du défi auquel elle contribue.
D’autres embûches ont été disposées tout au long du parcours des joueurs : des "faux drapeaux" disséminés afin de ralentir l’IA ou encore la création d’une étape superflue et "volontairement compliquée" entraînant une surconsommation des "tokens", ces jetons que les entreprises d’IA facturent aux utilisateurs en fonction du nombre et de la complexité de la recherche. "Ceux qui disposent d’un abonnement faible vont très rapidement atteindre leur limite de consommation", dévoile Dilhan Bernard.
Les développeurs du Hackagou restent toutefois lucides et s’attendent à un taux de réussite des énigmes bien plus important que lors des précédentes éditions. "On est toujours dans la phase d’expérimentation. Et on sait, quel que soit le nombre de vétos ou de ralentisseurs qu’on met en place, que l’IA va toujours réussir à se frayer un chemin."
L’Organisation des professionnels de l’économie numérique (Open NC) est un cluster qui regroupe une centaine d’entreprises du secteur et tente de développer la filière du numérique en Nouvelle-Calédonie.