
Depuis plusieurs années, l’agriculture calédonienne subit des contraintes de plus en plus lourdes : économie en berne, baisse de la consommation, changement climatique, forte dépendance aux importations, crises locales et internationales… Pour accompagner ses ressortissants à faire face à ces nombreux défis, la CAP-NC promeut le développement des coopératives.
La coopérative est une société constituée par des agriculteurs, des forestiers ou des pêcheurs en vue d’assurer l’approvisionnement de leurs exploitations, d’améliorer les conditions de production ou de faciliter l’écoulement des produits. Elle ne poursuit pas de but lucratif, ayant pour mission exclusive de favoriser le développement des exploitations de ses adhérents. La coopérative a pour objet l’utilisation conjointe des moyens et des services propres à faciliter, développer et améliorer l’activité économique de ses membres. En adoptant des pratiques durables, en promouvant l’innovation et la montée en compétences et en partageant les risques et les opportunités, les coopératives ouvrent la voie à une agriculture plus résiliente et compétitive.
Basées sur les principes de solidarité et d’engagement, les coopératives permettent aux associés de s’unir pour mutualiser les approvisionnements, les moyens de collecte, de logistique, d’équipements et de commercialisation des productions des associés, qui conservent la maîtrise de leur exploitation ou de leur entreprise de pêche. Ainsi, selon le type de coopérative, ses objectifs sont les suivants :
La gestion collaborative est assurée par tous les coopérateurs, selon le principe d’égalité “une personne = une voix”, indépendamment de la contribution financière ou du volume de production. "La réussite d’une coopérative repose sur la responsabilité, la solidarité, la transparence et la gouvernance collective. Son modèle de fonctionnement nécessite donc un fort engagement et la participation active de tous les coopérateurs dans sa gestion et la prise des décisions stratégiques et opérationnelles", soulignent d’une même voix Jonathan Clauwaert, responsable du pôle Appui aux ressortissants de la Chambre d'agriculture et de la pêche, et Leslie Moisao, conseillère économique.
Une même coopérative peut combiner plusieurs fonctions selon les besoins de ses adhérents. Par exemple, elle peut regrouper les trois types - production, approvisionnement et services - pour être complète et plus performante.
"Encourager le développement des coopératives agricoles est essentiel pour améliorer la compétitivité des exploitations et favoriser la professionnalisation des filières. Elles permettent aussi de sécuriser les revenus et de mieux résister aux crises qui nous impactent tous. En se structurant en coopérative, les agriculteurs et les pêcheurs ne sont plus des concurrents mais des collègues : ils peuvent organiser, conjointement, leur calendrier de production et leur commercialisation, s’octroyant ainsi plus de sécurité et de visibilité. Le modèle coopératif s’inscrit dans l’économie sociale et solidaire en mettant en avant l’humain, l’engagement et la solidarité au cœur de son fonctionnement", estime Franck Soury-Lavergne, élu de la CAP-NC et membre associé de la coopérative COOP1.
La coopérative est une entreprise de personnes, et non de capitaux, créée et gouvernée par les agriculteurs ou les pêcheurs. Basée sur l’adhésion volontaire et la coopération, elle permet à ses membres de valoriser collectivement leur production, trouver des débouchés durables, favoriser l’innovation, mutualiser les ressources et les compétences dans un même objectif : œuvrer ensemble à rendre pérenne et plus performante chaque exploitation membre.
La coopérative se construit à partir des exploitations de ses adhérents. Pour optimiser son fonctionnement, elle doit donc connaître : les besoins des membres en approvisionnement et en services ; les volumes de production et les types de culture ; les prévisions de production selon une planification.
Ces informations permettent de : dimensionner et adapter au mieux ses moyens logistiques ; organiser les achats, par exemple des intrants ; planifier les services, comme la logistique ou le stockage ; structurer et préparer l’offre de commercialisation.
En effet, si les engagements de ses membres ne sont pas respectés, la coopérative ne peut pas investir correctement, recruter en fonction des besoins réels, négocier de nouveaux marchés et organiser efficacement son activité. La coopérative ne décide pas seule de son activité : elle s’organise à partir des engagements et de l’implication de ses adhérents.
Accompagnés par le pôle Pêche de la CAP-NC et les partenaires du secteur, une trentaine de pêcheurs professionnels de la côte Est, très impliqués, se sont lancés dans la création d’une coopérative dédiée à la pêche. Cet outil vise à fédérer et structurer la profession et à valoriser par la transformation les produits de la mer. Les missions de la coopérative de pêche de Touho : transformation et conditionnement des produits de la mer, avec notamment une unité de transformation conforme aux normes sanitaires, avec traçabilité renforcée ; organisation logistique et maîtrise de la chaîne du froid ; appui commercial et diversification, développement des débouchés (cantines, restauration, distribution…) et valorisation des espèces à faible valeur marchande et des pics de pêche saisonniers
Ce projet pourrait ouvrir la voie à d’autres initiatives régionales visant à fédérer les pêcheurs professionnels autour d’outils dédiés à la commercialisation et à la transformation des produits de la pêche côtière.
Si la coopérative offre de nombreux avantages, il est également important d’avoir conscience des implications associées à ce mode d’organisation, et notamment :
L’entrée au sein de la coopérative est soumise à l’accord de ses membres. Puis, l’intégration est formalisée par la signature d’un bulletin d’engagement, qui précise, entre autres, la durée d’engagement et le capital souscrit. Devenir associé implique la souscription de parts sociales. Le capital est variable et évolue en fonction des entrées et sorties des adhérents. Les modalités de souscription, notamment le nombre de parts à souscrire, sont fixées par les statuts en fonction des règles propres à chaque coopérative.
La démarche de création se fait en six étapes principales :
La participation financière du coopérateur aux opérations réalisées peut être : une marge sur les produits ou les intrants distribués ; une commission ou participation calculée sur les volumes ou montants traités ; la facturation des prestations, services ou moyens mutualisés.
Ces ressources permettent de financer : salaires et charges de fonctionnement, équipements et infrastructures, entretien et renouvellement du matériel, et investissements futurs.
La répartition du résultat est encadrée par la loi. Le surplus est utilisé soit pour des investissements en commun, soit redistribué aux membres au prorata de leur activité ou des parts sociales, après déduction des réserves collectives impartageables. Les réserves permettent à la coopérative de se constituer un patrimoine propre et d’assurer sa pérennité au-delà des associés. Ce mécanisme est important pour évaluer sa solvabilité et faciliter l’accès à des financements extérieurs (banques, subventions, aides) pour ses modalités.