
Un apéro dans une colocation de Yahoué, une vue imprenable sur le pic Malaoui et le désir d’une poignée de musiciens amateurs d’importer l’ambiance des fanfares en Nouvelle-Calédonie. Voilà pour la genèse du projet. C’était en 2006. Vingt ans plus tard, la Fanfare Malawi a fait son chemin.
L’ensemble musical, qui n’a jamais vraiment aspiré à la discrétion, a fait résonner ses cuivres aux quatre coins du pays pour s’imposer dans le paysage culturel et festif de la Nouvelle-Calédonie. Peu de manifestations et d’évènements échappent désormais au passage de la bande de copains en orange et de leurs instruments plus ou moins imposants. Le samedi 10 octobre, la fanfare compte bien marquer ses deux décennies d’hyperactivité par une journée de concerts et d’animations organisée au bar Le Bout du Monde.

Une longévité qui doit beaucoup à l’esprit instauré dès le départ par la dizaine de fondateurs de la Fanfare Malawi, et qui survit depuis vingt ans : "accueillir tous les musiciens, quel que soit leur niveau ou leur âge, même s’ils sont de passage, et surtout sans prise de tête", expose Olivier, alias Grand Steak. Comme tous les fanfarons, il a été affublé d’un surnom dès son entrée dans la troupe, dans le respect de la tradition des fanfares françaises. À force, "on ne se souvient même plus de certains prénoms", s’amuse Romy, assez fière que son regard lui ait valu un pseudonyme emprunté à la célèbre actrice.
La coutume participe à l’ambiance bon enfant de la fanfare. "On est une grande famille." Comme en témoignent les retrouvailles régulières avec les anciens membres partis s’installer en Métropole. "On conserve des liens avec la plupart des fanfarons et quand on les retrouve, ça va de soi, c’est hyper facile", raconte Elvis, présente à la fameuse soirée de 2006 qui a vu naître la fanfare.

Cette camaraderie se retrouve jusque dans la pratique de leur musique. "On a un slogan : FFPP, fort, faux et pas en place, sourit Grand Steak. On cherche au maximum la qualité, mais si parfois ça ne vient pas, on essaie d’en rigoler. Certains y parviennent plus que d’autres", se marre le soubassophoniste, qui a lui-même participé à quelques concerts avant même de maîtriser cet immense tuba-contrebasse. "L’avantage du nombre, c’est qu’on n’entend pas les erreurs de chacun", fait remarquer Grand Steak.
Paradoxalement, cette légèreté n’empêche pas les fanfarons de se montrer rigoureux. "On répète tous les mardis de l’année en salle d’honneur de la mairie, et on essaie d’être le plus nombreux possible", souligne Belette. La Fanfare Malawi, qui compte actuellement trente musiciens, continue de travailler son répertoire. "On joue certains morceaux depuis vingt ans, comme 'Porque te vas', qu’on connaît tous par cœur, mais on essaie aussi de renouveler un peu le set et on s’adapte en fonction des évènements auxquels on participe." Et ils sont nombreux : le carnaval de Nouméa, celui du Mont-Dore, le 14-Juillet, la Fête de la musique, la Foire du Pacifique, sans oublier les férias…
La fanfare conserve également ses tournées, lors desquelles les musiciens sillonnent la Grande Terre et les îles pour faire découvrir leurs instruments dans les écoles et jusqu’au fin fond des tribus. Des rencontres intimistes, aux antipodes des grands rassemblements festifs. "La musique, c’est un super vecteur, tu n’as pas besoin de te présenter, tu joues et ça casse les barrières, les enfants sont automatiquement attirés, les adultes jettent toujours un œil", raconte Grand Steak. Dans un tout autre style, les fanfarons se risquent aussi régulièrement à des "attentats musicaux", lorsqu’ils débarquent à l’improviste sur les plages ou, comme l’année dernière, dans les bars de la baie des Citrons.

Avec près d’une manifestation par semaine chaque année, les musiciens ne ménagent pas leurs efforts pour faire vivre l’esprit festif et populaire propre aux ensembles de cuivres et de percussions. Pourra-t-il subsister vingt ans de plus ? Beaucoup en sont persuadés, mais dressent le constat d’une moyenne d’âge qui progresse. "On vieillit, il n’y a plus de jeunes de vingt ans", observe Grand Steak. La plus jeune de la troupe vient de fêter ses 30 ans, tandis que le doyen en a désormais 64. Les fanfarons misent sur leur descendance. "Mes enfants sont bercés par les morceaux de la fanfare, relate Romy. Alors j’espère bien qu’ils finiront par la rejoindre."
20 ans de la Fanfare Malawi au Bout du Monde, le samedi 10 octobre, de 13 heures à 2 heures. Au programme : des concerts de Cosmics Pickles, La Banda Momo, Cubamos, Skawa, Zebra, le groupe australien Hot Potato Band et DJ Fool. Jeux et animations pour les enfants. Tarifs : 1 800 francs, 1 200 francs pour les moins de 16 ans, gratuit pour les moins de dix ans. Billets en vente sur eticket.nc [2]