
"Les volumes augmentent, on constate une amélioration", affirme Jean-Damien Ponroy, président de la Fédération territoriale des agences immobilières, lors de la présentation de l’étude de l’Institut de la statistique et des études économiques sur le marché de l’immobilier au Rendez-vous de l’économie organisé le jeudi 8 octobre à la Chambre de commerce et d'industrie. Les données - encore provisoires - de l’Isee sur le premier semestre le confirment : la dynamique à la hausse observée fin 2025 se poursuit en 2026.
Immobilier [1/2] : le marché reprend quelques couleurs en 2025, mais loin des niveaux d’avant crise [1]
De janvier à juin, les transactions progressent d’un peu plus d’un tiers (environ 35 %), et les montants doublent (+ 53 %, atteignant 13 milliards de francs), par rapport à la même période l’an passé. Le secteur des maisons, dont les ventes croissent de près de 50 %, tire toujours cette évolution. Les appartements se commercialisent également un peu mieux (près de +10 %).
Parmi les autres signes positifs relevés depuis le début de l’année : la production de crédits aux particuliers qui repart, le fléchissement des taux de crédit - qui se situent autour de 3,6 % -, le retour d’une "certaine confiance et stabilité après les provinciales", note Jean-Damien Ponroy, ainsi que des transactions à forte valeur. "Des ventes à 100 millions de francs pour des habitations se sont effectuées ces derniers mois, ce qu’on ne voyait plus depuis deux ans", témoigne Jean-Marc Saturnin, président de la Confédération des professionnels de l’immobilier.
Absent depuis 2024, le neuf réapparaît également, avec, par exemple, la livraison des deux tours Aqualuna à l’Anse-Vata. "Récemment, plus de 300 personnes ont participé à une porte ouverte, indique Jean-Damien Ponroy, ce qui montre un réel intérêt pour le neuf." Deuxième phénomène "notable", remarque l’agent immobilier, la reprise des ventes des terrains à bâtir, avec environ un tiers de transactions en plus, "et donc des constructions de maisons, essentiellement dans un lotissement à Païta, qui marche bien avec des prix intéressants".

Cette tendance, Emmanuel Chenot, de la Chambre des notaires, la ressent. "Le redémarrage se concrétise. Les chiffres qu’on a collectés au sein des études à fin août confirment cette orientation." Le notaire constate aussi un changement dans la typologie des acheteurs. "En 2024-2025, on avait surtout des acquéreurs qui étaient très protégés dans leur emploi. Aujourd’hui, on en a qui viennent du privé."
Alors que le nombre de transactions annuelles s’élève à 2 676 sur la moyenne longue période (2014-2023), Jean-Damien Ponroy table donc, en 2026, sur entre 1 100 à 1 300 ventes. Sachant que ce nombre a chuté à 797 en 2024 et à 943 en 2025.
Cette remontée, aussi réelle soit-elle, ne permet cependant pas d’atteindre les chiffres d’avant crise. L’activité demeure très en retrait : les volumes restent inférieurs de moitié à ceux de 2023. Ces résultats indiquent que le marché se consolide progressivement, considère l’Isee. En clair, il ne faut pas s’attendre à retrouver rapidement les niveaux antérieurs.
Jean-Damien Ponroy soulève une autre problématique. "Les prix ne remontent pas, et on ne sait pas quand ce sera le cas, dans un an, deux ans, trois ans…" Il s’agit donc de "tempérer" ce redressement, qui est, en outre, "très hétérogène" selon les quartiers. "Il ne se passe pas grand-chose près des points chauds de 2024. Il y a certains endroits qui sont très peu demandés, voire pas du tout, que ce soit à la vente ou à la location." Très difficile, dans ces conditions, de donner une appréciation générale. "La seule tendance qu’il faut retenir, c’est que les gens continuent d’acheter parce que les prix sont toujours bas."

Cela n’est pas sans conséquence sur la filière. Ainsi, du fait du peu de vigueur du marché, beaucoup d’acteurs de l’immobilier ont été contraints de fermer. "Certains sont en redressement ou en liquidation. D’autres ont préféré arrêter leur activité. On a connu beaucoup d’agents qui avaient plusieurs métiers." Aujourd’hui, moins de la moitié de la centaine d’agences qui exerçaient avant 2024 seraient toujours en activité, selon Jean-Damien Ponroy.
2027 se profilant, plusieurs points de vigilance ont été mentionnés lors du Rendez-vous de l’économie, jeudi. La crainte d’une remontée des taux d’intérêt, d’abord. "Les taux augmentent en ce moment, explique Jean-François Koziel, représentant des banques françaises et directeur adjoint de la BNC, donc il faut s’attendre à ce que cela soit également le cas sur le territoire. Ce n’est pas une bonne nouvelle, il faut l’anticiper."
Le contexte politique, avec les présidentielles et les législatives, ensuite, préoccupe. "Les gens attendent le résultat des élections, estime Jean-Damien Ponroy. Il y aura un premier et un deuxième semestre." L’avenir du nickel en Nouvelle-Calédonie sera aussi déterminant, ajoute-t-il. "S’il devait y avoir une reprise, ce ne sera probablement pas avant 2028."
Les professionnels espèrent par ailleurs que les mesures fiscales adoptées en 2025, la réduction des droits d’enregistrement pour la résidence principale, le renforcement de la déductibilité des intérêts d’emprunt, et l’actualisation des plafonds du prêt à taux zéro, soient prolongées, afin de soutenir le secteur.
Au vu de ces différents paramètres, pas de doute, pour Jean-Damien Ponroy, c’est le moment d’acheter. "Vous avez des prix bas et des taux d’intérêt encore accessibles. Personne ne sait si dans six mois ou un an, on retrouvera de telles conditions."