
Des recettes incapables de couvrir les dépenses, un soutien de l’État essentiel mais insuffisant et des arbitrages douloureux à adopter. Depuis la crise de 2024, la province Sud est confrontée chaque année à la même équation pour construire son budget. Celui de 2027 n’échappera pas à la règle. Deux ans et demi après les émeutes, qui ont conduit à une perte de recettes fiscales estimée à 11 milliards de francs pour la province Sud, les dotations n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’avant crise.
En 2023, l’assiette de répartition, somme totale répartie entre les collectivités calédoniennes, s’élevait à 115 milliards de francs. En 2027, elle devrait, estiment les services de la province Sud, s’établir à 101 milliards de francs, montant identique à 2026, en misant sur une compensation d’environ 19 milliards de francs de l’État. "Même si nous devions retrouver de nouvelles recettes fiscales, on ne ferait que réduire la part compensée par l’État, a expliqué Sonia Backès, présidente de la province Sud. Concrètement, on a des recettes qui ont vocation à stagner."
Or les dépenses, elles, augmentent mécaniquement. La Maison bleue estime à 2,4 % la croissance des charges de personnel l’année prochaine, en lien notamment avec les avancements des agents. Une "augmentation d’un milliard de francs de l’aide médicale" en 2027 est également attendue, a annoncé la cheffe de l’exécutif.
Dans cette situation, la collectivité compte poursuivre sa politique de rigueur menée ces dernières années, en imposant une maîtrise stricte des dépenses "sans compromettre la qualité du service public", promet la majorité. "On atteint quand même la limite de l’exercice", a reconnu Sonia Backès. Après des années d’austérité, les marges de manœuvre et les pistes d’économies s’amenuisent. "Il va nous falloir nous réinterroger sur nos politiques publiques." L’exercice de ce jeudi doit justement ouvrir les débats politiques sur les arbitrages à réaliser dans le cadre de la préparation du budget, soumis au vote des élus le 3 décembre.
Avant ça, les chefs de groupe seront conviés à une réunion pour construire l’exercice budgétaire de l’année prochaine avec la majorité. Il s’agira notamment de discuter de la trajectoire 2027-2029. Elle prévoit une baisse de deux milliards de francs dans le budget de fonctionnement, seul moyen selon l’exécutif "d’éviter le mur", mais les postes affectés par cette réduction restent à définir. Sonia Backès a toutefois prévenu : "les dépenses de la collectivité sont principalement tournées sur le sanitaire, le social et l’éducatif." En d’autres termes, les coupes budgétaires devraient porter sur ces secteurs.
Un poste sera en revanche préservé : l’investissement. La province Sud veut conserver une enveloppe de 12 milliards de francs en 2027. "C’est de la création d’emplois", justifie Sonia Backès. Une enquête de la Direction de l’aménagement, de l’équipement et des moyens (DAEM) a montré que les 460 millions de francs injectés dans des travaux par la collectivité pour le seul mois d’août auraient permis de "mettre 395 personnes à l’emploi", a indiqué Gil Brial, premier vice-président.
Du côté de l’opposition, le constat et les solutions semblaient partagés. "Maîtriser notre budget de fonctionnement va nous permettre d’emprunter, d’épargner et d’investir", considère Sandra Hema (Éveil océanien). Laurie Humuni, du groupe Kanaky pour tous, a salué la volonté de l’exécutif de co-construire le budget avec l’opposition. "Il y a une nécessité aujourd’hui qu’on arrive à travailler ensemble […] Le groupe Kanaky sera au rendez-vous et se montrera force de propositions."
Le chef de file de l’Éveil océanien, Vaimu’a Muliva, a néanmoins fait part de son inquiétude face à la situation budgétaire de la France, et le risque que fait peser l’instabilité politique sur l’adoption du projet de loi de finances 2027. Le texte contient en effet l’aide de 55 milliards décrochée par la délégation transpartisane [1]en septembre. "Il nous faut un plan B", a-t-il suggéré. "Je ne veux pas parler de plan B, mais de la nécessité absolue d’être plus autonomes financièrement" vis-à-vis de l’État, a répondu Sonia Backès. En attendant, "il faut qu’on trouve un juste équilibre entre la reconstruction, la relance économique et des économies dans les dépenses publiques, qui ne sont plus supportables."
Pour faire face à la pénurie de professionnels de santé, la province Sud a créé en octobre 2022 un dispositif d'incitation à l'installation pouvant atteindre jusqu'à 6 millions de francs par médecin ainsi qu'une aide à l'équipement à destination des cabinets de santé libéraux. Face à la dégradation de la situation à la suite des émeutes de 2024, le dispositif avait été élargi à d'autres professionnels de santé.
Malgré ces mesures, certaines spécialités demeurent en "tension critique" et le départ d'un seul médecin peut, dans certains cas, menacer le maintien d'une discipline sur le territoire. L'exécutif de la province Sud a ainsi décidé de revoir les critères d'attribution, en supprimant l'interdiction pour ces professionnels de s'installer dans le sud de Nouméa, une zone géographique où l'offre était estimée suffisante. A l'inverse des médecins généralistes, "l'activité des médecins spécialistes s'inscrit dans un bassin de patientèle beaucoup plus large, les patients étant naturellement amenés à se déplacer pour accéder aux consultations et aux actes spécialisé", justifie la collectivité. D'autre part, leur installation répond souvent à "des contraintes particulières, notamment la proximité d'un plateau technique, d'un établissement de santé ou d'autres professionnels avec lesquels ils exercent en coordination".
Huit spécialités sont concernées : l'anatomie-cytologie pathologique, la dermatologie-vénéréologie, la gériatrie, l'hépato-gastro-entérologie, la neurologie, l'ophtalmologie, la rhumatologie et l'urologie. Le critère géographique continuera de s'appliquer "aux omnipraticiens et aux médecins œuvrant dans des spécialités affligées d'une tension moindre".