
Le chef de l’État a annoncé que seules les manifestations organisées par des syndicats seraient autorisées samedi et se verront proposer des circuits alternatifs pour protéger "nos centres-villes et en particulier nos commerces et nos bâtiments publics".
Les demandes formulées par "des gens qui n’ont aucune légitimité pour cela" seront refusées, a-t-il prévenu. "Ce n’est pas le moment, parce que nous voulons un retour au calme."
Le président a par ailleurs prévu de recevoir vendredi après-midi les organisations des lycéens, qui avaient les premiers déclenchés une mobilisation d’ampleur.
Toutes les manifestations, déclarées ou non déclarées, seront par ailleurs interdites samedi à Limoges, à Marseille, la deuxième ville du pays, et dans le département des Bouches-du-Rhône, "pour des raisons évidentes de sécurité et de disponibilité des forces de sécurité", selon la préfecture. Les transports en commun seront suspendus de samedi à dimanche matin dans l’agglomération marseillaise.
À Lyon, la troisième ville du pays, la préfecture a également interdit "toute manifestation" samedi. À Paris, où un seul cortège a été autorisé entre Bastille et Nation, la municipalité a appelé la population "à la plus grande vigilance face aux risques de nouvelles violences commises par des casseurs sans lien avec le mouvement social".
Pillages et violences ont secoué plusieurs villes de France, notamment Paris et Marseille, en marge d’une mobilisation contre la vie chère le 17 octobre, pendant laquelle 3 000 commerces ont été pillés et dégradés dans le pays. Le couvre-feu est reconduit dans les périmètres de la place de la République et des Halles chaque nuit jusqu’à lundi matin.
Depuis près d’une semaine, les autorités sont sous le feu des critiques, accusées d’avoir mal anticipé la mobilisation et le dispositif sécuritaire.
Les scènes de bâtiments publics en feu et de commerces vandalisés ont fait le tour du monde, poussant plusieurs pays comme les États-Unis, la Chine ou l’Allemagne à donner des conseils de prudence à leurs ressortissants séjournant en France.
En écho aux messages de fermeté de l’exécutif, la réponse pénale aux violences du week-end se poursuit. Un total de 217 personnes ont ainsi été incarcérées parmi les 2 700 placées en garde à vue après les violences et pillages en marge des manifestations, a annoncé le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, en louant "une réponse extrêmement ferme qui ne connaît pas d’équivalent".
Lors de la prochaine journée de mobilisation nationale samedi, "il n’est pas envisageable que ce qui s’est passé samedi dernier puisse se reproduire", a insisté la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.
Pour l’éviter, le niveau de mobilisation des forces de l’ordre sera "20 % supérieur" à celui de la semaine passée. Blindés, militaires de la force Sentinelle et unités d’élite de police et gendarmerie seront déployés.
Ces mesures pour rétablir le calme, comme les couvre-feux, sont dénoncées comme liberticides à gauche. Une partie de l’opposition reproche aussi à l’exécutif une répression brutale, tandis que la droite voit au contraire un manque de fermeté.
Le chef du gouvernement a promis "la transparence" sur le déroulement du 17 octobre, même si la réunion avec les partis politiques de jeudi est vécue comme "une convocation" par nombre de ses invités. Des leaders comme Jordan Bardella et Marine Le Pen (RN, extrême droite) ou Édouard Philippe (centre-droit) se feront d’ailleurs représenter.
La France insoumise (LFI, gauche radicale), accusée par le gouvernement d’avoir attisé la colère, a promis de porter les revendications des manifestants, auxquelles l’exécutif n’a pas répondu.
Alors que 2 000 à 3 000 commerces ont été pillés et dégradés le week-end dernier, des commerçants redoutent la journée de samedi. "L’inquiétude est maximale", a déclaré à l’AFP Pierre Bosche, président de la Confédération des commerçants de France. Plusieurs grands musées parisiens, dont le Louvre et Orsay, seront exceptionnellement fermés ce jour-là.
Et l’image dégradée de la France, deuxième économie de la zone euro mais lourdement endettée, a des conséquences directes sur les marchés financiers : Paris a brièvement emprunté mercredi à un taux de plus de 5 % sur dix ans, du jamais-vu depuis 2002, les investisseurs doutant de la capacité du pays à redresser ses comptes.