
J’ai eu la chance au début des années 1990 de pouvoir suivre une formation à Bourail en maraîchage et arboriculture. Cette année-là, nous étions 16 de Lifou à avoir pu profiter des dispositions proposées aux Loyaltiens. Il y avait aussi des maçons, des menuisiers, etc.
Monsieur Portal, notre professeur d’arboriculture et de maraîchage à Bourail. Il m’a vraiment motivé pour me lancer dans l’agriculture. Il était complet dans son approche. Il était à la fois question d’agriculture, mais aussi de commercialisation, d’écoulement. Il était abordable, parlait de choses concrètes, liées au terrain. C’était un vrai mentor.
Le fait de pouvoir vivre de mon métier, tout simplement. J’ai réussi à faire en sorte que mes enfants soient scolarisés grâce à mon travail. Je suis fier d’avoir réussi à investir petit à petit. Je ne dépends pas des autres. Et j’aime me dire que la terre est un partenaire de jeu quotidien. Toucher la terre chaque jour est important.
Sans l’agriculture, il est possible que j’aurais fini SDF ! Plus sérieusement, avant de suivre la formation à Bourail, j’étais actif au sein de ma tribu. J’aidais nos vieux, je m’occupais de la vie sociale. J’ai d’ailleurs été président du comité paroissial de la tribu et d’un club de volley-ball qui regroupait trois tribus de l’île. Cela dit, ma destinée aurait pu être différente. J’étais au lycée Jules-Garnier pendant les événements des années 1980, dans le cadre d’un BEP Mécanicien moteur. Les temps étaient difficiles. Ça m’a découragé de poursuivre des études.
Qu’il faut avoir une bonne motivation, savoir écouter ce que les vieux ont à transmettre et ne jamais se décourager. Nous avons des partenaires techniques formidables. Il faut essayer, toujours tenter d’innover.
Avec l’agroforesterie, je suis moins sensible que d’autres collègues aux aléas climatiques. J’aurais plus tendance à évoquer l’écoulement des produits à un prix juste. C’est d’autant plus compliqué dans notre situation insulaire.
J’ai pu vaincre peu à peu toutes les difficultés que j’ai affrontées dans mon métier. Il a fallu d’abord délimiter avec le chef de clan le foncier de douze hectares que j’exploite, clôturer, installer les docks, produire des engrais bio, gérer l’irrigation… Aujourd’hui, je récolte les fruits de ce travail. C’est une forme d’accomplissement.
J’aimerais bien devenir autonome en termes d’énergie et développer une activité d’agrotransformation. Je pense notamment à produire de l’huile d’avocat, de la farine de banane, du jus de canne à sucre. Ce sont des projets que j’espère mener avec deux de mes enfants.
Les techniciens de la CAP-NC ont tous contribué. Que ce soient ceux du GDS-V ou de la plateforme machinisme. C’est vrai aussi pour la comptabilité, la paperasse. Et ça a été aussi une chance de pouvoir voyager grâce à mon rôle d’élu. Voyager et donc faire des rencontres qui m’ont toutes enrichi.
Mon petit motoculteur Grillo M110. Il peut tout faire. Avec lui, je peux passer dans tous les couloirs, je peux labourer, broyer, tondre. Peu onéreux et parfaitement adapté à mon activité.
Michel Guillard, du col de la Pirogue. Un des pionniers de l’agriculture biologique. Sa femme est une fille de Lifou : elle était instit' dans ma tribu. Un technicien nous avait mis en relation. C’est lui qui m’a incité à me lancer dans le bio.