
L’Autorité des marchés financiers (AMF) justifie cette dérogation à la réglementation boursière par "la situation avérée de difficulté financière" du groupe minier. Sans l’augmentation de capital de 60 milliards de francs (500 millions d’euros) prévue d’ici la fin de l’année par Eramet, le groupe "aura des difficultés significatives à refinancer sa dette", et sa continuité d’exploitation "pourrait s’en trouver obérée", a observé l’AMF dans un avis, le lundi 26 octobre.
Une situation financière précaire est un motif de dérogation au lancement d’une OPA, normalement obligatoire quand un actionnaire entend acquérir plus de 30 % du capital ou des droits de vote d’une entreprise.
L’AMF a également pris en considération le fait qu’Eramet évolue depuis plusieurs mois dans une "conjoncture particulière", évoquant "une volatilité du prix des matières premières ayant conduit à une dégradation notable de ses principaux indicateurs financiers au cours de la période récente".
Eramet a subi de lourdes pertes financières en 2025 (perte nette de 477 millions d’euros) et son endettement est élevé. Dans ce contexte, le groupe avait annoncé une augmentation de capital en février, présentée comme "essentielle pour le groupe", et programmée au quatrième trimestre.
L’entreprise, qui présentera ses résultats du troisième trimestre jeudi soir, produit du manganèse, utile pour la fabrication d’alliages, du nickel qui sert à faire de l’acier inoxydable et des batteries rechargeables, des sables minéralisés et, depuis fin 2024, du lithium, également utilisé dans les batteries électriques. Manganèse et nickel ont connu en 2025 une chute de leur prix.
Mi-octobre, l’Élysée avait annoncé que l’État allait "augmenter significativement sa participation" au capital du groupe minier en difficulté [1], au point d’en devenir "très largement le premier actionnaire", mais sans franchir le seuil de 50 % de capital.
Fin 2025, l’État détenait un peu plus de 27 % du capital de l’entreprise, derrière la famille industrielle Duval, qui détient environ 37 % du capital.
Au terme de l’augmentation de capital prévue d’ici la fin de l’année, ce dernier acteur détiendra bien moins du capital comme des droits de vote de l’entreprise, mais prévoit toutefois d’être deuxième actionnaire de l’entreprise.