
Installée à l’abri des palétuviers, elle est devenue au fil des années un élément du paysage de la mangrove de Sainte-Marie, objet de curiosité des promeneurs du parc urbain. La pirogue Meryemana ("la maison de Marie") a été sortie de l’eau, ce jeudi 29 octobre, pour rejoindre la zone de carénage de Nouville. L’embarcation traditionnelle, inspirée du modèle de la pirogue de l’île des Pins et du "ndrua fidjien", va faire l’objet d’une rénovation qui devrait durer environ deux mois.
"C’est essentiellement cosmétique, elle a perdu son vernis, il faut lui refaire son maquillage", sourit Philippe Naudin, président de Vakalédonie, propriétaire de Meryemana, qui promeut la navigation sur des pirogues. Attaquée par les champignons et les affres du temps, particulièrement sévères sur les embarcations qui naviguent peu, la pirogue de 15 mètres et 5 tonnes a également été victime de "visites inopinées pas forcément bienveillantes" et d’une collision. "On va devoir également refaire le pied de mât", pourri de l’intérieur.

Construite en 2009 à Païta par Pascal Lequeux et Philippe Renaud, et mise pour la première fois à l’eau en baie Toro, Meryemana avait fait l’objet d’une première restauration en 2019 [1]. Le chantier de 15 mois avait été mené avec l’aide de jeunes confiés à la Direction de la protection judiciaire de l’enfance (DPJEJ). "Elle en est ressortie magnifique", se souvient Philippe Naudin. Elle avait ensuite retrouvé son mouillage de Sainte-Marie, qu’elle n’a quasiment jamais quitté avant ce mercredi. "Les gens nous demandent pourquoi cette pirogue ne navigue jamais", reconnaît Philippe Naudin.
Il faut dire que cette embarcation a été conçue davantage pour rendre hommage aux savoir-faire traditionnels que pour filer sur l’eau. "Elle est dure à manier à la voile, il faut du monde, elle ne vire pas de bord comme un catamaran classique, le mât est très lourd…", énumère son propriétaire, qui la qualifie de "maquette".

Le renforcement de sa maniabilité représente ainsi un enjeu crucial pour lui éviter de retrouver l’état de quasi-abandon qu’elle a connu depuis sa construction. Dans cette optique, Philippe Naudin a imaginé un nouveau concept de navigation, qui a déjà fait ses preuves sur des bateaux de pêche dans l’Hexagone : une propulsion de la pirogue à l’aide d’une aile de kite de 40 m2.
"Au départ, cette solution avait été conçue comme une sécurité sur les voiliers qui réalisaient le Vendée Globe, dans le cas notamment où ils démâtaient, raconte Philippe Naudin. C’est un système très simple, et l’avantage de l’aile de kite, c’est qu’elle est stable et facile à manier." Le projet "À tire-d’aile – Beyond the Kite" a été retenu dans le cadre d’un appel d’offres des Casinos de Nouméa sur les initiatives susceptibles de faire rayonner le territoire et profite également d’un accompagnement financier de l’Agence calédonienne de l’énergie (ACE).

Il pourrait, à l’avenir, ouvrir la voie à "des actions de médiation" en partenariat avec la Maison de la biodiversité de Sainte-Marie, pour faire découvrir aux visiteurs les savoirs traditionnels employés dans la fabrication de Meryemana, tout en mettant en valeur cette innovation dont elle sera bientôt dotée. "L’idée du projet, c’est aussi qu’à un moment donné, cette pirogue unique sur le territoire puisse servir de passerelles entre les gens."