
"Tous les ingrédients sont là pour qu’un phénomène cyclonique puisse se former sur notre bassin et intéresser la Polynésie au cours de cette saison", affirme Frédéric Troc, directeur adjoint de Météo-France en Polynésie française, lors de la présentation des prévisions pour les six prochains mois, le mardi 27 octobre.
Entre novembre et avril, le risque cyclonique est ainsi élevé pour les îles de la Société et des Tuamotu, qui pourraient connaître au moins un phénomène tropical nommé, allant d’une dépression modérée à un cyclone. Le risque est modéré pour les Australes, et faible voire peu probable aux Marquises et aux Gambier.
La question se pose désormais sur l’intensité potentielle des phénomènes qui pourraient advenir, car le phénomène El Niño est d’une ampleur exceptionnelle cette année, réchauffant l’eau en surface au-dessus des moyennes de saison. Cette anomalie climatique sert de "carburant" au cyclone.

Selon l’indice Roni, qui compare les épisodes de fluctuation des températures océaniques, le phénomène est classé "très fort" par les centres climatologiques. Il devrait atteindre son pic entre novembre et décembre. "On n’a jamais vu un El Niño aussi exceptionnel qu’aujourd’hui, appuie Frédéric Troc. Ça veut dire que potentiellement, l’océan est capable de fournir énormément d’énergie pour qu’un cyclone puisse se former et devenir intense." L’impact de ce "super El Niño" serait "au-delà de ce qu’on a déjà connu, ou au moins équivalent", et "pourrait devenir le plus intense jamais observé".
À titre de comparaison, la saison cyclonique de 1982-1983 avait elle aussi été touchée par un phénomène El Niño "très fort", qui avait entraîné le passage successif de six cyclones (Lisa, Nano, Orama, Reva, Veena et William) et un lourd bilan de 16 morts, 200 blessés et 25 000 sinistrés. Le montant des dégâts était estimé à 10 milliards de francs.
Les effets d’El Niño se font déjà ressentir au fenua, notamment avec la dépression Wati qui s’est rapprochée des Australes à la mi-octobre. Au-delà du risque cyclonique, c’est également des fortes houles, des vents violents, des canicules marines et des pluies extrêmes qu’annonce Météo-France. "Il pourra tomber plusieurs mois de précipitation en quelques heures", alerte le commandant David Baraglia, chargé des risques majeurs et de la gestion de crise à la direction de la protection civile.

Un schéma typique d’El Niño, le nord du territoire accueille davantage de précipitations tandis que le sud s’assèche, mais avec une intensité "extrême", selon Météo-France. "On peut s’attendre à des pluies bien supérieures à la normale, jusqu’à dix fois ce qui est attendu, sur l’archipel des Marquises et le nord des Tuamotu", note Frédéric Troc. Des épisodes intenses "synonyme d’inondation et de glissements de terrain", poursuit le directeur adjoint, auxquels se prépare déjà le pays, l’État et les communes, réunis pour un exercice coordonné début octobre.