
Audrey Chung Kin Zih a 27 lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’un rhumatisme articulaire aigu. Jamais diagnostiquée, la maladie est probablement installée depuis plusieurs années et a eu le temps de causer des premiers dommages au cœur. L’opération est inévitable. Problème : Audrey est enceinte de six mois. Trop tard pour une évacuation sanitaire. Or, les remplacements valvulaires ne sont pas pratiqués localement. Seule solution : attendre l’accouchement et s’envoler pour l’Hexagone ou l’Australie. Mais la perspective d’abandonner son nourrisson plusieurs semaines l’inquiète. "C’est là qu’on m’a proposé d’attendre quatre mois pour pouvoir bénéficier d’une mission de chirurgie au Médipôle. J’ai tout de suite accepté."

Opérée lundi 2 novembre, Audrey Chung Kin Zih est toujours hospitalisée et se remet doucement de l’intervention. "Ça s’est super bien passé, j’ai fait un seul jour en réanimation, on m’en avait prescrit cinq, tout le monde était très étonné", sourit la jeune maman. La semaine prochaine, elle sera transférée au Centre de soins de suite et de réadaptation (CSSR), dernière étape de sa prise en charge entièrement réalisée localement "auprès de ma famille".
Elle fait partie des 21 patients à avoir bénéficié d’une mission de chirurgie cardiaque organisée par le centre hospitalier territorial (CHT), du 26 octobre au 6 novembre. Une vingtaine de soignants des hôpitaux de Paris (médecins, infirmiers, réanimateurs…), spécialisés dans la chirurgie cardiaque, se sont rendus en Nouvelle-Calédonie pour réaliser, aux côtés des équipes du Médipôle, des interventions qui ne sont habituellement pas pratiquées sur le territoire.
La liste des patients, élaborée ces derniers mois par le CHT, se composait de personnes atteintes de maladies cardiovasculaires "qui ne nécessitent pas une opération immédiate", souligne Jean-Louis Gansel, infirmier-anesthésiste du Médipôle. Il s’agissait essentiellement de pontages coronariens, de remplacements valvulaires, de tumeurs cardiaques ou encore de dissections aortiques. Des interventions pas suffisamment fréquentes en Nouvelle-Calédonie pour mériter la présence permanente de professionnels spécialisés.

Pour limiter les évacuations sanitaires, dépenses colossales pour la Cafat en plus d’être souvent difficiles à vivre pour les patients, le Médipôle organise ces dernières années des missions de chirurgie cardiaque. C’est la neuvième menée depuis 2018. "Il n’y en avait plus eu depuis les évènements de 2024, rapporte Jean-Louis Gansel. Pour les patients, c’est un bénéfice très important d’être opérés sur place, de ne pas rester isolés plusieurs semaines en Australie avec des gens qui ne parlent pas leur langue", estime le soignant.
Au CHT depuis 22 ans, il a participé à chacune des missions et en est devenu l’un des coordinateurs. La préparation de cette série d’interventions s’avère toujours essentielle. En contact depuis plusieurs semaines avec les équipes parisiennes, Jean-Louis Gansel a procédé à l’acheminement du matériel nécessaire, en lien avec tous les services du CHT. "Ça ne se limite pas au bloc opératoire, à la réanimation ou au service cardiologie, il y a aussi le biomédical, le service informatique, la pharmacie… On se coordonne pour leur mettre à disposition tout ce dont ils ont besoin et répondre le plus efficacement possible à leurs demandes." Pour l’infirmier-anesthésiste, la mission se résume en un objectif : "qu’ils ne se rendent pas compte de la galère qu’est la nôtre".

Une mission accomplie, affirme Jérémy Arzoine. "Tout était prêt lorsqu’on est arrivé, on a été très bien encadrés", témoigne le médecin-anesthésiste à l’hôpital Pitié-Salpêtrière de Paris. Certes, il a fallu "deux-trois jours pour qu’on prenne nos marques", mais "ça reste des chirurgies qu’on connaît parfaitement, on fait ça tous les jours à Paris". À la différence près que les pathologies présentaient "un stade un peu plus avancé que ce qu’on a l’habitude de voir", rapporte Jérémy Arzoine. Les atteintes des valves du cœur, notamment, se sont révélées "un peu plus sévères", probable conséquence de prises en charge tardives.
La mission s’est achevée vendredi 6 novembre par une ultime opération de remplacements valvulaires. Le CHT aspire à reconduire cette opération environ trois fois par an.