
Il fait souvent le buzz sur les réseaux sociaux, dans ses vidéos où il vante son académie, avec son franc-parler sympathiquement provocateur. Mais le 21 janvier dernier, c’est dans les gros titres de la presse vanuataise qu’Api Lasavate a fait parler de lui. Les autorités vanuataises refusaient l’entrée sur leur territoire de Jérôme Marcelin, un des "patrons" d’AOS Academy, une plateforme d'entreprises en réseau, avant de l’expulser vers Fidji. [1]
Api Lasavate, associé à ce système par les autorités vanuataises, a dans un premier temps été placé sous surveillance avant d’être, à son tour, reconduit à la frontière. Selon les éléments publiés par le Vanuatu Daily Post, il lui est reproché d’avoir exercé une activité à caractère commercial sans visa adapté, dans un contexte de soupçons d’arnaque et de pratiques assimilées à une vente pyramidale.
Api Lasavate conteste fermement. Depuis Futuna, il explique que AOS Academy "propose des formations" centrées sur "le bien-être" et "l'affectif". Selon lui, les personnes signent un contrat pour ces formations. Celles qui souhaitent accéder à un "plan de rémunération" doivent "prendre une licence, comme une patente", afin d'être "en règle avec la loi". Car Api Lasavate insiste : "On ne peut pas contrer la loi. Ce n'est pas du tout quelque chose de pyramidal où celui qui entre doit faire entrer quelqu'un pour gagner de l'argent."
AOS, explique-t-il, propose des webinaires – des formations en ligne – via une plateforme interactive. Un format qui, en lui-même, n'a rien d'illégal.
Contacté, un des fondateurs de AOS Academy apporte un éclairage différent et surtout une distinction importante. "Api Lasavate et nous, ce sont deux choses différentes", affirme-t-il.
Il explique que de 2023 à fin 2025, AOS était positionnée comme une académie d'éducation aux marchés financiers et aux cryptomonnaies, "uniquement sur de l'éducatif, sans promesse d'investissement". Depuis fin 2025, la structure dit s'être repositionnée en "hub d'académies", mettant ses plateformes à disposition pour héberger du contenu éducatif et "incuber" d'autres académies (sport, commerce, préparation mentale…).
"Le mouvement d'Api Lasavate est un mouvement local hébergé chez nous", précise-t-il, tout en reconnaissant que "la communication qui est faite dans les îles est très mauvaise" et "borderline". Il affirme que le modèle AOS repose sur du MLM (multilevel marketing), qu'il présente comme légal car adossé à un service réel, à la différence d'un système pyramidal reposant uniquement sur le recrutement.
Car ce que la loi réprime en Nouvelle-Calédonie, ce n'est pas le principe de formations en ligne, mais le système de vente pyramidale, dit "boule de neige". La délibération du 6 octobre 2004 interdit les systèmes dans lesquels une personne verse une somme ou devient adhérente en espérant des gains provenant principalement du recrutement d'autres personnes, et non de la vente réelle de biens ou de services.
Pas de quoi ébranler la confiance d'Api Lasavate. "Moi, j'ai compris ce qu'est le système pyramidal et ce qu'est le système de webinaires. Je paie une licence" directement à la société, justement pour rester "dans le cadre de la loi".
Mais de son côté, le procureur de la République, Yves Dupas, confirme jeudi 29 janvier l'ouverture d'une enquête à son encontre pour "escroquerie en septembre 2025". Le magistrat précise que "les premiers éléments viennent davantage démontrer une pratique illégale de vente pyramidale frauduleuse en contradiction avec la réglementation". La direction du gouvernement chargée des affaires économiques, la Decat, n'a pas répondu à nos sollicitations.