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Claude Gambey : "Est-ce le bon moment pour parler d’augmentation de salaire ?"
Propos recueillis par Julien Mazzoni | Crée le 03.02.2026 à 15h49 | Mis à jour le 03.02.2026 à 15h50

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Claude Gambey, membre du gouvernement en charge de la santé, assure qu'il a demandé l'inscription du texte sur la bonification en séance publique du Congrès. Photo Archives LNC / A.-C.P.
Alors que les urgentistes sont de nouveau mobilisés au Médipôle et réclament notamment le vote des primes d’ancienneté, Claude Gambey, membre du gouvernement en charge de la santé, dit défendre le texte, mais renvoie à une équation budgétaire "critique" et appelle à un débat plus large sur l’équité des salaires.

Les soignants réclament le vote du texte sur la bonification d’ancienneté. De quoi s’agit-il exactement ?

Il s’agit du texte sur la bonification d’ancienneté et la prime de stabilité. L’objectif est de fidéliser les personnels en poste. Ce texte existe, il a été travaillé en juillet dernier, [1] et je l’ai défendu à plusieurs reprises en commission santé.

Les syndicats disent qu’il n’y a plus eu de suivi depuis juillet.

Ce n’est pas exact. Le texte a suivi le circuit du Congrès. Il est passé en commission santé à la mi-octobre. Je suis venu le défendre une nouvelle fois le 26 novembre. Puis la commission des finances s’est tenue le 26 janvier, parce que tout dépend maintenant du budget. On ne peut pas dissocier ce texte du vote budgétaire prévu fin février.

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Pourquoi n’est-il toujours pas voté ?

Parce qu’on ne peut pas l’isoler du contexte global. Notre système de santé est financé par les cotisations. Il y a 10 000 pertes d’emploi, donc autant de cotisants en moins. Il manque 18 milliards pour équilibrer le Ruamm cette année et 7 à 8 milliards pour la retraite du privé. Dans ce cadre, toute nouvelle dépense doit être compensée au nom de la convention financière avec l’État. Cette convention nous oblige formellement à démontrer comment toute dépense nouvelle est équilibrée par des économies ou des recettes. Ce n’est pas une option.

Je vois des Calédoniens qui vivent avec 35 000 francs par mois, d’autres qui n’ont plus de revenus. Des fois, je suis mal à l’aise.

Vous dites vous interroger sur "le tempo". Ce n’est pas le bon moment selon vous ?

Je pose la question. Est-ce que, dans un tel contexte social, c’est le bon moment pour parler d’augmentation de salaire ? Je suis aussi en charge de la solidarité. Je vois des Calédoniens qui vivent avec 35 000 francs par mois, d’autres qui n’ont plus de revenus. Des fois, je suis mal à l’aise. Des fois, j’ai honte. Certains collègues m’ont dit que le sujet que je porte est indécent dans le contexte actuel. Ça montre bien la tension politique autour de ce texte.

Au-delà de la question des salaires, les syndicats évoquent la pénibilité de leur travail, notamment aux urgences.

Il y a une tension aux urgences, notamment parce qu’elles compensent le manque de médecins au Nord et aux Îles. Mais moi, je suis le gouvernement, pas gestionnaire d’hôpital. Les services ont une hiérarchie. J’aimerais entendre davantage la direction et le conseil d’administration. On ne peut pas systématiquement court-circuiter la hiérarchie et s’adresser directement au gouvernement. Ce serait comme si, en Métropole, un service hospitalier allait voir le Premier ministre.

Quel est le calendrier pour que ce texte aboutisse ?

J’ai demandé son inscription en séance publique du Congrès. Il faudra une conférence des présidents pour fixer une date. Les élus décideront en fonction du budget.

Si on peut au moins voter les primes, ce serait déjà une réponse. Pour le reste, il faut sans doute se donner du temps.

Vous évoquez l’idée de voter les primes, mais pas forcément une revalorisation plus large…

Si on peut au moins voter les primes, ce serait déjà une réponse. Pour le reste, il faut sans doute se donner du temps. L’idée est peut-être aussi d’ouvrir un débat plus global sur l’équité des salaires en Nouvelle-Calédonie. Si on ne le fait pas, on continuera à traiter les problèmes secteur par secteur.

Quelles réformes menez-vous en parallèle ?

La convention avec l’État impose une rationalisation. Nous travaillons sur la carte sanitaire, le dossier médical partagé, la feuille de soins électronique, un observatoire des dépenses, et des audits. L’État a les yeux rivés sur notre capacité à maîtriser les dépenses.

La formation des infirmiers est aussi critiquée…

La formation a repris lundi 2 février, avec 75 élèves accueillis à l’Université. La reconstruction de l’IFPSS est engagée. Notre difficulté actuelle concerne surtout le logement des enseignants et les économies à réaliser.

Les soignants disent aussi ne plus avoir d’interlocuteur et ne se sentent pas suffisamment écoutés.

Je les ai rencontrés en mai et en juillet. Ensuite, le texte a suivi le circuit du Congrès. Il y a peut-être un problème de communication interne, mais le travail continue. Je comprends la colère et l’urgence. Je porte ce texte et je continuerai à le défendre. Mais je dois le faire dans un contexte budgétaire et institutionnel extrêmement contraint. La vraie question, c’est la soutenabilité pour l’ensemble du pays.

Les chiffres clés

  • 10 000 pertes d’emploi, donc autant de cotisants en moins
  • 18 milliards de francs manquants pour équilibrer le Ruamm en 2026
  • 7 à 8 milliards de francs manquants pour la retraite du privé
  • 9 000 demandes d’aide au logement
  • 3,5 milliards de francs nécessaires pour le logement, 300 millions disponibles
  • Régime handicap-dépendance évalué entre 11 et 13 milliards de francs

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