
La victime du meurtre commis dans la nuit du samedi [1] 7 au dimanche 8 [1] février, dans le quartier de Saint-Quentin [1], a-t-elle été tuée parce qu’elle était transgenre ? Deux hommes ont été mis en examen du chef de meurtre et placés en détention provisoire, ce lundi 9, a indiqué le procureur de la République à l’issue de leur présentation devant un juge d’instruction. L’information judiciaire ouverte devra notamment établir si le passage à l’acte est, ou non, lié à l’identité de genre de la victime.
Selon les éléments communiqués par le parquet, l’un des mis en examen a déclaré avoir rencontré la victime peu avant les faits dans le quartier. Il lui aurait demandé d’attendre sur un talus le temps d’aller chercher son cousin. À leur retour, la victime aurait reçu un violent coup de poing au visage, puis "une quinzaine de coups de pied au niveau de la tête", portés par les deux hommes.
La victime a été retrouvée nue, ses vêtements déchirés. Les mis en cause ont reconnu l’avoir déshabillée et avoir pris ses chaussures, retrouvées un peu plus loin. Le premier mis en examen a indiqué avoir frappé la victime "pour qu’elle cesse de proposer des faveurs sexuelles à des personnes dans le quartier". La scène aurait été interrompue par l’arrivée d’un témoin.
Le juge des libertés et de la détention a ordonné leur incarcération, conformément aux réquisitions du ministère public, en raison "des nécessités de l’instruction", afin d’éviter toute concertation entre les coauteurs, de prévenir un renouvellement des faits au regard du mode opératoire relevé, et de mettre fin au "trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public" causé par la gravité du crime.
Le meurtre est puni de trente ans de réclusion criminelle. S’il était retenu qu’il a été commis en raison de l’identité de genre de la victime, la peine encourue serait la réclusion criminelle à perpétuité.
Le procureur souligne par ailleurs la rapidité de l’enquête. Les deux suspects ont été interpellés environ deux heures après les faits par les effectifs de nuit de la sécurité publique, notamment la brigade anticriminalité appuyée par une équipe cynophile.
Dans un communiqué, l’association La Tresse NC, qui promeut l’égalité hommes-femmes et lutte contre les violences sexistes rappelle qu'"une femme transgenre est une femme" et appelle à un traitement "rigoureux, respectueux et exemplaire" de cette affaire.
L’association exprime son inquiétude face à certains éléments de langage repris sans distance critique et insiste sur la nécessité de ne pas confondre identité de genre et orientation sexuelle, ni de mégenrer la victime. "Les mots comptent. Ils construisent le regard social", souligne-t-elle, appelant à éviter toute banalisation ou toute mise en cause implicite de la victime.
L’enquête se poursuit sous l’autorité du juge d’instruction.