
Remobiliser par le travail, sans exiger ni diplôme, ni contrat long. C’est l’esprit du dispositif métropolitain Tapaj (Travail alternatif payé à la journée), que des élus souhaitent voir étudié à l’échelle du pays. L’UC-FLNKS et Nationalistes a déposé, mercredi 18 février, au Congrès, un vœu invitant le gouvernement à le déployer localement. Une initiative qui s’inscrit dans la continuité de la résolution sur l’urgence sociale [1], ainsi que des travaux menés par le groupe ces derniers mois sur l’économie sociale et solidaire.
Selon les élus, les politiques à destination des jeunes en très grande difficulté sociale et sanitaire restent ponctuelles et reposent largement sur le soutien familial. Lorsque ces relais peinent à être mobilisés, une partie de cette jeunesse "échappe au filet de la protection sociale", a défendu Pierre-Chanel Tutugoro, chef du groupe, en conférence de presse.
Un constat qui rejoint les conclusions d’une étude menée en 2020 par le gouvernement sur les déterminants de la délinquance juvénile, restituée en 2021. Le rapport souligne que "la consommation de substances addictives fragilise l’individu, ce qui augmente les risques de passage à l’acte délinquant". Le document relève également qu'"un nombre conséquent de dispositifs jeunesse manquent de cohérence, de complémentarité et de transversalité", mettant en évidence "le manque de synergie et l’absence de coordination des politiques publiques en direction des jeunes Calédoniens".
Pour étayer leur démarche, les élus ont également cité des données de l’Agence sanitaire et sociale selon lesquelles, en 2023, "23 % des jeunes reçus dans le cadre du dispositif Declic [qui prend en charge les moins de 25 ans en lutte contre des addictions, NDLR] avaient entre 16 et 18 ans, et 24 % avaient moins de 16 ans", avec "73 % de garçons". Toujours selon le groupe, "59 % des demandes concernaient la consommation de cannabis et 33 % l’alcool". Sur "800 jeunes orientés pour une prise en charge individualisée", "60 % présentaient un usage nocif du cannabis" et "60 % une consommation d’alcool problématique, dont 21 % à risque".
En province Nord, le dispositif de réinsertion et d’accompagnement en addictologie aurait accompagné "48 personnes en 2024", en augmentation par rapport aux années précédentes, ont indiqué les représentants.
La question de l’accompagnement des jeunes marginalisés se pose aussi à l’issue du parcours judiciaire. Une analyse récente de l’Observatoire international des prisons, s’appuyant notamment sur le rapport d’activité 2022 du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) de Nouvelle-Calédonie, relève une forte pression sur les dispositifs d’insertion et de probation, avec un nombre élevé de personnes suivies hors détention.

Déployé en France avec l’appui de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), Tapaj s’adresse à des jeunes de 16 à 25 ans en grande précarité. Il repose sur des missions de travail très courtes, généralement de deux à quatre heures, ne nécessitant aucune qualification préalable, assorties d’un accompagnement médico-psycho-social. L’objectif est de créer une porte d’entrée vers les soins, la formation et l’insertion de droit commun.
Concernant la rémunération, "le jeune ne va pas être payé par l’entreprise ou par la structure d’accueil, mais par le dispositif", ont expliqué les élus. Le paiement intervient rapidement, "à la fin de la journée ou de la semaine". En France, la rémunération serait d’environ "10 euros de l’heure, soit 40 euros (4 773 francs) pour quatre heures", sans que ce montant ne soit encore arrêté pour une éventuelle adaptation locale.
Si ce vœu ne prévoit pas de mise en œuvre immédiate, il demande au gouvernement d’identifier les acteurs susceptibles de porter le dispositif, d’en sécuriser le cadre juridique et d’en examiner les modalités de financement, en lien avec l’État, les provinces et les communes. "Il s’agit d’un outil complémentaire, qui ne se substitue pas aux dispositifs existants", a résumé Omayra Naisseline.