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Aérodromes bloqués : ces navettes qui dépannent (en partie) les habitants
Anne-Claire Pophillat | Crée le 19.03.2026 à 05h00 | Mis à jour le 19.03.2026 à 05h00

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Grâce aux navettes assurées par les pêcheurs d’Iaai, les îliens peuvent relier la Grande Terre par Thio. Photo E.M.
Privés d’avion et de Betico, les habitants des îles n’ont d’autre solution que de faire appel à des privés pour les convoyer par bateau, que ce soit jusqu’à la Grande Terre ou pour rentrer chez eux. Une béquille loin de remédier à toutes les problématiques, notamment sanitaire.

Sans avion depuis le 2 mars, en raison du blocage des aérodromes à la suite du déménagement d’Air Calédonie de Magenta à La Tontouta, et sans Betico au moins jusqu’au 29 mars, à quai pour des réparations [1], les quelque 20 000 habitants des Loyauté et de l’île des Pins se retrouvent dépourvus de moyen de transport.

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Alors pour pallier ce manque, les résidents des îles font appel à des privés. C’est le cas de Nicole*, qui a réalisé une traversée début mars pour la première fois. À Nouméa pour des rendez-vous personnels, elle devait rentrer sur Ouvéa afin de reprendre le travail. "C’est sur les réseaux que j’ai vu qu’il y avait un bateau le samedi", raconte-t-elle. Réserver une place lui coûte "12 000 francs". De la famille peut l’amener à Thio. Le jour J, le temps est parfait. "On a mis moins de deux heures, la mer était très calme. C’est comme si on allait à la pêche", sourit-elle. Huit autres personnes embarquent avec elle. "Franchement, ce n’est pas si mal quand il fait beau."

"On le fait pour aider les gens"

Parmi ceux qui opèrent ces liaisons, Eugénie Mindia et son mari, pêcheur professionnel, qui ont commencé fin 2024 alors qu’Aircal connaissait d’importantes perturbations. "On avait été sollicité par une famille qui avait un avion à prendre à Tontouta. On le fait pour aider les gens, ne pas les laisser dans la détresse." Depuis, le premier voyage du Keony a été suivi "de centaines d’autres". Et ces derniers jours, les demandes affluent. Eugénie Mindia, qui gère la logistique, ne cesse de recevoir des appels. Mais, pas question de négliger la sécurité. Les sorties sont très encadrées. Le capitaine, Pascal Aben, ne part jamais sans une bonne météo. La navigation se fait toujours à deux embarcations, "avec son cousin". Le Coss (Centre opérationnel de surveillance et de sauvetage en mer) est prévenu avant chaque départ, etc.

À son bord, le Keony a accueilli des bébés de quelques mois, des personnes très âgées, d’autres attendues pour des mariages, ou encore "des défunts et leur famille". Parfois, le capitaine profite de ces rotations pour vendre son poisson. Avec l’arrêt du Betico, Eugénie Mindia reçoit davantage de demandes de Lifou et Maré que d’Ouvéa et tente de s’organiser avec des propriétaires de bateau qui proposent ce genre de service. "Mon mari encourage d’autres personnes à se lancer." Thio n’est pas la seule destination. Il y a Drehu, mais aussi Poindimié, Houaïlou, etc. En fonction des besoins. En ces temps difficiles, ces traversées permettent aussi de nourrir les familles des capitaines, en plus de la pêche.

"Une rupture du soin"

Les difficultés de déplacement se multiplient ces dernières années. Alors, "on prend notre mal en patience", glisse Élodie*, qui habite à Ouvéa. "On a connu tellement de galères depuis la Covid et les émeutes. Moi, ce qui me fait vraiment peur, c’est le médical." Nicole aussi. "On pense à nos vieux qui ont des rendez-vous médicaux et ne peuvent pas prendre le bateau." Certains patients attendaient un rendez-vous médical avec un spécialiste à l’hôpital depuis des mois. D’autres avaient des interventions chirurgicales programmées. Des femmes enceintes étaient censées réaliser leur bilan du 3e trimestre, ou des échographies de suivi. "Il y a une rupture du soin", déclare Marie-Rose Waïa, directrice de la Dacas (Direction de l’action communautaire et de l’action sanitaire) à la province des Îles.

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À Tiga, de premières réponses à l’éternelle problématique de la desserte [3]

Ce message du centre médical de Hulup, à Ouvéa, sur les réseaux, l’illustre bien : "en raison de l’absence de fret aérien, il n’y aura pas de prise de sang à compter du 27 février et ce, jusqu’à nouvel ordre". Nicoleta Omniwack, responsable du dispensaire, estime que "cela peut avoir des conséquences sur le diagnostic des patients". L’approvisionnement des pharmacies en médicaments est également affecté. Autre conséquence, qui avait déjà été remarquée pendant la Covid et les émeutes, le fait que des malades ne veuillent pas partir de peur de rester bloqués à Nouméa. Ils attendent donc pour consulter au dispensaire. "Et parfois, ils arrivent quand ils sont au stade de l’infection", témoigne Marie-Rose Waïa. L’arrêt du transport concerne aussi les arrivées et les départs de personnels de santé. "Les problématiques se cumulent", pointe la directrice, qui souhaite passer un message. "On encourage la population à ne pas attendre que les situations s’aggravent pour se rapprocher d’un centre médical."

À Ouvéa, le dispensaire essaie de faire partir les cas les plus pressés "avec des vols Samu non médicalisés. Il y en a eu deux depuis la fermeture des aérodromes", indique Nicoleta Omniwack. Des réunions menées par le gouvernement seraient en cours concernant l’organisation d’un vol sanitaire exceptionnel.

Le projet de Betico 3 en cours


La province des Îles a engagé les demandes de défiscalisation pour le Betico 3, dans l’idée de pouvoir remplacer l’actuel Betico dans deux ans. Photo Archives LNC / A.-C.P.

Mathias Waneux, le président de la province des Îles, se trouve relativement démuni face à la situation. D’autant qu’en plus des difficultés rencontrées par Air Calédonie et la SudÎles, qui gère le Betico, l’avion d’Air Océania est "en panne depuis six mois, rappelle-t-il. Un moteur a été commandé, il est bloqué en Australie." Et la province ne dispose pas d’autres moyens maritimes pour éventuellement proposer une solution temporaire. "Le Ieneic, qui desservait Tiga, a été vendu en 2023. Et le Eötr et le Sumu sont deux petits bateaux, qui ne sont pas destinés au transport de passagers, même si nous demandons une dérogation pour pouvoir le faire entre Lifou et Tokanod."

Il s’agit d’une question "de compétences", précise Mathias Waneux, qui avait demandé, en janvier un moratoire sur le déménagement d’Aircal de Magenta à Tontouta. "On a interrogé le gouvernement sur le sujet. Ils nous ont répondu qu’ils n’avaient pas d’argent."

La situation affecte profondément les Îles. "L’économie est au point mort. Le tourisme aussi." Et cela provoque également "un peu des tensions". Autre impact : "beaucoup de gens n’ont pas pu venir voter", selon Mathias Waneux.

Un coût de 800 millions de francs

Le président de la province pense à l’avenir. D’une part, le Betico 2 va être réparé et reprendre la mer, assure l’élu. D’autre part, le projet de renouvellement du bateau est en cours. "Le dossier a été déposé pour la défiscalisation métropolitaine et locale il y a deux mois", même si pour cette dernière, "il faut attendre qu’un texte passe au Congrès pour rendre le transport de passagers éligible à la défiscalisation", explique Mathias Waneux. Le Betico 3 représenterait un coût de 800 millions de francs. "Pour cela, on doit faire un emprunt, et on a demandé une garantie bancaire à l’État." L’idée serait de disposer du nouveau ferry, dont la capacité atteindrait 400 places au lieu de 350 actuellement, dans deux ans. Mais, Mathias Waneux en est convaincu, "il faut continuer les deux, maritime et aérien. Là, on a aucune visibilité, la situation politique n’avance pas, et il n’y a pas de proposition de remplacement, pas de plan B".

De son côté, Air Calédonie s’enfonce dans le rouge [4]. La moitié des 220 salariés ont été placés en chômage partiel afin de prévenir l’épuisement de la trésorerie d’ici début avril.

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