
La scène est inhabituelle. Dans les rangs de l’hémicycle du boulevard Vauban, samedi 25 avril, siègent, à la place des élus, vingt-quatre Calédoniens, tous membres de la première assemblée citoyenne mise en place en Nouvelle-Calédonie, à l’initiative du Congrès. Une démarche expérimentale de démocratie participative [1]entamée il y a un an par sa présidente, Veylma Falaeo [1], afin d’associer les citoyens à la réflexion sur l’action publique. L’objectif est ainsi de contribuer à une meilleure communication avec les institutions, ainsi qu’à une meilleure compréhension de leurs décisions.
Les participants, tirés au sort, viennent de tous horizons et représentent "la diversité de la Nouvelle-Calédonie", introduit Veylma Falaeo. Ils se sont réunis une première fois les 27 et 28 mars, puis une deuxième les 24 et 25 avril. Quatre jours de travaux autour d’une question : "Quels outils et quelles règles concrètes peuvent être mis en place pour améliorer la transparence des décisions publiques et renforcer la confiance des administrés envers les institutions ?" Un thème retenu lors d’une consultation publique organisée en amont [2].

Samedi, en fin de journée, l’assemblée a rendu officiellement son avis, qui doit être présenté aux élus lors d’une commission plénière mercredi 29 avril, puis lors d’une restitution publique. Le document comprend 17 propositions visant à rendre plus lisible l’action des institutions auprès des habitants, à donner un espace d’expression aux administrés, et à justifier les dépenses d’argent public. "Des propositions réalistes et construites", estime Veylma Falaeo.
Jovanka Cherika a contribué à l’expérience. Cette ancienne salariée de KNS a commencé à s’intéresser aux rôles des institutions après la fermeture de l’usine. Selon elle, il faudrait prendre davantage en compte l’avis des citoyens. "Pour cela, on suggère la création d’une plateforme en ligne, sur laquelle les collectivités communiqueraient sur leurs projets et la population pourrait donner son opinion, afin que leurs remarques soient prises en compte." Parmi les autres points largement abordés pendant les quatre jours de travail : la façon dont sont utilisés les financements publics.
La première assemblée citoyenne a entamé ses travaux sur la transparence de la vie publique [3]
À l’issue de cette expérience, Jovanka Cherika porte un regard positif sur la démarche. "Le Congrès nous donne l’opportunité de nous exprimer, peu importe d’où on vient, notre métier, etc., on est capables d’amener des idées. Nous-mêmes, on ne pensait pas arriver à écrire un avis. Si le projet se renouvelle, j’invite les citoyens à répondre à l’appel."

Cette initiative ne doit pas rester lettre morte. La présidente du Congrès souhaite pérenniser le concept d’assemblée citoyenne et "inscrire durablement la démocratie participative dans les pratiques". Veylma Falaeo et Vaimu’a Muliava (Éveil océanien) travaillent à l’élaboration d’une proposition de délibération, visant à instaurer un dispositif de participation citoyenne au sein du Congrès. L’idée étant qu’elle puisse passer avant la fin de la mandature. "On va essayer de tenir les délais, même s’ils sont courts. Mais, j’espère que mon successeur prendra ce sujet à bras-le-corps", déclare Veylma Falaeo.
La cheffe du Congrès s’est également engagée à mettre en œuvre certaines des suggestions de l’avis. "Le service juridique y travaille." Est évoqué le fait de "rendre les informations plus accessibles et lisibles, par exemple sur les déclarations de patrimoine, communiquer auprès de la jeunesse pour qu’elle comprenne mieux le fonctionnement des institutions et les décisions que nous prenons, ouvrir davantage le Congrès au public, notamment aux scolaires".
Veylma Falaeo compte désormais sur les autres élus. "J’espère parvenir à emmener l’ensemble des groupes à porter ces propositions avec moi, pour améliorer la transparence et les décisions que nous prenons."
Le rapport rendu par les citoyens samedi 25 avril évoque d’abord le contexte, celui de "la montée de la défiance" des administrés envers les institutions, qui s’expliquerait par une mauvaise connaissance des habitants, ainsi qu’un fonctionnement qui ne donne pas toujours confiance, un manque de transparence, et des élus qui apparaissent éloignés.
Voici une sélection non exhaustive des préconisations mentionnées dans l’avis afin d’y remédier.
→ Orientation 1 : mieux accompagner les habitants à comprendre leurs institutions
Renforcer l’éducation aux institutions, à la vie démocratique et à l’information : accroître la place donnée au fonctionnement des institutions à l’école et impliquer les jeunes ; développer une culture de l’investigation, de l’information et faire œuvre de pédagogie à l’égard de la population.
Faciliter la connaissance des droits : créer un lieu pour informer les habitants de leurs droits.
→ Orientation 2 : garantir la transparence
Garantir le droit à l’information : respecter une charte de transparence publique ; développer la transparence des dépenses publiques.
Lutter contre la désinformation par une garantie d’information de qualité : créer un statut du journaliste en Nouvelle-Calédonie.
→ Orientation 3 : rapprocher les institutions de la population
Communiquer plus et mieux : informer plus lisiblement ; renforcer la présence des institutions sur les réseaux sociaux ; développer un média spécialisé sur les travaux de politiques publiques.
Ouvrir les institutions : programmer des séances publiques le samedi ; aller à la rencontre de la population ; créer des postes de médiateur citoyen institutionnel mutualisé dans les institutions.
→ Orientation 4 : développer la participation citoyenne
Accroître la place du citoyen dans la vie publique : créer une commission citoyenne au sein du Congrès ; créer une plateforme participative ; systématiser les assemblées citoyennes.
→ Orientation 5 : aider les élus à mieux décider et rendre compte des décisions
Accroître les compétences des élus et des collaborateurs ; engager les institutions dans un principe de redevabilité.
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/le-congres-veut-mettre-en-place-une-structure-de-participation-citoyenne
[2] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/le-congres-teste-une-nouvelle-demarche-de-participation-citoyenne
[3] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/la-premiere-assemblee-citoyenne-a-entame-ses-travaux-sur-la-transparence-de-la-vie-publique
[4] https://www.lnc.nc/user/password
[5] https://www.lnc.nc/user/register
[6] https://www.lnc.nc/formulaire/contact?destinataire=abonnements