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Entreprises : "On est dans un degré d'urgence absolue"
Anne-Claire Pophillat | Crée le 07.05.2026 à 18h11 | Mis à jour le 07.05.2026 à 18h19

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Les organisations patronales, Medef, CPME et Feinc, ainsi que les Chambres consulaires, ont présenté cinq mesures d’urgence afin d’aider les entreprises dans les deux ans à venir, lors du Rendez-vous de l’économie à la CCI, mercredi 6 mai. Photo Anne-Claire Pophillat
Après un léger mieux fin 2025, les organisations patronales et chambres consulaires alertent sur le contexte économique désastreux, selon eux, depuis début 2026. "Ça s’effondre", affirme Xavier Benoist, président de la Feinc, lors d’une rencontre avec les chefs d’entreprise à la CCI, mercredi 6 mai. Cinq mesures, notamment d’allègement fiscal, ont donc été présentées pour "sauver l’économie", dans l’attente d’un accord institutionnel, "seul à même de donner un coup de confiance aux investisseurs".

"La situation est catastrophique", lâche Stéphane Yoteau, vice-président de la Chambre de commerce et d'industrie mercredi 6 mai, lors d’une des éditions des Rendez-vous de l’économie consacré aux entreprises, deux ans après les émeutes de mai 2024. Dans l’auditorium de la CCI, notamment, un public d’entrepreneurs soucieux pour leur activité. "Nous, on survit, on a déjà subi la Covid, on ne prend jamais le pouls de ces chefs d’entreprise qui se battent pour sauvegarder leurs salariés", témoigne l’un d’eux. "L’emploi n’arrive pas à redémarrer", déplore un autre. "Comment se faire entendre, alors que le gouvernement n’est pas présent ?", interroge une participante. Un étudiant en première année à l’école de commerce de la CCI, ambitionnant de créer sa société, semble décourager par l’avenir.

"Nos entreprises sont en train de couler"

Ces préoccupations sont partagées par Stéphane Yoteau, également entrepreneur, évoquant pêle-mêle, dans son intervention, la baisse d’activité, les 12 000 emplois salariés détruits, la dégradation du budget des ménages, la chute des recettes fiscales… "On est dans un cercle vicieux." Et aujourd’hui, assure le vice-président de la CCI, "on est dans un degré d’urgence absolue".

L’inquiétude, après une "petite dynamique positive fin 2025", note Xavier Benoist, président de la Feinc, est apparue dans les retours des adhérents au premier trimestre 2026, et surtout par "les données transmises par le gouvernement sur le rendement de la fiscalité en mars, qui s’est écroulé, après un rebond en décembre et une stabilisation en janvier et février". En outre, le calendrier institutionnel n’est pas favorable à une reprise, poursuit Xavier Benoit, après l’échec de Bougival et l’entrée dans une période électorale en vue des provinciales, sans compter les présidentielles dans un an au niveau national. "On comprend qu’il n’y aura pas d’accord avant 2028. Et on le dit avec force, sans accord institutionnel, il n’y aura pas de choc de confiance."


Des entrepreneurs ont témoigné de leur forte inquiétude pour les années à venir. Photo Anne-Claire Pophillat

Alors en attendant, face à ce contexte jugé délétère, les représentant des organisations patronales, Medef-NC*, CPME-NC* et Feinc*, et les chambres consulaires se sont réunies. De leurs discussions ont émergées cinq mesures qu’ils somment le gouvernement calédonien, le Congrès et l’État de mettre en place [1], dont trois "avant la fin de la mandature", parce que "nos entreprises sont en train de couler", insiste Xavier Benoist. "Il faut mettre une perfusion sur du très court terme, pour essayer de sauver ce qui peut l’être." Toutes sont prévues pour durer deux ans, jusqu’à mi-2028.

Suspension et exonération de cotisations, annulation de la patente…

La mesure n° 1 concerne ce qui est le principal problème rencontré par les entreprises, considère Stéphane Yoteau : la trésorerie. "D’après un sondage de la CCI, plus d’un tiers d’entre elles n’en ont plus, ce qui signifie qu’on ne peut plus acheter de stock, réparer les machines, etc." Mettant ainsi un frein à une potentielle activité. Pour essayer d’y remédier, le consortium propose de différer le paiement des cotisations patronales Ruamm, "pour donner du souffle", avec un remboursement étalé sur cinq ans à l’issue du moratoire, sans pénalités, pour les entreprises qui ont perdu au moins 30 % de leur chiffre d’affaires en 2025.

La mesure n° 2 prévoit l’exonération des cotisations salariales Ruamm tranche 1, un abattement plafonné à 1,3 SMG, soit 217 883 francs bruts/mois, afin, cette fois, de "donner du pouvoir d’achat aux salariés". La n° 3 envisage l’annulation intégrale de la patente pour 2027 et 2028, la n° 4, la prolongation de l’aide au maintien à l’emploi [2], censée prendre fin en juillet, "qui permet encore de conserver de l’emploi". Enfin, la n° 5 incite à prolonger le dispositif Sogefom, un fonds de garantie dédié à l’accès des très petites et petites entreprises au crédit bancaire, "l’un des rares leviers de financement encore accessible depuis mai 2024", souligne Xavier Benoist. Tout cela n’est "probablement pas suffisant, mais c’est réaliste".

Un coût évalué à 32 milliards de francs

Ces cinq mesures coûteraient, selon les estimations, 32,3 milliards de francs, pour 62,7 milliards de francs qui seraient injectés dans l’économie. Comment les financer ? Grâce au pacte de refondation [3], qui prévoit un investissement de 240 milliards de francs sur cinq ans en Nouvelle-Calédonie, estiment les entrepreneurs. "On pense qu’il y a la capacité de recibler une partie des fonds sur ces propositions", affirme Xavier Benoist.

De toute façon, déclare Sonia Critg, vice-présidente de la branche industrie à la CPME, qui conclue la présentation, tout cela est nécessaire pour "maintenir en vie un tissu économique qui, sans intervention immédiate, continuera à se déliter, et avec lui, des emplois, des familles et l’avenir de ce territoire. Ne rien faire aujourd’hui, c’est choisir une crise sociale bien plus profonde et coûteuse demain."

Ce plan a été présenté au gouvernement, indique Stéphane Yoteau. "Christopher Gygès le soutient. Sonia Backès, que nous avons rencontrée, aussi. L’information est passée." Les mesures ont également été présentées à l’État, qui aurait été moins réceptif.

2026 : de premiers indicateurs pas tous négatifs


Fabrice Dufresne, directeur de l’IEOM, Institut d’émission d’Outre-mer, la banque centrale des collectivités françaises du Pacifique. Photo Anne-Claire Pophillat

Deux ans après la crise insurrectionnelle, de nombreux indicateurs économiques restent dans le rouge, souligne Fabrice Dufresne, directeur de l’Institut d’émission d’Outre-mer, qui a exposé un premier bilan mercredi soir, lors du Rendez-vous de l’économie à la CCI. L’emploi salarié privé est toujours sinistré, la fin des droits pour de nombreux chômeurs accentue la précarité, les ménages sont davantage surendettés, etc.

À LIRE ÉGALEMENT :

Économie [4] : une situation durablement dégradée au 4e trimestre 2025 [4]

Fabrice Dufresne relève malgré tout quelques signes positifs depuis le début de l’année, notamment dans l’industrie métallurgique, une "évolution plutôt favorable de la consommation des ménages", une production de crédits "qui semblerait reprendre", ou encore une baisse des défaillances d’entreprise qui se poursuit. De quoi "donner une note un peu plus positive, beaucoup moins négative que ce qu’on a pu observer en 2025".

Un discours qui ne cadre pas vraiment avec celui des représentants du monde patronal. Comment expliquer ce décalage ? "Nous observons les principaux indicateurs macroéconomiques. Certains sont favorables, mais beaucoup restent sur une tendance négative", relève Fabrice Dufresne. En témoigne l’emploi, qui ne s’est pas redressé, cite le directeur de l’IEOM. "Il y a une frange de la population dont la vulnérabilité s’accroît."


Le bilan des principaux indicateurs, deux ans après mai 2024. Illustration IEOM

Note

*Feinc : Fédération des entreprises et industries de Nouvelle-Calédonie/Medef-NC : Mouvement des entreprises de France de Nouvelle-Calédonie/CPME-NC : Confédération des petites et moyennes entreprises de Nouvelle-Calédonie

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