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  • Anne-Claire Pophillat | Crée le 05.03.2026 à 16h55 | Mis à jour le 05.03.2026 à 16h55
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    Le soutien de l’État ne se fera que si la Nouvelle-Calédonie engage des réformes structurelles rappelle le Premier ministre, Sébastien Lecornu, dans son courrier aux élus calédoniens du 20 février. Photo FB Sébastien Lecornu
    Dans une lettre envoyée aux élus calédoniens le 20 février, Sébastien Lecornu assure que le pacte de refondation n'est pas conditionné à l'adoption de l'accord Bougival-Élysée-Oudinot. En revanche, à son issue, dans cinq ans, le Premier ministre affirme que "la Nouvelle-Calédonie devra assumer seule le financement de son système économique et social", ainsi que "l'ensemble des compétences transférées".

    Après un premier courrier adressé aux responsables calédoniens le 5 décembre sur le pacte de refondation prévu sur cinq ans, Sébastien Lecornu s’est fendu d’une nouvelle missive aux élus, datée du 20 février. Cet envoi intervient un mois après la tenue des discussions parisiennes ayant mené à la signature du complément de l’accord de Bougival, Élysée-Oudinot, sans le FLNKS, le 19 janvier.

    Le Premier ministre revient plus en détail sur le pacte, apportant quelques éléments nouveaux quant au soutien financier apporté par l’État à la Nouvelle-Calédonie, confrontée à une crise économique sans précédent. Entre-temps, une étape a été franchie, avec l’intégration des lignes de financement portant sur 2026 au budget de l’État voté début février à l’Assemblée nationale. Les mesures du pacte vont par ailleurs être déployées avec l’appui de la mission interministérielle menée par Claire Durrieu, qui a déjà précisé le contenu des six piliers qu’il comprend le jour de son départ du territoire, le 21 février.

    Économie – politique : un calendrier distinct

    Dans sa lettre, Sébastien Lecornu rappelle avant tout que le pacte de refondation "n’est conditionné à aucune évolution institutionnelle". Naïma Moutchou déclarait déjà, dans une interview aux Nouvelles calédoniennes fin janvier, que les deux étaient décorrélés. À la question de savoir si le financement de l’État était lié à l’adoption, par le Parlement, de l’accord signé quelques jours auparavant, la ministre des Outre-mer répondait alors : "absolument pas. J’ai souhaité que le pacte de refondation économique avance indépendamment du calendrier politique." Naïma Moutchou ajoutait que s’il n’y avait "pas de logique de chantage", il fallait "être lucide : sans stabilité politique, l’investissement et la confiance nécessaires à une relance durable de l’économie ne seront pas au rendez-vous".

    Une crainte visiblement partagée par Nicolas Metzdorf (Intergroupe Les Loyalistes), qui déclarait, lors de l’examen du budget le 19 février au Congrès, que se détacher de l’aspect institutionnel représentait un risque majeur : "Si on se désolidarise les uns les autres de la question politique, il y aura forcément des conséquences sur les financements. C’est la réalité, pas un chantage." Une façon de soutenir l’accord Bougival-Élysée-Oudinot, qui tente de poursuivre son parcours parlementaire. Si la réforme constitutionnelle a été adoptée par le Sénat le 24 février, cela pourrait ne pas être le cas à l’Assemblée nationale, où son passage est prévu le 31 mars, les Socialistes ayant annoncé qu’ils ne la voteraient pas en l'état.

    "Assumer seule le financement de son système"

    Le pacte repose sur un principe : l’État s’engage à soutenir "massivement" la Nouvelle-Calédonie qui, en retour, doit "mettre en œuvre les réformes indispensables au rétablissement de son économie, retrouver un équilibre budgétaire et se doter progressivement des moyens réels de son autonomie financière". C’est le "gros point noir" du courrier, insiste un élu. Tout simplement parce que "c’est impossible", ajoute-t-il. Or, Sébastien Lecornu écrit, comme dans la lettre du 5 décembre – ce qui avait déjà eu le don de fâcher la classe politique calédonienne -, qu’à "l’issue de cette phase de soutien exceptionnel et temporaire, la Nouvelle-Calédonie devra assumer seule le financement de son système économique et social, en cohérence avec son autonomie fiscale".

    Globalement, le pacte de refondation prévoit une aide totale de 240 milliards de francs (2 milliards d’euros) sur cinq ans, selon le courrier du Premier ministre, contre 262 milliards annoncés en décembre. Avec, parmi les nouveautés (lire par ailleurs), la mention d’un soutien à la filière nickel jusqu’à 60 milliards de francs (500 millions d’euros) en 2026, si un plan de transformation du secteur est trouvé d’ici le milieu de l’année. Les 240 milliards ne comprennent donc pas "l’éventuel soutien à partir de 2027 pour le nickel, qui dépendra du résultat des négociations sur la nouvelle stratégie".

    Six piliers

    Pour ce qui est de la teneur du pacte, l’architecture ne change pas, seules quelques précisions sont apportées.

    Le premier pilier, l’attractivité économique du territoire (création de zones franches, baisse d’impôt sur les sociétés, soutien au microcrédit, extension de la défiscalisation) se voit doter, sur cinq ans, d’une enveloppe de près de 40 milliards de francs (330 millions d’euros) et non plus de 36 milliards de francs (300 millions d’euros), comme prévu initialement en décembre.

    La même somme de près de 24 milliards de francs (200 millions d’euros) est attribuée au deuxième pilier, un plan de relance visant à investir dans des infrastructures "essentielles", la diversification de l’économie et la protection des Calédoniens face aux conséquences du changement climatique.

    → Le troisième pilier est consacré au nickel. Si aucune somme n’était mentionnée dans le précédent courrier, cette fois, le Premier ministre évoque une enveloppe de près de 60 milliards de francs (500 millions d’euros) pour la seule année 2026, si tant est qu’un plan de transformation de la filière menant à un retour à la rentabilité soit élaboré d’ici la fin du mois de juin. "À cette condition, l’État pourra s’engager à continuer à accompagner financièrement le secteur durant cette période transitoire aux côtés des industriels et à participer au financement des infrastructures destinées à décarboner le mix énergétique du territoire."

    → Le quatrième pilier prévoit un programme de lutte contre le décrochage scolaire et professionnel des jeunes d’un montant qui reste identique, à savoir un peu plus de 8 milliards de francs (70 millions d’euros), avec la création d’une nouvelle compagnie du RSMA dans le Grand Nouméa, le financement de 1 000 parcours d’engagement ou d’insertion par an, ainsi que de 100 postes spécialisés pour prévenir le décrochage et accompagner les jeunes décrocheurs.

    → Le cinquième pilier concerne un soutien aux finances publiques : le versement d’une subvention de plus de 7 milliards de francs (60 millions d’euros) aux collectivités, ainsi qu’un nouveau prêt garanti de 44,1 milliards de francs (370 millions d’euros) sont prévus en 2026. Sur la période 2027-2030, un maximum de 45,3 milliards de francs (380 millions d’euros) pourront être octroyés par l’État. Des chiffres en hausse par rapport à ce qui était proposé en décembre, après que les élus calédoniens ont obtenu 15 milliards supplémentaires à Paris.

    → Un sixième pilier concernant les dépenses sociales de proximité a été ajouté à Paris : 1,2 milliard de francs (10 millions d’euros) lui sont affectés.

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