
"Il y avait une nécessité de moderniser le secteur de la pêche hauturière, parce que les dispositions qui l’encadrent étaient incluses dans une délibération de 2011", introduit Adolphe Digoué, membre du gouvernement en charge du secteur, alors que les élus du Congrès ont adopté à l’unanimité, jeudi 28 mai, un projet de loi de pays relatif à la pêche dans l’espace maritime de la Nouvelle-Calédonie [1], ainsi que son pendant, une délibération instaurant le schéma directeur de la pêche hauturière [2], fixant les objectifs de la politique en la matière.
Il s’agit avant tout d’une modernisation, d’une sécurisation juridique, et d’un alignement de la réglementation sur les standards régionaux et internationaux. C’est que la filière, qui représente quelque 200 empois directs, un chiffre d’affaires annuel d’environ 1,4 milliard de francs et une production de 2 500 tonnes de poissons, essentiellement du thon destiné au marché local, est jugée stratégique pour le pays au niveau économique, environnemental et de souveraineté alimentaire.
Le projet de loi fixe plusieurs règles concernant notamment l’octroi de la licence de pêche commerciale, qui ne pourra être délivrée qu’aux navires battant pavillon français, immatriculés en Nouvelle-Calédonie et exploités par des entreprises implantées localement. "Une différence majeure" avec le texte de 2011, est-il précisé, qui prévoyait la possibilité d’accorder une licence à des bateaux étrangers, même si, dans les faits, cela ne s’est jamais produit.
Parmi les nouveautés, également, la création d’une autorisation de pêche exploratoire, visant à collecter des données scientifiques et économiques sur des zones ou ressources peu exploitées. "Il y a sûrement d’autres ressources halieutiques qui existent, on a évoqué par exemple le béryx, la dorade rose, d’où l’intérêt de ce genre de campagnes", indique Adolphe Digoué.
L’exploitant devra par ailleurs détenir le statut de patron-pêcheur, ainsi que la certification "pêche responsable" pour pouvoir exercer. Le gouvernement aura aussi la possibilité, en vue d’une gestion durable, d’interdire de prélever certaines espèces, de fixer des quotas, de délimiter des zones et des périodes de pêche, etc. Enfin, des sanctions administratives et pénales sont prévues en cas de non-respect de la réglementation (ne pas avoir de licence ou d’immatriculation, se soustraire aux contrôles en mer…).
Lors de la séance, les élus ont prôné "l’importance de développer cette part de l’économie bleue". Mais les enjeux sont multiples. Le nombre de navires est passé de 16 en 2023 à 13 aujourd’hui, celui des armements de cinq à trois, même si le tonnage de poissons capturés reste sensiblement le même, note Adolphe Digoué. De plus, l’arrêt de la ligne vers le Japon, en septembre 2024, à freiner les exportations.
Globalement, la filière rencontre des difficultés structurelles importantes, liées au niveau élevé des coûts de production, de la main-d’œuvre, aux contraintes logistiques et commerciales liées à l’exportation, au manque d’attractivité des métiers de la mer et aux insuffisances en matière de formation, qui constitue une préoccupation de taille, au même titre que la promotion des métiers de la mer. "La formation initiale est au cœur des enjeux. Il n’existe pas, en Nouvelle-Calédonie, de parcours dans ce domaine. Le schéma doit justement permettre de la développer", avance Manuel Ducrocq, chef du service du parc naturel de la mer de Corail et de la pêche au gouvernement.
Autre défi, alors que l’exportation est à la peine, la valorisation et la transformation des produits de la pêche localement.
Pour répondre à ces ambitions, certains représentants ont insisté sur la nécessité de mettre les moyens en face. "La réussite de ce schéma dépendra avant tout de sa traduction concrète sur le terrain. Les 71 actions prévues dans le plan opérationnel 2024-2027 devront être accompagnées de moyens humains, techniques et financiers suffisants", a déclaré Maria Waka (UC-FLNKS et Nationalistes).
L’entrée en vigueur du texte est annoncée au plus tard le 1er janvier 2027.

Links
[1] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/economie/mer/le-gouvernement-veut-mieux-encadrer-la-peche-professionnelle-dans-les-eaux-caledoniennes
[2] https://www.lnc.nc/article/le-gouvernement-fixe-le-cap-pour-la-peche-hauturiere
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