
Le constat partagé sur les années 2024 et 2025 est celui d’une baisse de consommation de l’ordre de 20 à 30 % sur l’ensemble des filières agricoles, et en particulier sur les fruits et légumes, où elle est plutôt de l’ordre de moins 25 à moins 30 %. Cette tendance, qui s’était déjà amorcée en 2022 et 2023, s’est amplifiée depuis les émeutes.
À notre sens, cette tendance s’explique par différents facteurs. Il y a effectivement une baisse du pouvoir d’achat, qui est certaine. Mais on voit aussi que cette consommation s’est en partie déportée sur d’autres types d’approvisionnement que les circuits officiels de distribution, comme l’échange, la vente de bord de route, etc.
Cependant, lorsqu’on additionne les approvisionnements sur un circuit officiel, c’est-à-dire en grande surface, auprès de marchés de proximité ainsi que sur ce circuit plus informel, on voit que la consommation baisse bien par nombre d’habitants. Et aujourd’hui, les indicateurs montrent que nous sommes passés en dessous des bonnes préconisations en termes de santé de l’OMS (Organisation mondiale de la santé).
Exactement. Et là, on rejoint les sujets du moment, à savoir la transition alimentaire et sa soutenabilité.
C’est sans doute une part d’explication importante, mais ce n’est pas la seule. On constate aussi que les consommateurs réfléchissent plus qu’avant sur leurs achats. C’est ce qui nous a conduit aujourd’hui, avec l’ensemble de la filière, à échanger et essayer de travailler des orientations communes pour mieux développer l’offre. Car au-delà de la consommation, l’autre enjeu concerne les producteurs, qui ont eu des expériences parfois douloureuses sur 2023-2024, avec des situations de surproduction à certaines périodes de l’année. L’objectif est donc de pouvoir sécuriser leurs revenus.
Il y a plusieurs éléments d’explication. Le premier est celui des canaux de distribution et d’écoulement, avec la disparition d’un certain nombre de surfaces de vente depuis deux ans, notamment les grandes surfaces détruites. Cela a conduit à certaines réorganisation des circuits d’approvisionnement. On a par ailleurs vu apparaître des initiatives privées ou spontanées en termes de marchés, de vente de bord, ce qui redistribue un petit peu les cartes.
On a réuni entre 60 et 70 personnes : des producteurs, des coopératives, mais aussi des représentants des grossistes, de la distribution, de la transformation, ainsi que des acteurs de la restauration, qu’elles soient privées ou collectives. Sans oublier l’ensemble des partenaires techniques qui accompagnent la filière et les institutions.

Sur les fruits et légumes, il est vrai que souvent le prix est retenu en première approche, ce qui est souvent déterminant dans l’acte d’achat. Cependant l’offre locale est tout à fait abordable en termes de prix et en qualité sur une large partie de l’année.
Tout à fait, notamment pour les marchés. Mais aussi et surtout, pour nombre d’agriculteurs, vendre est une compétence à travailler, à développer, et sur laquelle il n’est pas toujours évident de s’investir. Donc c’est aussi l’objet de ce forum : impulser les coopératives, des agrégateurs intermédiaires. L’ambition de cette journée est d’exposer les différents canaux de distribution, de les questionner par rapport au contexte du moment, puisqu’on voit aujourd’hui que sur les marchés de proximité, ce n’est pas simple non plus. La vente directe notamment nécessite beaucoup d’investissements. Et le système coopératif est un modèle très vertueux, mais qui n’est pas toujours évident à mettre en œuvre.
Exactement. En Nouvelle-Calédonie, la production étant saisonnière, il y a effectivement une période de pleine production, qui peut déboucher sur de la surproduction, en tout cas pour un certain nombre de produits qui ne sont pas valorisés, voire qui ne sont pas récoltés. Donc, ne serait-ce que pour lutter contre le gaspillage élémentaire, il y a un enjeu fort à travailler sur le volet de la transformation. C’est un sujet qui ouvre beaucoup de perspectives quand on sait que seulement 15 % des produits agricoles transformés sont d’origine locale. Le reste, que ce soit les surgelés ou autres, est importé.
Oui. Néanmoins, depuis quelques années, on observe un certain nombre d’initiatives portées par les collectivités, mais surtout par des privés, qui montent des projets, des laboratoires de transformation, etc. Il y en a qui fonctionnent dans le Nord, un récemment ouvert à La Foa, et d’autres en construction à Boulouparis. Mais il y a aussi et surtout un certain nombre de structures existantes qui méritent d’être relancées, redynamisées, et avec l'idée de pouvoir offrir une gamme diversifiée de produits agricoles issus des fruits et légumes locaux auprès des consommateurs afin de se substituer en partie à l'importation.
Une usine de transformation de produits agricoles sort de terre à La Foa [1]