
La fin d’un long périple. Après deux mois et demi en mer, le patrouilleur Outre-mer (POM) Jean-Tranape a rejoint la base navale Chaleix de Nouméa ce jeudi 18 juin, son nouveau port d’attache. "Un jour symbolique, pour les 86 ans de l’anniversaire de l’appel du 18 juin du Général de Gaulle", indique le capitaine de corvette Romain Montevil, commandant du Jean-Tranape.
Parti de Brest le 6 avril, le nouveau bâtiment de la Marine nationale est passé par Halifax, au Canada, Saint-Pierre-et-Miquelon, les Bahamas, avant de franchir le canal de Panama, rejoindre les îles Galápagos puis se lancer dans une longue traversée du Pacifique jusqu’à Tahiti. Il s’est amarré au quai des Patrouilleurs vers 15h30, ce jeudi.

Quelques heures avant, lors de son entrée son entrée dans le lagon, le navire de 80 m de long a été accueilli par son grand frère, l’Auguste-Bénébig, copie conforme du Jean-Tranape mis en service en 2023. À eux deux, ils remplacent les anciens patrouilleurs du modèle P400, La Moqueuse et La Glorieuse, qui ont sillonné les eaux calédoniennes pendant 35 ans, avant d’être désarmées et bientôt démantelées.
Le nouveau POM va rester à quai les prochaines semaines pour un contrôle global du bâtiment par la Direction générale de l’armement, avant d’entamer ses premières missions à compter du mois de septembre. Gardien de la zone économique exclusive (ZEE) de la Nouvelle-Calédonie, le Jean-Tranape va "patrouiller pour contrôler d’éventuels trafics illicites, notamment le narcotrafic", relève le commandant Romain Montevil.

Le phénomène a pris de l’ampleur ces dernières années dans la région, avec une route entre l’Amérique du Sud et l’Australie qui s’est développée. Il y a un an, un navire transportant 2,5 tonnes de cocaïne avait été intercepté [1] au large du territoire. Le patrouilleur devra également préserver les eaux calédoniennes de la pêche illicite, et interviendra pour des sauvetages en mer et en cas de catastrophes naturelles, "afin de venir en aide aux populations sinistrées".

Pour mener à bien ces missions, le Jean-Tranape dispose, comme l’Auguste-Bénébig, de moyens humains et matériels renforcés par rapport à leurs prédécesseurs. "Nous sommes 30 marins actuellement à bord, mais nous pouvons embarquer jusqu’à 53 personnes, donc on a la capacité de recevoir des renforts si besoin." Mais la principale évolution par rapport aux anciens P400, c’est que cette nouvelle classe de navire est désormais dotée de deux drones de surveillance aérienne sur chaque bâtiment.
Jean Tranape, le Calédonien héros de la France libre et Compagnon de la Libération [2]
À la poupe du patrouilleur, une plateforme permettra de faire décoller ces aéronefs à l’aide d’un système semblable "à une catapulte", explique le lieutenant Thomas Versini, second commandant. "Il va nous permettre d’effectuer une surveillance maritime jusqu’à 30 nautiques [environ 55 km NDLR] autour de notre position", abonde Romain Montevil. Autre outil de surveillance à disposition de l’équipage : une sonde placée dans une structure métallique qu’il est possible d’immerger, afin d’inspecter les fonds marins.

Pour cette inauguration, la Marine nationale a invité à bord quelques représentants de la famille de Jean Tranape, soldat engagé dans le bataillon du Pacifique lors de la Seconde Guerre mondiale, héros de la France libre et de la bataille de Bir-Hakeim. "Ça fait quelque chose", lâche Yvon Tranape, fils de ce compagnon de la Libération mort en 2012. Le patrouilleur n’est cependant pas tout à fait une découverte pour lui. "Je l’ai accompagné lors de son départ de Brest", raconte-t-il, avant de pointer l’un des drapeaux qui flottent au-dessus du bâtiment : "Je le connais bien celui-là."

Sur l’étendard est écrit, sous le visage du jeune soldat Jean Tranape : "J’ai la baraka, il ne m’arrivera rien." "C’était la devise de mon père, il le répétait constamment. Bon, il lui en est quand même arrivé quelques-unes", sourit Yvon, en évoquant les "éclats de grenade" et la "balle dans la cuisse" reçues sur le champ de bataille. "Mais il a survécu." Reste à voir si la chance sourira au navire qui porte désormais son nom.

Links
[1] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/faits-divers/ce-que-l-on-sait-sur-la-saisie-de-2-5-tonnes-de-cocaine-operee-au-large-de-la-nouvelle-caledonie
[2] https://www.lnc.nc/article/jean-tranape-le-caledonien-heros-de-la-france-libre-et-compagnon-de-la-liberation
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