
C’est une réaction glissée sous un post Facebook de Nicolas Metzdorf qui a remis le sujet sur la table. Le 3 juillet, le député de la première circonscription expliquait son vote, le 30 juin à l’Assemblée nationale, en faveur de la proposition de loi sur l’aide à mourir (texte par ailleurs rejeté par le Sénat le 7 juillet). Le Réseau soins palliatifs NC l’interpellait sans se prononcer pour ou contre la loi, mais en passant un message. "Avant de demander aux personnes si elles veulent mourir, il faudrait déjà s’assurer que tout a été fait pour les soulager, les rassurer, les informer", estimait-elle.
Soulager, rassurer, informer, c’est précisément ce que fait au quotidien cette association, au plus près des patients. "Quand on est en soins palliatifs, cela veut dire que l’on a une maladie grave et incurable", rappelle Claire Bensa, infirmière coordinatrice du réseau. Si le mot fait peur et qu’il est immédiatement associé à la mort, donnant l’impression "qu’il n’y a plus rien à faire", Claire Bensa nuance : "On ne peut plus les guérir, mais on peut encore prendre soin des gens."
À domicile, cet accompagnement passe souvent par des choses très terre à terre. Une marche trop haute pour aller à la salle de bains, une chaise de douche à trouver, un lit médicalisé à installer… Parfois, aussi, par une douleur à réévaluer, souvent par une famille qui ne comprend pas pourquoi un traitement a été arrêté, ou encore un proche épuisé qui ne sait plus à qui s’adresser. Le Réseau intervient – gratuitement – la plupart du temps, après une sortie d’hôpital ou bien à la demande d’infirmiers libéraux ou de médecins. Il travaille également en collaboration avec l’Emasp, l’équipe mobile d’accompagnement et de soins palliatifs du Médipôle.
La première visite prend généralement entre une heure et une heure et demie. Le temps de rencontrer le patient, de parler avec ses proches, de comprendre le logement, les habitudes, les peurs et les angoisses de chacun. Ensuite, il faut prendre contact avec le médecin, l’infirmier, les prestataires, et parfois organiser l’installation de matériel. "En général, un patient, c’est une demi-journée de travail", résume Claire Bensa.
Jusqu’ici, l’association, créée en 2012, accompagnait environ 150 patients par an, avec deux infirmières à temps partiel qui couvrent une zone allant du Grand Nouméa jusqu’à Bourail, quand l’urgence l’impose. Cette année, une aide exceptionnelle du haussariat a permis d’augmenter le temps passé sur le terrain. Résultat, plus de 200 patients ont déjà été suivis en 2026 et le Réseau pourrait atteindre 300 à 320 accompagnements sur l’année. Pour les deux infirmières de l’association, cela représente entre 50 et 70 patients chacune à accompagner en permanence.
Si l’association n’a pas les moyens de produire ses propres statistiques, Claire Bensa avance tout de même que depuis les émeutes, l’équipe dit avoir été appelée plus tardivement et dans des situations souvent plus lourdes. "On a eu l’impression que les gens nous appelaient dans des états catastrophiques." L’infirmière évoque des ruptures de soins, des retards de diagnostic, la difficulté à trouver un médecin généraliste qui se déplace à domicile, en particulier hors du Grand Nouméa.
C’est dans ce contexte tendu, que le Réseau attend toujours de savoir comment il finira l’année. Son principal financement provient d’une enveloppe annuelle de 13 millions de francs versée par l’Agence sanitaire et sociale. "Cela couvre vraiment juste nos salaires", indique l’infirmière. Pour les formations, les événements et les actions de sensibilisation, l’association cherche d’autres partenaires et des mécènes.
Mais la subvention 2026 n’est toujours pas sécurisée. Le Réseau indique avoir relancé l’Agence sanitaire et sociale à plusieurs reprises. Mais les élections provinciales, puis l’attente de la nomination du futur exécutif semblent avoir laissé le dossier en suspens. "On peut tenir jusqu’au 1er octobre", affirme Claire Bensa. Après cette date, "nous n’avons aucune vue sur la suite".
Et pour l’association, le problème n’est pas seulement administratif. "Les patients qu’on aura à cette date-là, on leur dit quoi le lendemain ? Qu’on ne viendra plus ? C’est horrible", se désole l’infirmière. Le Réseau réclame depuis plusieurs années davantage de visibilité, si possible sur plusieurs exercices, afin d’éviter de redémarrer chaque année avec la même incertitude.
Sollicité, Nicolas Metzdorf indique vouloir échanger avec le Réseau. "Je vais les rencontrer, mais je n’ai pas eu leur demande de rendez-vous", affirme le député. Le gouvernement a également été sollicité sur la situation de l’association, mais n’avait pas encore répondu à l’heure où nous écrivions ces lignes.
Le Réseau soins palliatifs NC organisera un ciné-débat autour du film Anesthesia le 23 juillet, à Origin Cinéma, à Dumbéa. L’association communique également sur sa page Facebook Réseau soins palliatifs NC [1].