
C’est désormais officiel : une vingtaine de pompiers du fenua s’envoleront vendredi soir ou samedi au plus tard en direction de l’Hexagone, afin de prêter main-forte à leurs collègues qui luttent contre les flammes en Gironde [1] et dans le Var. À ce jour, 42 000 hectares ont été détruits et plus de 220 000 personnes ont été évacuées à titre préventif dans 24 communes, selon les services de l’État en Gironde.
"C’est gigantesque", déplorait Moetai Brotherson, le mardi 28 juillet, lors d’une conférence de presse à la caserne de Teva I Uta. "C’est l’équivalent de toute la commune de Papeete et de Teva I Uta qui seraient en feu, ou alors, si on veut avoir une référence marquisienne, c’est l’île de Nuku Hiva et Ua Pou qui seraient entièrement consumées par les flammes", compare le président polynésien. "C’est deux fois et demie la superficie de toutes les Australes", ajoute encore le chef de l’exécutif.
S’ajoutent plusieurs autres feux importants dans d’autres régions méridionales, dont le Var.
Depuis la semaine dernière, Gaston Tunoa, président de la Fédération polynésienne des sapeurs-pompiers et chef de corps de Teva I Uta, assurait être "prêt" à envoyer son détachement, à la suite d’un appel de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. Restait à régler la question du financement du déplacement, devenue un sujet sensible dans le contexte de l’instabilité politique du Pays. Finalement, un partenariat entre le gouvernement et Air Tahiti Nui permettra d’acheminer les soldats du feu jusqu’à l’aéroport de Paris. "Nous avons l’assurance que l’organisation des pompiers de France, avec le comité exceptionnel mis en place pour gérer cette crise, prendra en charge les transports, la logistique et l’hébergement de nos pompiers pendant leur séjour en France", précise Tearii Alpha, le maire de la commune.
Interrogé à propos des indemnités, le tavana explique que "chaque commune qui accepte de donner quelques pompiers pour ce détachement exceptionnel, accepte de prendre en charge l’indemnité et de maintenir le salaire des pompiers pour cette mission". Un point qui avait pourtant posé problème en 2022, lors d’une précédente intervention pour la même raison en Gironde. À l’époque, plusieurs mairies s’étaient retrouvées avec des factures qu’elles ne pouvaient assumer. Cette fois, un terrain d’entente. Au total, dix communes ont accepté de mobiliser un ou plusieurs pompiers : Huahine, Moorea, Mahina, Papeete, Fa’a’a, Paea, Papara, Teva I Uta, Taiarapu-Est et Taiarapu-Ouest.
Pour l’exécutif, même si ce déploiement intervient "tardivement", les pompiers polynésiens peuvent encore "faire toute la différence". "Notre arrivée, même si elle n’a lieu qu’en début de semaine prochaine, sera utile, non seulement pour renforcer les effectifs, mais aussi pour apporter du réconfort", estime Tearii Alpha. Selon le tavana, Gaston Tunoa a constitué une équipe de pompiers expérimentés capables de conduire aussi bien des véhicules légers que des camions d’intervention. "Le peu que nous ferons dans cette solidarité nationale sera toujours le bienvenu. Et n’oublions pas qu’un jour, cette solidarité pourrait s’exercer dans l’autre sens", ajoute-t-il.
En Gironde, les équipes devront affronter des feux de tourbe, un type d’incendie particulièrement redouté des pompiers, car le feu peut continuer à brûler sous la surface pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, rendant les opérations d’extinction particulièrement complexes. Un phénomène inexistant en Polynésie, où les incendies touchent principalement la végétation de surface, explique le chef de corps.
Un feu plus difficile, donc, mais qui n’entame pas la détermination des volontaires. C’est le cas de Tetuani Tehiva, de Papara. "Quand on m’a appelé, c’était directement ‘oui'. Il faut aider les copains qui sont sur le front et qui sont fatigués, relate ce père de famille, ajoutant avoir "envie de les soutenir". "On est formé pour, donc on y va."