
La présence de représentants de Taïwan et de la Chine au 55e FIP, qui s’est tenu du 31 août au 3 septembre à Koror, aux Palaos [1], était un des enjeux du Forum des Îles du Pacifique. L’ambassadrice de France pour le Pacifique l’évoquait avant son départ. [2] Finalement, "il n’y a eu que deux absences qui étaient liées à une influence forte de la Chine", celles des dirigeants des Kiribati et des Îles Salomon, indique Véronique Roger-Lacan, ajoutant que selon elle, Surangel Whipps, le président des Palaos, a atteint son objectif, à savoir "démontrer que le FIP pouvait être uni tout en ayant des vues diverses. C’est vraiment un engagement des membres du Forum. Ils estiment qu’ils ont le droit de reconnaître Taïwan et qu’ils ne peuvent pas être forcés à faire autrement."
Pour Véronique Roger-Lacan, le sommet n’a donc pas été un échec. "Il n’a pas montré de la division." Seule Naoero a précisé ne pas s’associer au paragraphe concernant les tirs de missiles chinois [3]. L’ambassadrice note également que lors de l’ouverture du FIP, "tout le monde était présent, la Chine et Taïwan dans la même salle. C’est une première."
Cette volonté de s’imposer, Véronique Roger-Lacan l’analyse comme la "consolidation de la voix du Pacifique". La région "commence à avoir un poids important dans le dialogue international", considère l’ambassadrice, signalant que ses dirigeants appellent à changer de paradigme. "Ils disent, 'nous ne sommes pas de petits États insulaires, nous sommes de grands États océaniens."
Climat, sécurité, Nouvelle-Calédonie : le bilan du Forum des îles du Pacifique [4]
Les différentes propositions émanant du FIP afin de renforcer la sécurité ont été agréées dans leur principe, à l’image de la constitution d’un conseil des ministres de la police, ainsi que le concept de Waqa Moana, destiné à conforter le renseignement et la coopération maritime contre le narcotrafic. Une démarche soutenue par l’État français. "On coopère déjà dans le domaine de la sécurité dans le Pacifique, avec la lutte contre le trafic de drogue, contre le crime transnational organisé et contre la pêche illégale, donc on est satisfait de cette évolution." Et ce, en "entente parfaite" avec la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, pointe Véronique Roger-Lacan, "qui siégeront dans les structures qui seront créées". Il existe par ailleurs une force de police du Pacifique (le PPSG), qui a encadré l’événement, et compte 120 officiers issus de treize États et territoires de la région.
Peu de chiffres ont fuité des discussions. L’ambassadrice mentionne le Premier ministre australien, Anthony Albanese, qui aurait annoncé "600 millions de dollars (plus de 44 milliards de francs) pour financer toutes les questions relatives à la sécurité".
Le changement climatique et ses conséquences ont également largement été abordés lors du sommet, la semaine dernière. "Ils ont réaffirmé qu’il s’agissait de la menace principale pour les États du Pacifique, avec la montée des eaux et la protection de la biodiversité." Les dirigeants ont répété l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C et approuvé le mandat d’un futur commissaire régional aux énergies renouvelables. Il y a eu "une unité très forte pour dire qu’il n’y a pas d’autre choix".
La question de la transition énergétique a également été abordée, explique Véronique Roger-Lacan, notamment par des représentants américains, qui ont présenté le fonctionnement de mini-réacteurs nucléaires pour produire de l’énergie, et ont proposé "de renforcer les capacités de stockage de fuels, notamment des Tonga".
Le président du FLNKS, Christian Tein, s’est rendu à Koror avec le Groupe du Fer de lance mélanésien, ce qui a conduit à l’approbation, par les représentants du GFLM, d’une feuille de route de soutien au Front, demandant, entre autres, une nouvelle mission de responsables du FIP en Nouvelle-Calédonie.
Véronique Roger-Lacan a rencontré la nouvelle directrice du secrétariat du GLFM, la Vanuataise Anna Naupa. Il a été question de la représentation de la Nouvelle-Calédonie au sein du Groupe Fer de lance, qui regroupe Fidji, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les îles Salomon, le Vanuatu et le FLNKS, mais aucun représentant du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Or, cela peut avoir une conséquence sur la coopération entre la France et le Groupe Fer de lance. "L’intérêt de l’État est de coopérer avec le GFLM. Notre objectif est de projeter les trois territoires français dans leur environnement régional. Dans ce cadre, l’organisation est un vrai outil de projection pour la Nouvelle-Calédonie." L’ambassadrice cite les outils existants, comme le Fonds Pacifique, ainsi que la relation avec l’Union européenne. "Le problème, c’est que si la Nouvelle-Calédonie est représentée par un parti, c’est compliqué pour nous d’avoir des schémas de coopération. Nous, on travaille avec le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, les provinces, on ne travaille pas avec un parti politique."
"On les sensibilise sur les enjeux et sur l’intérêt pour le GFLM de traiter le sujet", déclare Véronique Roger-Lacan, assurant qu’Anna Naupa aurait stipulé que pour ce faire, l’organisation "a besoin d’une demande formelle du gouvernement calédonien afin d’adhérer au groupe, ce qui renvoie à l’exécutif".
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/la-nouvelle-caledonie-au-forum-du-pacifique-quels-enjeux-pour-le-pays
[2] https://www.lnc.nc/article/taiwan-et-securite-les-enjeux-du-prochain-forum-des-iles-du-pacifique
[3] https://www.lnc.nc/article/la-chine-dit-avoir-effectue-un-tir-d-essai-de-missile-dans-le-pacifique-sud
[4] https://www.lnc.nc/article/climat-securite-nouvelle-caledonie-le-bilan-du-forum-des-iles-du-pacifique
[5] https://www.lnc.nc/article/aux-palaos-le-flnks-mobilise-ses-soutiens-melanesiens
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