
"Répondre aux problématiques liées à la sécheresse, qui s’annonce comme un phénomène très fort." C’est la volonté du nouveau président de l’Agence rurale, Levay Roy, élu le 17 septembre, ainsi que du membre du gouvernement en charge de la souveraineté alimentaire, Christopher Gygès, d’autant plus avec l’influence d’El Niño. Les deux élus ont présenté, le mercredi 23 septembre, le nouveau cadre de gestion de la saison sèche, élaboré avec les professionnels.
Et ce, dans un contexte où il y a déjà eu des alertes. La Chambre d'agriculture et de la pêche a notamment appelé les agriculteurs, en août, à constituer des réserves et à préparer leurs terres. De son côté, la zone VKP a déclenché la vigilance sécheresse et pénurie d’eau le 15 septembre [1], alors que des feux sévissent dans le Nord, notamment à Koumac [2].
El Niño : les agriculteurs appelés à se préparer avant la sécheresse [3]
Une commission sécheresse a donc nouvellement été constituée. Elle propose plusieurs dispositifs auxquels peuvent faire appel les éleveurs, afin de répondre aux conséquences possibles de la sécheresse : aides à la production de fourrage, à l’irrigation des surfaces fourragères, à l’achat de balles de foin, ou encore à l’achat d’aliments pour le bétail. Une "boîte à outils" qui se veut évolutive en fonction des besoins.
Un des premiers impacts concerne la diminution des ressources fourragères, c’est-à-dire de l’alimentation disponible pour les élevages. Une problématique prise en compte par l’Agence rurale, qui a mis en place depuis début septembre, un accompagnement des professionnels pour implanter des cultures fourragères, sorgho et Rhodes, afin de sécuriser la nourriture pour les bêtes. "Cela a permis aux exploitants, notamment sinistrés par les pluies de juillet, de pouvoir replanter des fourrages", précise Laure Virapin, directrice de l’Agence rurale. Objectif : "anticiper", appuie Levay Roy.
Autre changement : l’intégration, au sein de la commission, de représentants des filières végétales, pour faire le lien avec la production animale, explique David Perrard, administrateur de l’Agence rurale et producteur céréalier. "Les cultivateurs peuvent apporter des solutions aux éleveurs, puisqu’en fin d’année, on peut avoir des parcelles libres sur lesquelles faire du fourrage, ce qui leur permettrait d’en bénéficier. C’est intéressant, plutôt que de complémenter par de la nourriture importée."
La commission, dont la première réunion est prévue la semaine prochaine, a également à charge de déterminer les bénéficiaires, les plafonds, les territoires concernés ou encore les durées d’application des aides, voire leur adaptation. Une enveloppe de 110 millions de francs est provisionnée pour l’instant, mais cette somme pourra être "adaptée en fonction", a indiqué Christopher Gygès. Une vingtaine de demandes ont déjà été déposées pour bénéficier des soutiens à disposition.
L’autre ambition est "d’être agile, poursuit Christopher Gygès, afin d’activer plus rapidement les réponses apportées aux éleveurs". D’où le choix, pour davantage de réactivité, d’habiliter Levay Roy à prendre les décisions à la place du conseil d’administration, en vue de réduire les délais administratifs.
La présentation a aussi été l’occasion de passer un message. Car si certains exploitants sont cités comme "bons élèves", préparant du fourrage, régulant le nombre d’animaux présents en fonction de la nourriture dont ils disposent, mettant en place des retenues collinaires, etc., d’autres, n’ayant pas anticipé, sont considérés comme "mauvais élèves". "On accompagnera tout le monde dans cette transition, mais jusqu’à un certain point, prévient Christopher Gygès, les deniers publics sont rares." L’idée est d’instaurer ces "bonnes pratiques" comme une routine à respecter à l’avenir par les exploitants, puisque les effets du changement climatique, eux, sont "durables", et qu’il s’impose désormais de s’y adapter.
Afin de déterminer le montant de l’enveloppe dédiée à répondre à la saison sèche et ses conséquences pour les éleveurs, l’Agence rurale s’est appuyée sur les besoins connus lors des précédents épisodes de sécheresse, d’autant que "les niveaux d’intervention ont fortement varié d’un épisode à l’autre", note la structure.
En 2019, particulièrement marquée par El Niño, 15 000 balles de foin ont été consommées dans le cadre de l’aide à l’achat de fourrage. Après une baisse en 2021 et 2022, le recours au dispositif avait de nouveau progressé en 2023 et 2024, avec respectivement 10 302 et 11 519 balles consommées.
Les besoins en aliments pour le bétail ont eux aussi évolué selon les épisodes. Ils ont concerné 36 127 bovins pour 55 millions de francs en 2019-2020, contre 21 127 bovins et 19,3 millions de francs en 2023-2024.
*La commission sécheresse regroupe des représentants de l’Agence rurale, la Davar, les provinces, la Chambre d'agriculture et de la pêche, des représentants des professionnels, et les services de Météo-France NC.
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/la-zone-vkp-en-vigilance-secheresse-inquietude-pour-les-mois-a-venir
[2] https://www.lnc.nc/article/feux-a-koumac-plus-de-1-000-hectares-parcourus-des-habitations-sous-surveillance
[3] https://www.lnc.nc/article/el-nino-les-agriculteurs-appeles-a-se-preparer-avant-la-secheresse
[4] https://www.lnc.nc/user/password
[5] https://www.lnc.nc/user/register
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