- Julien Mazzoni | Crée le 06.08.2026 à 14h38 | Mis à jour le 06.08.2026 à 14h38ImprimerEn période de sécheresse, la baisse des ressources disponibles dans les pâturages peut rapidement fragiliser les élevages. La CAP-NC appelle les professionnels à constituer leurs réserves de fourrage en amont. CAP-NC@F.JAPIOTEl Niño s’est installé dans le Pacifique et devrait se renforcer dans les prochains mois. La Chambre d'agriculture et de la pêche de Nouvelle-Calédonie lance pour la première fois une campagne de prévention afin que les exploitants constituent leurs réserves et préparent leurs terres avant l’arrivée de la période la plus sèche.
Faire du foin dès maintenant, surveiller le nombre d’animaux dans les pâturages, entretenir les coupe-feu, vérifier les réserves d’eau ou encore éviter de laisser les sols à nu. La Chambre d'agriculture et de la pêche (CAP-NC) veut que les professionnels prennent de l’avance. "Tout ce qui est possible et sur quoi on a un pouvoir d’agir, il faut le faire en prévision d’El Niño", résume Friani Sadimoen, chargée de mission développement durable de la chambre.
La campagne lancée ce jeudi 6 août est une première. "C’était l’un des retours des agriculteurs. Ça faisait plusieurs fois qu’ils nous demandaient de relayer ce genre d’informations", explique-t-elle. Fiches pratiques, vidéos et retours d’expérience doivent désormais être diffusés progressivement jusqu’à la fin de l’année.
Une sécheresse attendue jusqu’à la fin de l’année
Le retour d’El Niño n’est plus une hypothèse. Début juillet, l’Organisation météorologique mondiale annonçait que le phénomène avait commencé et qu’il devrait rapidement se renforcer. En Calédonie, ses effets sont bien différents de ceux observés ailleurs dans le monde
En juin, Météo-France NC expliquait qu’El Niño entraîne généralement dans le pays une baisse des précipitations d’environ 20 % en moyenne, principalement pendant la saison chaude. Pour 2026, les prévisions font craindre une "sécheresse significative", susceptible de durer jusqu’à la fin de l’année, ainsi qu’un risque accru d’incendies.
Une fiche diffusée par la CAP-NC évoque de son côté une diminution pouvant atteindre environ 40 % lors des phases matures d’El Niño. "Tous les épisodes d’El Niño varient, il n’y en a jamais deux qui se ressemblent", souligne Friani Sadimoen.
Faire du foin pendant qu’il est encore temps
Pour l’élevage, la priorité consiste donc à constituer des réserves et à adapter le nombre d’animaux aux ressources disponibles. Des abattages peuvent notamment être anticipés afin d’éviter une pression trop importante sur des pâturages qui produiraient moins d’herbe.
Un scénario que les éleveurs calédoniens connaissent bien. À Pouembout, lors de la sécheresse de 2023, Guy Monvoisin, président du Syndicat des éleveurs bovins, avait par exemple dû acheter 400 bottes de foin, pour environ 2 millions de francs, afin de nourrir son cheptel.
Pour ce qui est des cultures, la Chambre recommande notamment de vérifier les capacités de stockage d’eau, d’irriguer au plus près des besoins et de maintenir les sols couverts pour conserver davantage d’humidité. Des aides existent d’ailleurs pour le stockage de l’eau, certains équipements d’irrigation, le paillage ou la couverture des sols. Les professionnels peuvent également solliciter les techniciens agricoles des provinces ou de la CAP-NC.
Si pour l’heure Friani Sadimoen ne relève pas encore de signe généralisé de fragilité dans les exploitations, la campagne lancée ce jeudi doit justement permettre de préparer les mois à venir. La période la plus sèche se situe généralement autour d’octobre et novembre, au moment où El Niño devrait encore avoir gagné en intensité.
Pas d’effet direct attendu sur la pêche côtière
Les pêcheurs figurent eux aussi parmi les ressortissants concernés par la campagne de la CAP-NC. Évidemment, en ce qui les concerne, ils ne sont pas exposés à la sécheresse, c’est plutôt les variations de températures qu’ils surveillent. "En l’état actuel des connaissances, à l’échelle d’une saison, El Niño n’aura pas de répercussions sur le comportement des poissons", indique Denis Labiau, responsable du pôle pêche de la Chambre. Aucun effet direct sur l’activité de pêche côtière n’est donc attendu cette année.
La profession suit en revanche les canicules marines, ces périodes durant lesquelles la température de l’océan reste anormalement élevée. Les pêcheurs sont associés aux recherches menées dans le cadre de MaHeWa, un programme lancé fin 2024 pour mieux comprendre les conséquences de ces épisodes sur les écosystèmes marins. Des cartes de prévision leur sont notamment transmises afin qu’ils puissent signaler d’éventuels changements constatés sur leurs zones de pêche.
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