
Docile, le tricot rayé se laisse manipuler, déplacé d’un bac à l’autre par des mains parfois hésitantes. Guidés par Claire Goiran, spécialiste des serpents marins en Nouvelle-Calédonie, tous se prêtent à l’exercice, dans la salle de réunion de l’aquarium aux allures de cabinet de curiosités.
Mardi 29 septembre, une vingtaine de personnes, pour la plupart bénévoles au sein d’associations environnementales, ont participé à une formation sur l’échouage des animaux marins, dispensée par la province Sud. Après une matinée au parc zoologique et forestier, où il a surtout été question de la prise en charge des oiseaux, ils ont passé l’après-midi à l’Aquarium des lagons, second site à recueillir des espèces blessées en province Sud.
"On leur présente des cas d’école, comme des puffins égarés ou des tortues échouées, explique Tyffen Read, responsable des gardes nature pour la province Sud. L’idée c’est qu’ils connaissent les premiers gestes, qu’ils puissent intervenir en autonomie et ramener les animaux en sécurité jusqu’à un site où ils seront soignés."

Chaque année en province Sud, des centaines d’animaux marins, serpents, oiseaux ou mammifères, sont retrouvés échoués sur le littoral. En 2026, une trentaine de tortues ont dû être conduites à l’aquarium, tandis que plus de soixante puffins désorientés ou blessés ont été pris en charge par le parc forestier lors de l’envol des jeunes oiseaux, entre avril et mai. Des situations que ces "primo-intervenants" seront en mesure d’affronter à l’avenir, équipés d’un guide et d’un kit d’échouage (seau, gants, mètre ruban, scalpel…), remis au terme de la formation.

"Maintenant, il va falloir mettre tout ça en pratique", sourit Élodie Lionnet. Salariée de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et bénévole au WWF, elle s’intéressait "depuis longtemps" à cette formation. "J’ai essayé de m’inscrire à la session de juillet, mais c’était complet." Face à l’intérêt suscité par l’évènement et la demande grandissante des bénévoles, la province Sud a finalement décidé d’en organiser un deuxième. Témoin de plusieurs échouages lorsqu’elle vivait à Hienghène, à la fin des années 2000, Élodie Lionnet voit dans sa participation une "démarche citoyenne". "Ça fait un peu penser au secourisme. C’est important d’avoir un comportement adapté en cas d’accident. Et puis, les connaissances scientifiques, il faut les diffuser."
Pour la province Sud, l’intérêt de cette formation ne se limite pas au seul développement des capacités d’intervention des bénévoles. À travers cette journée, la Direction du développement durable des territoires (DDDT) recrute surtout ses nouvelles vigies du lagon. Les vingt initiés vont ainsi rejoindre le réseau d’échouage, créé en 2023 afin de coordonner l’action des différents acteurs de terrain.

Auparavant, lors d’un échouage, "l’information passait uniquement entre nous, les gardes nature", explique Tyffen Read. Depuis trois ans, gendarmes de la brigade nautique, bénévoles, gardes champêtres et vétérinaires ont été mis dans la boucle et échangent sur un groupe de discussions dès qu’un incident est rapporté. "La personne la plus proche se rend alors sur le site." Si les "primo-intervenants" peuvent gérer les cas simples, les échouages plus délicats, notamment des mammifères marins (dauphins, globicéphales…), nécessitent généralement le déclenchement d’une opération d’envergure. C’est là que les connaissances acquises ce jour par les nouveaux membres du réseau entrent en jeu. "S’ils sont les premiers sur place, ils peuvent nous donner des détails importants, sur l’espèce, la taille, pour qu’on déclenche les moyens appropriés", souligne Tyffen Read.
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Ils sont également en mesure d’identifier le sexe de l’animal, son état de décomposition et collecter d’éventuels indices sur les raisons, souvent difficiles à distinguer, de l’échouage. Une centaine de personnes composent actuellement le réseau d’échouage, dont "environ 80 bénévoles" qui font gagner un temps précieux aux professionnels. "Notre réactivité s’est nettement améliorée", note la responsable des gardes nature. Et, avec elle, les chances de survie des animaux en détresse.