
"À ce stade, il n’est pas possible d’émettre un avis sur le projet de viaduc." La formule résume la prudence du Conseil économique, social et environnemental (Cese), réuni en séance le vendredi 2 octobre.
Ce dossier est revenu sur la table du Cese il y a quelques semaines, quand une pétition citoyenne* réclamant "un accès sûr et permanent pour le sud du Mont-Dore et Yaté" l’a conduit à ouvrir des travaux le 12 août. Plusieurs semaines d’auditions ont suivi. Au fil des échanges, un vieux serpent de mer s’est naturellement imposé : celui d’une deuxième voie d’accès au Grand Sud. Et avec lui, le projet d’un viaduc d’environ 4,2 kilomètres estimé à entre 40 et 60 milliards de francs.
Mais les études se poursuivent, et plusieurs données techniques, environnementales et financières manquent pour trancher, notamment sur le coût, les impacts et les conditions de réalisation. Alors, à ce stade, le Cese préfère rester en retrait.
Après les conclusions, les interventions des conseillers se succèdent. Chacun s’exprime à sa manière, avec ses mots, sa sensibilité, sa lecture du dossier. Marc Zeisel parle d'"un problème crucial, extrêmement douloureux, structurant". Larissa Thonon, elle, veut simplement "rentrer chez [elle] en sécurité, c’est tout". Jacques Loquet, lui, remonte le fil de l’histoire. Une histoire "longtemps occultée", qu’il juge nécessaire de mieux comprendre pour "dénouer nos problèmes".

L’environnement aussi s’invite dans les échanges. André Forest demande que les conséquences du projet soient davantage documentées, avec "des expertises encore plus poussées, voire des contre-expertises". En quelques prises de parole, les préoccupations se déplacent : sécurité, histoire, environnement, liberté de circulation. Une même question d’accès au Grand Sud, mais chacun y voit un problème différent.
Dans le rapport comme en séance, la position de l’État se dessine plus clairement : le viaduc n’est pas présenté comme l’unique réponse au désenclavement du Grand Sud. "Il faut qu’on réfléchisse encore aux alternatives", insiste Anaïs Aït Mansour, directrice du cabinet du haut-commissaire. Elle élargit au-delà des seuls blocages de la route. Le sud du Mont-Dore reste exposé à d’autres aléas, notamment naturels : glissements de terrain, montée des eaux, cyclone. "On peut avoir des aléas sur cette route à n’importe quel moment", rappelle-t-elle, posant la question des solutions de repli à prévoir.
Autre point encore en suspens : le financement. L’État insiste sur la nécessité d’un projet "consensuel au maximum", mais le montage reste à construire. Et Anaïs Aït Mansour se montre claire : "L’État ne pourra pas être maître d’ouvrage." Plusieurs pistes ont été évoquées, entre participation des collectivités, de partenaires privés ou soutien européen. L’État réaffirme ainsi son engagement en faveur d’un accès sûr et permanent au sud du Mont-Dore, sans faire du viaduc une solution acquise.
Avec son "comité consultatif", la ville du Mont-Dore tente de redynamiser le projet de viaduc [1]
Au terme des échanges, le texte de la commission est adopté à l’unanimité. Une unanimité sur les conclusions, pas sur le viaduc. Le Cese demande surtout de poursuivre les études, de les rendre publiques et d’examiner les différentes options avant de trancher. La question dépasse d’ailleurs le seul ouvrage. Elle touche à la mobilité, à la liberté de circulation et, plus largement, au développement du Grand Sud. Le vote referme la séquence des auditions. Pas le dossier du second accès au sud du Mont-Dore.
*La pétition citoyenne "Pour un accès sûr et permanent pour le Sud du Mont-Dore et Yaté" a été soumise à l’attention du Cese en janvier. En mars, elle recueillait 414 signatures, dépassant ainsi le seuil de 400 soutiens nécessaires pour que le Cese s’empare du sujet. Le vœu adopté le vendredi 2 octobre sera transmis au Congrès, au gouvernement, aux provinces, au Sénat coutumier, ainsi qu’au haut-commissariat.