
"Le monde économique refuse d’être associé à de tels agissements." C’est le message qu’Antoine Boudier demande aux acteurs économiques calédoniens de faire passer. Le président de la Vanuatu Chamber of Commerce and Industry (VCCI) leur a adressé une prise de position contre le courrier publié le 1er octobre par Nicolas Metzdorf. [1]
Dans ce texte, le député tournait en dérision le Vanuatu, son économie et ses institutions, en réponse à la revendication de Port-Vila sur les îlots Matthew et Hunter (appelés Umaenupne et Umaeneg/Leka chez nos voisins). Le service des relations publiques du cabinet du Premier ministre vanuatais, Jotham Napat, avait répliqué quatre jours plus tard en dénonçant une "diatribe honteuse, raciste et néocoloniale", tout en précisant que la lettre n’avait jamais été reçue officiellement.
Antoine Boudier interpelle directement de la CCI-NC, la Fédération des industries (Feinc), New Caledonia Trade & Invest (NCT & I) et, plus largement, les organisations économiques du pays. Il leur demande "un message clair et sans ambiguïté" et appelle également l’ambassade de France à réaffirmer publiquement son respect pour la République du Vanuatu.
Interrogé, Antoine Boudier affirme que le courrier a suscité "une vive indignation au sein de la communauté francophone et des milieux économiques vanuatais". Plusieurs acteurs lui ont, dit-il, fait part de leur "incompréhension" et de leur "préoccupation".
Pas question pour autant de rompre les liens. "À ce stade, je n’ai pas connaissance de conséquences concrètes sur les projets ou les échanges en cours", précise le président de la VCCI. La Chambre reste "pleinement engagée" dans le renforcement des relations avec la Nouvelle-Calédonie, mais estime que la polémique peut fragiliser la confiance.
À Nouméa, David Guyenne est sur la même ligne. Le président de la CCI-NC ne connaît aucune coopération remise en cause et renvoie les questions politiques et diplomatiques "aux autorités compétentes". "Nous avons besoin de davantage d’échanges économiques dans notre région, pas de moins", insiste-t-il.
Côté français, Véronique Roger-Lacan, ambassadrice pour le Pacifique, se veut tout aussi claire. "La prise de position du député Metzdorf n’engage que lui et ne reflète pas la position du gouvernement français." Elle assure n’avoir constaté "aucune conséquence" sur les échanges diplomatiques ou les coopérations et ne fait état d'"aucune inquiétude particulière" concernant les relations économiques régionales.
Cette volonté de prendre de la distance avec la polémique a été mise en avant le 7 octobre, à Nadi (Fidji). Jotham Napat et Milakulo Tukumuli, le président du gouvernement calédonien, se sont rencontrés en bilatérale et ont choisi, selon le cabinet du Premier ministre vanuatais, de ne pas laisser les commentaires extérieurs faire "dérailler" la coopération. Commerce, desserte aérienne, câble sous-marin, climat, Groupe Fer de lance mélanésien, mais aussi Matthew et Hunter figuraient au menu des discussions.
Un dossier semble toutefois gelé. L’accord de coopération commerciale dont Christopher Gygès avait suspendu les travaux en mai, après la polémique suscitée par la présence de Christian Tein, le président du FLNKS, au forum économique Voice 2030 [2] à Port-Vila. Le vice-président du gouvernement indique qu’il "ne compte pas relancer les discussions" tout en indiquant ne pas vouloir commenter le courrier de Nicolas Metzdorf. Il n’établit d’ailleurs aucun lien entre les deux épisodes.
Également sollicités, ni Gabriel Attal, président du groupe EPR à l’Assemblée nationale, auquel appartient Nicolas Metzdorf, ni Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, n’ont répondu à nos questions.
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/matthew-et-hunter-le-courrier-sarcastique-de-nicolas-metzdorf-au-vanuatu-fait-polemique
[2] https://www.lnc.nc/article/la-presence-d-une-delegation-du-flnks-a-un-forum-economique-au-vanuatu-provoque-la-polemique
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