
La végétation a doucement regagné ses droits sur la façade du bâtiment, sans parvenir à cacher les innombrables dégâts. Les quelques vitres encore en place sont criblées d’impacts, celles entièrement détruites laissent entrevoir un intérieur noirci par les flammes. Ce décor, inchangé depuis mai 2024, c’est celui du Centre de formation des apprentis (CFA), ravagés par les flammes aux premiers jours des émeutes. C’est aussi celui choisi par les élus de la Chambre de métiers et de l'artisanat (CMA) pour annoncer officiellement le lancement du projet de reconstruction de cette structure, fondée en 1993.

"Nous voulons redonner à notre jeunesse un lieu pour apprendre et aux artisans les moyens de transmettre les compétences dont notre pays a besoin pour se relever", a affirmé Elizabeth Rivière, présidente de la CMA, devant les représentants du gouvernement, du Congrès, du Sénat coutumier ainsi que du Cese. Depuis la destruction du site de Nouville, les apprentis sont ballottés d’un lieu à l’autre. Après avoir profité des locaux de l’ancienne école Adolphe-Boutan, à Yahoué, le CFA est installé depuis le mois d’août dans ceux d'une autre école désaffectée, Mauricette-Devambez [1], à Rivière-Salée, dans le cadre d’une convention signée avec la ville de Nouméa.
Le projet, confié à la Secal, est colossal. La reconstruction concerne deux bâtiments situés d’un côté et de l’autre de la rue Juliette-Bernard sur deux hectares, soit une surface totale de 7 000 m2. Trois ans de travaux seront nécessaires. La livraison est prévue pour la fin de l’année 2029. Les premières opérations, qui doivent débuter dans les prochaines semaines, vont consister à la sécurisation du site et aux premières destructions. "Nous allons construire un CFA plus moderne et plus accessible", a annoncé Elizabeth Rivière, évoquant des salles d’ateliers adaptées aux nouvelles pratiques, l’introduction de la réalité virtuelle en support pédagogique ou encore la création de solutions d’hébergement sur place, au bénéfice des étudiants du Nord ou des îles.

"Le CFA, c’est un investissement sur des compétences locales, il doit permettre une relance économique durable de notre territoire", a indiqué Laurent Bonnefond, chargé des sujets relatifs à la reconstruction au sein du 19e gouvernement. Jacques Billant, le haut-commissaire, s’est dit quant à lui "convaincu que l’alternance constitue un lien concret entre la formation et l’emploi", notamment pour "assurer le renouvellement des générations d’artisans". L’annonce de la CMA et des autorités intervient quelques semaines après le rapport de la Chambre territoriale des comptes, qui pointait des lacunes importantes [2] dans la formation des jeunes éloignés de l’emploi en Nouvelle-Calédonie. "Cet outil nous éclaire sur les axes d’amélioration de la formation professionnelle" et sa reconstruction doit permettre d’en redéfinir le modèle, a ainsi fait remarquer Gilbert Tyuienon, en charge des secteurs du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle. Cette attente forte des autorités autour de l’apprentissage explique, en grande partie, l’importante somme d’argent public allouée à la reconstruction du centre de formation.
Le financement est à la hauteur de la dimension des travaux : 3,3 milliards de francs, financés pour moitié (1,6 milliard) par l’État, dans le cadre de l’enveloppe consacrée à la reconstruction des 80 bâtiments publics et établissements scolaires détruits durant les émeutes (lire plus loin). La CMA va, quant à elle, prendre en charge 1,3 milliard de francs au titre de son assurance. Le reste (400 millions) sera apporté par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

"Nous sommes engagés dans une course contre la montre", a signalé, Jacques Billant, selon qui la destruction du CFA continue de "causer beaucoup de dégâts sur l’enjeu de qualification et de préparation à la vie professionnelle, très important pour la Nouvelle-Calédonie". Même constat formulé par le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli. "Les conséquences sont désastreuses, a dit le chef de l’exécutif. Depuis deux ans, celles et ceux qui forment ainsi que nos étudiants galèrent. On espère que ce calvaire va se finir. Aujourd’hui est un jour historique." Elizabeth Rivière a exprimé le même empressement, exigeant de la Secal une livraison dans les temps. "Les entreprises et nos jeunes ne peuvent plus attendre."
Le haut-commissaire, Jacques Billant, a profité de la cérémonie de lancement des travaux du Centre de formation des apprentis pour faire le point sur la liste des projets de reconstruction des bâtiments publics, que l'Etat s'était engagé à accompagner financièrement.
"Sur les 80 dossiers, nous en avons 24 qui sont soldés et 17 qui sont en cours d'exécution", a dévoilé Jacques Billant. L'ensemble de ces chantiers, recensés tout au long de l'année 2025, représente 14,5 milliards de francs de travaux, dont 12,2 milliards financés par l'Etat, qui prend en charge 80 % de la reconstruction des bâtiments publics et 100 % de celle des établissements scolaires. "Tous ces crédits ont été engagés" dans le cadre du projet de loi finances 2026, adopté en février.
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/cfa-les-apprentis-bientot-accueillis-a-l-ecole-devambez-a-riviere-salee
[2] https://www.lnc.nc/article/la-chambre-des-comptes-juge-la-formation-professionnelle-des-jeunes-eloignes-de-l-emploi-inefficace
[3] https://www.lnc.nc/user/password
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