
Quand on en parle des Outre-mer, c’est souvent pour dire ce qu’ils coûtent, mais jamais pour dire ce qu’ils rapportent, ni quelles opportunités ils représentent.
Il faut être clair, la situation économique est préoccupante. Nous avons enregistré, dans les territoires ultramarins, 3 040 défaillances d’entreprises entre juillet 2025 et juin 2026, soit une progression de 14,9 %, contre 5,1 % au niveau national sur la même période. Ce qui m’inquiète également, et dont on ne parle pas assez, c’est l’évolution démographique. Nos jeunes partent et ne reviennent pas, ou alors seulement au moment de la retraite. Cela pose un véritable problème pour la population active, particulièrement dans certains territoires comme la Martinique et la Guadeloupe.
Mais les Outre-mer disposent aussi d’atouts extraordinaires. Le premier, c’est leur positionnement géographique. Nous sommes présents sur toutes les grandes mers et connectés à tous les continents. C’est une position stratégique en matière de souveraineté, mais aussi pour nos relations économiques avec le reste du monde. Nous disposons également de ressources naturelles et maritimes considérables et de filières qui ne demandent qu’à se développer. Je pense notamment à l’agriculture et à l’agroalimentaire à La Réunion, où la production locale progresse, même si la balance commerciale reste fortement déficitaire.
Quant aux freins au développement, nous les connaissons : l’éloignement, des normes nationales qui ne sont pas toujours adaptées aux réalités des territoires, une forte dépendance alimentaire et énergétique, mais aussi la nécessité de développer davantage les échanges avec les économies régionales. Sans oublier les besoins considérables en matière de reconstruction, notamment à Mayotte après le cyclone Chido.
Quand on regarde à la fois les atouts économiques des Outre-mer et les freins à leur développement, on se rend compte qu’il existe une marge de progression considérable. Et puis, nous sommes sur des territoires de quelques centaines de milliers d’habitants, où l’on peut obtenir des résultats rapides, à condition de fédérer les collectivités, l’État et les entreprises.
D’où cette notion de "pacte". Il faut agir collectivement, partager un diagnostic, s’accorder sur les fondamentaux et définir ensemble les priorités. Nous voulons engager une nouvelle dynamique économique dans les Outre-mer, fondée sur des engagements réciproques entre acteurs publics et privés.
Nous avons analysé les filières territoire par territoire, identifié les axes sur lesquels nous pourrions investir et, surtout, nous avons souhaité que le monde de l’entreprise prenne lui aussi des engagements. C’est ce qui fait, à mes yeux, l’originalité de ce pacte.
Nous avons fait le choix de partir des besoins exprimés par les territoires et les entreprises. Les dix mesures que nous proposons me semblent toutes importantes, mais s’il fallait n’en citer qu’une, ce serait celle des infrastructures : l’eau, l’énergie, le foncier, les ports et la logistique. Quand vous êtes éloigné, tout commence par là. Sans infrastructures portuaires adaptées, vous ne pouvez plus accueillir les navires ni assurer correctement l’approvisionnement du territoire.
La logistique est également un enjeu majeur. Elle représente une part importante des coûts, notamment pour les entreprises qui souhaitent exporter leurs marchandises. Il faut donc réfléchir aux possibilités de mutualisation pour réduire ces coûts. Il y a aussi la question de l’énergie. Il faudrait davantage investir dans la production locale, afin de renforcer l’indépendance énergétique des territoires.
Enfin, il y a le foncier, qui est fondamental. Si nous voulons développer l’activité économique, attirer des entreprises et créer de nouvelles capacités de production, il faut pouvoir mettre des terrains à leur disposition. Libérer le foncier et investir dans les infrastructures sont des conditions indispensables au développement économique des Outre-mer.
Alain Di Crescenzo, président de CCI France [1] : "La reconstruction doit passer par une diversification de l’économie" [1]
Le principe est simple. La France n’est pas un territoire monolithique. Avant d’appliquer une nouvelle loi ou un nouveau dispositif à l’ensemble du territoire national, il faut s’assurer qu’il est également adapté aux réalités des Outre-mer.
Prenons l’exemple d’une nouvelle aide aux entreprises ou d’un dispositif destiné à favoriser l’embauche. Avant de le généraliser, pourquoi ne pas le soumettre à un panel d’acteurs ultramarins pour recueillir leur avis et vérifier qu’il répond bien à leurs besoins. Cela permettrait d’éviter des mesures trop rigides, inadaptées ou des dépenses inutiles. Car mettre en place un dispositif coûte de l’argent.
C’est l’une des particularités de ce pacte. Nous avons identifié six engagements concrets que les entreprises doivent prendre.
Le premier, c’est de renforcer les compétences des dirigeants et des cadres. Les CCI ont bien sûr un rôle à jouer, mais les grandes entreprises doivent aussi accompagner les PME, notamment dans leur transformation numérique, leur digitalisation et la préparation de leur transmission.
Le deuxième engagement concerne le retour des jeunes ultramarins formés dans l’Hexagone ou à l’étranger. Nous devons être capables de les attirer en leur proposant de véritables perspectives professionnelles, en développant des partenariats avec les universités, des stages et de l’alternance dans leurs territoires d’origine. Lorsqu’un jeune effectue un stage qui se passe bien chez lui, il a souvent envie d’y rester.
Troisième point : mieux anticiper les besoins en compétences. Il faut actualiser chaque année, et non tous les dix ans, la cartographie des besoins des entreprises. Cela permettra aux acteurs de la formation, notamment aux CCI et à leurs CFA, de s’adapter plus rapidement au marché du travail.
Nous devons également renforcer la coopération entre les entreprises. Les grandes entreprises doivent faire travailler les plus petites. Je pense notamment à la commande publique et aux grands chantiers, où l’allotissement peut permettre aux PME ultramarines d’accéder à davantage de marchés.
Enfin, il faut mieux valoriser les productions et les savoir-faire ultramarins. Toutes nos entreprises doivent devenir des ambassadrices de ces produits, notamment dans l’agriculture et l’agroalimentaire.
La première étape sera de remettre le livre blanc à la ministre des Outre-mer, puis de le porter auprès du président de la République. Ensuite, nous irons à la rencontre des candidats à l’élection présidentielle. L’objectif est de leur donner des éléments concrets, issus des territoires et du monde économique, pour nourrir leurs réflexions et leurs programmes.
C’est le sens de notre démarche : faire remonter les priorités économiques des Outre-mer et leur donner toute leur place dans le débat présidentiel.
Ces propositions doivent nourrir le débat public. Mais CCI France n’est pas partisan. Notre rôle est de représenter les entreprises et de porter leurs priorités auprès de l’ensemble des responsables politiques, quelle que soit leur sensibilité. Ce qui compte, c’est que ces propositions trouvent une traduction concrète.
Mon premier message est simple : écoutez la voix des territoires. Je voudrais que nos dirigeants se rendent davantage dans les Outre-mer, et ce, dès le début de leur mandat. C’est important, parce qu’on ne peut pas comprendre ces territoires sans aller à la rencontre de ceux qui y vivent et qui y entreprennent.
Ensuite, il faut savoir définir des priorités, car on ne peut pas tout faire. Il faut arrêter le saupoudrage des moyens et concentrer nos efforts sur des actions qui auront un véritable effet de levier et un retour sur investissement. C’est ainsi que nous pourrons obtenir des résultats concrets pour le développement économique des Outre-mer.
La priorité, ce sont les investissements dans les infrastructures. Et j’y inclurais aussi l’éducation et le logement. Aujourd’hui, des jeunes refusent de venir travailler dans certains territoires ultramarins, parce qu’ils ne trouvent pas à se loger ou parce que les logements sont trop éloignés des bassins d’emploi, sans transports en commun adaptés. Ils sont alors obligés d’avoir une voiture, ce qui représente un coût supplémentaire.
Tout cela est fondamental. On ne peut pas développer une économie et attirer des compétences sans investir dans ces équipements et ces services essentiels.
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/economie/alain-di-crescenzo-president-de-cci-france-la-reconstruction-doit-passer-par-une-diversification-de-l-economie
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