
"Il y a beaucoup d’inquiétude, on ne sait pas où on va", lâche Glenn Delathière, secrétaire général adjoint du syndicat général de travailleurs de l’industrie de Nouvelle-Calédonie (SGTINC-CGC), lors d’une conférence de presse ce jeudi 5 novembre, déplorant une absence totale de visibilité.
Cette crainte pour l’avenir, les salariés l’ont exprimée lors de la dernière assemblée générale du syndicat majoritaire à la SLN, poursuit son représentant. Elle porte sur l’avenir de l’usine pyrométallurgique dans un contexte confus. L’État devient le principal actionnaire d’Eramet [1], des représentants du groupe indien Jindal effectuent en ce moment leur troisième visite sur place - "ils sont toujours en tractation avec Eramet pour le rachat des parts SLN" -, la Nouvelle-Calédonie est censée élaborer une nouvelle doctrine pour la filière, un Memorandum of Understanding vient d’être signé [2] avec l’Europe… Dans tout ça, "on se demande quelle est la stratégie de l’État ? Qu’est-ce qu’il veut faire de la SLN ?, questionne le syndicaliste. Il faut que ce soit clair."
Ce qui préoccupe le plus, c’est le sort des 1 800 salariés répartis entre Doniambo et les trois sites miniers encore en activité, Kouaoua, Tiébaghi et Népoui. Si Anne-Marie Harbulot-Blandel comprend la confidentialité autour des projets de reprise ainsi que la nécessité de redimensionner l’activité du nickel au niveau de la Nouvelle-Calédonie, la secrétaire générale du syndicat des ingénieurs et cadres des industries de Nouvelle-Calédonie (SICINC-CGC) regrette la mise à l’écart des partenaires sociaux. "Nous ne sommes pas associés et encore moins concertés sur les hypothèses qui pourraient émerger et leurs impacts éventuels sur les employés."
C’est dans l’objectif d’obtenir davantage d'information que le syndicat a demandé à rencontrer le haut-commissaire. "A priori, on devrait avoir un rendez-vous."

Alors, cette conférence de presse visait à interpeller les politiques et l’État. "On n’acceptera pas que les salariés de la SLN soient la variable d’ajustement. Nous nous battrons jusqu’au bout pour limiter la casse sociale." Mais aussi à les prévenir d'une éventuelle mobilisation, ajoute Glenn Delathière. "Si on n’a pas de retour, on ira chercher les réponses." "On se fera entendre d’une manière ou d’une autre, appui Anne-Marie Harbulot-Blandel. On est capables de se mobiliser très vite et très fort."
Plusieurs scénarios sont actuellement étudiés par les pouvoirs publics pour sauver la filière. Dont celui de la fermeture d’une usine au profit du maintien de deux sites industriels dans le Nord et le Sud. Milakulo Tukumuli l’a même évoqué lors de la signature du Memorandum of understanding le 20 octobre. Le président du gouvernement avait alors déclaré : "S’il faut fermer une usine pour redresser le pays, ce sont des choix politiques qu’on devra faire. Je ne m’interdis rien, sur le nickel comme sur d’autres sujets."
L’arrêt de Doniambo est une des possibilités les plus redoutées. "Le pire pour nous serait de découvrir un plan dans lequel Doniambo fermerait", insiste Anne-Marie Harbulot-Blandel, précisant que les syndicats sont également "demandeurs d’un rééquilibrage et d’une réouverture de l’activité dans le Nord. C’est indispensable, parce que la Nouvelle-Calédonie ne pourra se construire uniquement avec le Sud."
"Mine et usine ne marchent pas l’un sans l’autre. La transformation, c’est la doctrine du territoire", poursuit Glenn Delathière, qui pari, lui, déjà sur la mutualisation des moyens et un travail commun avec Prony Resources, KNS et NMC, un moyen, selon le syndicaliste, "de tendre au maximum de la rentabilité".
La matérialisation de ce rapprochement devrait se traduire dans les semaines à venir avec le traitement du nickel de KNS, évoqué depuis plus d’un an par le directeur de la SLN, Guillaume Kurek [3], par les fours de Doniambo. Il s'agirait d’abord du minerai actuellement stocké en bord de mer, puis celui qui serait extrait sur mine, ce qui impliquerait une reprise de l’activité et la création de quelques centaines d’emplois à Koniambo. Une mesure transitoire, le temps d’une reprise éventuelle de KNS et de l’élaboration d’une stratégie nickel à l’échelle du pays. "C’est ce qu’on attend", glisse Glenn Delathière.
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/eramet-feu-vert-a-un-sauvetage-par-l-etat-sans-offre-publique-d-achat
[2] https://www.lnc.nc/article/le-debut-d-un-processus-le-protocole-entre-l-ue-et-la-nouvelle-caledonie-est-signe
[3] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/mines/sln-si-on-est-toujours-la-c-est-parce-que-l-etat-continue-de-nous-soutenir
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