
Marine Le Pen a démarré son déplacement en Nouvelle-Calédonie [1] par une rencontre avec le haut-commissaire Jacques Billant, puis un dépôt de gerbe à la Croix de Lorraine vers 8h30 ce mercredi 28 mai, avant un arrêt place de la Paix. La présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée y a évoqué les raisons de sa visite sur le territoire, qui intervient en même temps que celle du député européen François-Xavier Bellamy, preuve que le dossier calédonien intéresse la scène politique nationale.
Marine Le Pen, qui affirme suivre la situation en Nouvelle-Calédonie "de très près" depuis "de très nombreuses années", vient "porter les propositions du RN", alors que l’Élysée a annoncé, mardi 27 mai dans la soirée, qu’Emmanuel Macron allait convier les " [2]parties prenantes à venir travailler à Paris [2]à partir de la mi-juin, afin de clarifier les sujets économiques, politiques et institutionnels, en vue de parvenir à un accord partagé sur l’avenir de l’archipel".

Le parti d’extrême droite propose un changement de méthode. Fini ce que Marine Le Pen qualifie "d’obsession institutionnelle". La parlementaire veut mettre au centre le développement économique, qu’elle estime être la clé de la stabilité. Cette position, qui va à l’encontre de la posture historique du RN, opposé aux consultations sur l’accession à la pleine souveraineté prévues par l’accord de Nouméa, lui-même largement critiqué par le parti, a émergé publiquement après le passage du projet de loi constitutionnel sur le corps électoral à l’Assemblée nationale. Le RN avait alors voté le texte, tout en condamnant la méthode et le calendrier. Un revirement que l'élue explique par "la réalité. À partir du moment où, 30 à 40 ans après, on voit que ce qui a été fait n’a pas fonctionné, il faut prendre les choses autrement".
Le RN a planché sur le sujet. "Nous avons fait un projet de réforme constitutionnelle que nous allons porter auprès des acteurs." Un projet dont le contenu a déjà été mentionné par le représentant local du RN, Alain Descombels [3]. Marine Le Pen plaide "pour cheminer ensemble et donner un véritable espoir", réfléchir à ce que sera la Nouvelle-Calédonie dans 30 ans, "au-delà de l’aspect institutionnel", parce que sans développement économique ni social, sans rééquilibrage, "il n’y aura pas de stabilité institutionnelle". Au passage, l'élue étrille l'initiative du président de la République d’une rencontre avec les parties prenantes calédoniennes à Paris à la mi-juin. "C’est la même méthode qui est utilisée depuis 30 ans et ce n’est pas la bonne. Le gouvernement est incapable de faire preuve d’imagination. Il a trouvé une facilité consistant à essayer de tout concentrer sur la réforme institutionnelle. Mais elle ne permet pas la création de richesses, elle ne permet pas aux jeunes de trouver un emploi, ni aux familles de se projeter dans l’avenir et aux investisseurs d’avoir envie d’investir." La solution, pour Marine Le Pen ? Tout remettre à dans 40 ans, le temps de trouver "la stabilité". "Il faut avoir un délai suffisant pour que les investissements puissent se faire. Et dans 40 ans, on verra bien ce que la population décidera dans le cadre d’un processus démocratique."

Parmi les propositions du parti, il est question de revoir à la baisse le prix de l’énergie, de développer l’industrie, revoir le fonctionnement de la filière nickel… La parlementaire évoque même la possibilité de revenir sur l’interdiction de l’exploitation des fonds sous-marins (le texte passe d’ailleurs en deuxième lecture au Congrès ce mercredi après-midi, NDLR), propose "un plan Marshall pour l’agriculture", le "développement du SMA et d’une base navale", etc.
Autant de mesures dont Marine Le Pen devrait discuter avec l'ensemble des mouvements politiques, qu'elle doit rencontrer pendant son séjour, jusqu'au samedi 31 mai, des Loyalistes au FLNKS. Car si ses trois tentatives à la présidentielle ont échoué, et que sa condamnation à de l’inéligibilité pourrait l’empêcher de se présenter en 2027 – elle a fait appel –, Marine Le Pen représente un parti présidentiable et majoritaire au Parlement. Et "tout ce qui pourra se décider y passera. C’est donc tout à fait légitime que le RN s’attache à apporter sa contribution à la résolution des difficultés, pas seulement institutionnelles, mais également économiques et sociales de la Nouvelle-Calédonie pour réussir à trouver un chemin de paix". Localement, le parti reste largement minoritaire. Le candidat du RN aux dernières législatives, Simon Loueckhote, en 2024 avait à peine fait 2 %.

Links
[1] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/quel-sera-le-programme-de-marine-le-pen-en-nouvelle-caledonie
[2] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/avenir-institutionnel-macron-reprend-la-main-dans-l-espoir-d-un-accord
[3] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/le-rassemblement-national-veut-prendre-part-aux-discussions-sur-l-avenir-institutionnel
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