
Le bras de fer diplomatique qui oppose la France et le Vanuatu, depuis près de 45 ans, reste dans l’impasse. Les négociations ont repris entre ces deux États, qui se disputent la souveraineté de ces deux îles inhabitées, mais n’ont abouti à aucun accord, à en croire le gouvernement Vanuatu. Car si ces discussions se sont tenues à Paris dans le plus grand secret, le 30 juin dernier, ce n’est que le 9 juillet dernier que le vice-Premier ministre et ministre des Finances vanuatais, Johnny Koanapo, s’est exprimé sur le sujet, depuis Port-Vila, lors d’une conférence de presse. Selon nos confrères du Daily post [1], l’élu a déclaré que les deux pays n’étaient pas parvenus à un accord lors des deux jours de négociations, leurs positions restant "très éloignées."
L'enjeu principal de la souveraineté de ces îles est d’élargir nettement la zone économique exclusive (ZEE) de leur propriétaire. Ces deux territoires volcaniques distants de 70 kilomètres appartiennent officiellement à la France depuis 1976. Par conséquent, la Nouvelle-Calédonie détient une ZEE d’environ 350 000 km2 supplémentaires (sur une superficie totale de 1 740 000 km2). Sauf que depuis son indépendance, en 1980, le Vanuatu conteste la souveraineté de ces terres, qui se trouvent du côté de la plaque géologique dite de l’arc des Nouvelles-Hébrides, et qui sont revendiquées coutumièrement par la province de Taféa, dans le sud de l’archipel (qui comprend notamment l’île de Tanna).
Selon le gouvernement vanuatais, lors des négociations bilatérales qui se sont tenues à Paris avec le ministre des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot, l’Hexagone a soumis un document "non officiel" proposant une gestion conjointe de Matthew (Umaenupne) et Hunter (Umaeneg), sur la base que cet arrangement permettrait au Vanuatu d’accéder aux deux îles. Une proposition balayée d’un revers de main par le principal intéressé. "Je leur ai dit fermement que c’est nous qui autoriserons l’accès, et non l’inverse. Cela ne fonctionne pas ainsi. À cause de ces discussions houleuses, nous n’avons pas pu parvenir à un consensus", a martelé Johnny Koanapo.
Le vice-Premier ministre a précisé que le gouvernement du Vanuatu avait abordé les négociations avec la France de bonne foi et avec respect, mais que les voies bilatérales étant désormais épuisées, il engagerait une action en justice en vertu du droit international. Avant de conclure : " La position du Vanuatu dans les négociations a été très claire depuis l’indépendance : les îles Matthew et Hunter ont toujours appartenu et appartiendront toujours au peuple du Vanuatu."

De son côté, le gouvernement français n’a donné aucun retour sur ces négociations, à l’exception d’un communiqué de presse lapidaire sur cette rencontre au cours de laquelle Jean-Noël Barrot "a rappelé la position du gouvernement s’agissant de la souveraineté française sur les îles de Matthew et Hunter". Et ce, sans étayer ses propos.
Toujours est-il, si les autorités calédoniennes n’ont pas été associées à ces discussions, le Vanuatu peut compter sur le soutien indéfectible du FLNKS, comme l’a encore affirmé en mai dernier, depuis Port-Vila, son président Christian Tein [2].
Petit retour historique : en 1929, la France prend possession de Matthew et Hunter et rattache la gestion de ces îles à Port-Vila, aux Nouvelles-Hébrides. Quarante-sept ans plus tard et après une brouille avec le Royaume-Uni, la France décide de confier la gestion de ces deux territoires à la Nouvelle-Calédonie. En 1980, après soixante-quatorze ans de condominium, l’indépendance est proclamée et la République du Vanuatu est créée. L’État compte bien récupérer Matthew et Hunter. Dans ce contexte, en 1983, le navire de la marine vanuatuaise part en expédition vers les deux îles, la plaque de la Marine nationale sera alors déboulonnée et le drapeau de leur pays planté. Un scandale pour la France, qui envoie dans la foulée ses militaires réinstaller "des marques de la souveraineté ".
Alors que ces deux territoires restent en proie aux tensions diplomatiques, les indépendantistes calédoniens prennent officiellement position en faveur de leurs voisins. En juillet 2009, l’accord dit de Kéamu est signé par le Premier ministre vanuatais de l’époque, Edward Natapei, et le porte-parole du FLNKS, Victor Tutugoro [3]. Ce texte reconnaît à la République de Vanuatu l’appartenance de ces îles. Une position qui a d’ailleurs été de nouveau affirmée par le Front en 2019 [4].
Links
[1] https://www.dailypost.vu/news/bilateral-negotiations-over-time-for-next-step/article_7c4dcf4d-3bcb-59f6-96ff-f070ec865e8d.html
[2] https://www.lnc.nc/article/souverainete-des-iles-matthew-et-hunter-christian-tein-reaffirme-le-soutien-du-flnks-au-vanuatu
[3] https://www.lnc.nc/article/politique/le-flnks-accorde-hunter-et-matthew-au-vanuatu
[4] https://www.lnc.nc/article/nouvelle-caledonie/politique/le-flnks-reaffirme-sa-position-sur-matthew-et-hunter
[5] https://www.lnc.nc/user/password
[6] https://www.lnc.nc/user/register
[7] https://www.lnc.nc/formulaire/contact?destinataire=abonnements