
Un petit État insulaire du Pacifique appelant à une action climatique radicale dispose d’une "capacité limitée" pour mettre fin aux investissements de son propre gouvernement dans des entreprises liées aux énergies fossiles, ont écrit des conseillers externes dans des documents internes obtenus par l’AFP et rendus publics ce mercredi 28 octobre.
Peu de pays sont davantage exposés au changement climatique que Tuvalu, dans le Pacifique Sud, un archipel d’atolls confronté à la montée du niveau de la mer, à l’acidification des océans et à des flambées de maladies tropicales. Début octobre, les conséquences du changement climatique étaient encore mises en évidence dans certains écosystèmes de l’archipe [1]l.
Ces dernières années, Tuvalu s’est imposé comme l’un des défenseurs les plus virulents de l’action climatique dans le monde, qualifiant les nouveaux projets charbonniers et gaziers de "condamnation à mort" pour ses 10 000 habitants.
Des gestionnaires d’actifs basés en Australie ont investi pour le compte de Tuvalu dans des fonds détenant des participations dans des entreprises du charbon, du gaz et du pétrole, comme l’avait révélé une précédente enquête de l’AFP publiée en juin [2].
De nouveaux documents obtenus par l’AFP suggèrent que Tuvalu aura du mal à se détourner des énergies fossiles, bien que le Premier ministre lui-même ait jugé que de tels investissements "ne donnaient pas une bonne image".
Des responsables de la Nouvelle-Zélande, qui siège au conseil d’administration du Tuvalu Trust Fund, doté de 200 millions de dollars, ont évoqué la stratégie d’investissement dans des documents internes rendus publics en vertu des lois sur la liberté d’information.
En raison de la taille modeste du fonds à l’échelle mondiale, Tuvalu a une "capacité limitée à adapter des préférences d’investissement spécifiques", indique une note rendue publique par le ministère néo-zélandais des Affaires étrangères.
L’argent de Tuvalu est plutôt investi dans des fonds offrant une exposition large à des dizaines d’entreprises différentes. Certains de ces fonds comprennent des "émetteurs importants de gaz à effet de serre", ont relevé les responsables néo-zélandais.
Tuvalu a présenté le fonds fiduciaire aux donateurs étrangers comme un moyen d’orienter des financements vers des projets climatiques urgents. Il avait été cité comme un exemple de premier plan de "fonds climatique national" dans une étude de 2013 du Programme des Nations unies pour le développement.
Tuvalu possède la plus petite économie nationale au monde, selon de récents chiffres de la Banque mondiale. Le pays dépend des bénéfices du Tuvalu Trust Fund pour soutenir son budget public.
Tuvalu a investi dans plusieurs entreprises liées aux énergies fossiles sous la conduite du gestionnaire d’actifs Mercer, avait révélé une enquête de l’AFP en mai de cette année.
Il s’agissait notamment de fonds détenant des participations dans le géant indien de l’énergie Reliance Industries, propriétaire de la plus grande raffinerie de pétrole au monde, et dans The Southern Company, l’un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre aux États-Unis.
Le Tuvalu Trust Fund est dirigé par un conseil d’administration de trois membres représentant Tuvalu, la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Ses objectifs d’investissement stipulent qu’il doit réduire au minimum, lorsque cela est possible, son exposition aux "réserves de combustibles fossiles et aux émissions de carbone".
Mais le spécialiste du financement climatique de l’Université d’Otago, en Nouvelle-Zélande, Sebastian Gehricke estime qu’il existe peu d’éléments montrant que cela a été fait. Ainsi, l’argent de Tuvalu n’a été investi dans aucun fonds "durable". "Tuvalu est sans doute le pays le plus exposé au changement climatique au monde", a-t-il déclaré à l’AFP. "Recevoir des revenus d’un fonds qui tire ses rendements de nombreuses entreprises contribuant directement à la crise climatique n’est donc pas dans leur intérêt", explique-t-il.
Le Premier ministre de Tuvalu, Feleti Teo, avait déclaré à l’AFP en juin que les investissements dans les énergies fossiles "ne donnaient pas une bonne image", compte tenu de l’engagement climatique du pays. Il avait alors annoncé une vérification interne des investissements du fonds [3].
Le Tuvalu Trust Fund a affirmé avoir réalisé des "progrès substantiels dans la réduction des émissions de carbone du portefeuille". Entre 2020 et 2025, l’empreinte carbone de ses investissements a diminué de 42 %, a indiqué le fonds.
Mais il n’était pas clair si cette baisse résultait de décisions prises par le fonds ou simplement d’une tendance plus générale, de nombreuses entreprises s’efforçant elles-mêmes de réduire leurs émissions.
Le ministère néo-zélandais des Affaires étrangères a déclaré qu’il travaillerait avec Tuvalu pour veiller à ce que les priorités d’investissement soient alignées sur la "résilience à long terme".
L’Australie a indiqué qu’elle "soutenait l’approche ambitieuse de Tuvalu sur les questions de gouvernance environnementale et sociale". Mais en juin, Canberra avait refusé de rendre publics certains documents internes [4] concernant le fonds, invoquant un risque de préjudice diplomatique.
Links
[1] https://www.lnc.nc/article/changement-climatique-aux-tuvalu-tout-est-mort-dans-certains-ecosystemes
[2] https://www.lnc.nc/article/un-fonds-pour-tuvalu-vulnerable-au-changement-climatique-investit-dans-les-combustibles-fossiles
[3] https://www.lnc.nc/article/tuvalu-les-investissements-dans-les-energies-fossiles-ne-font-pas-bonne-impression-dit-le-premier-ministre
[4] https://www.lnc.nc/article/l-australie-refuse-de-publier-des-documents-du-fonds-climatique-destine-aux-tuvalu
[5] https://www.lnc.nc/user/password
[6] https://www.lnc.nc/user/register
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